Rencontre avec les Apprentis Vignerons à Bordeaux

C’est une histoire de rencontres : quatre vignerons bordelais ont accueilli quatre personnalités françaises au sein de leurs vignobles respectifs. En mariant leurs savoir-faire, chaque couple a élaboré sa propre cuvée de vin, depuis les vendanges jusqu’à la création de l’étiquette. Pendant plus d’un an, cette aventure humaine viendra s’enrichir de points de vue différents et de moments de partage et de convivialité. Nous les avons interviewés.

Alice Murignieux, photos Mathieu Anglada

Adrien Gallo et Bastien Pestourie

Bastien Pestourie, gérant du domaine de La Bastane depuis cinq ans, n’avait à priori rien en commun avec Adrien Gallo, auteur-compositeur-interprète des BB Brunes. Les deux partenaires se retrouvent finalement sur un point clé de l’aventure : l’amour du vin.

Quels points communs et différences avez-vous immédiatement décelés entre vos univers ?

Bastien : Lorsque l’interprofession des vins de Bordeaux a lancé cette initiative, ma femme Anaïs l’a immédiatement saisie. Nous avons préféré nous rencontrer autour d’un dîner au restaurant. Bien sûr, il y avait de la timidité, mais, autour de la carte des vins, nous nous sommes très vite apprivoisés. J’ai réalisé que nos métiers n’étaient pas si différents finalement. C’est peut-être une réponse un peu poétique, mais en tant que chanteur ou vigneron, on doit partir d’une idée, d’une envie, et se construire autour de l’insaisissable, tout en faisant face au jugement du public.

Comment cette expérience va-t-elle enrichir votre travail à venir ?

Adrien : Il s’agit davantage d’un fantasme que d’un projet réel, mais qui sait… ? J’aimerais beaucoup ouvrir mon propre château et faire du vin avec mes amis. En mettant un premier pied dans ce milieu, j’ai été plus que conforté dans cette idée. Et on peut imaginer que, d’ici 15 ans, j’ouvre le Château Gallo !


Leur cuvée : il s’agit d’un vin rouge simple et fruité, pur et brut sur le nez. Il est velouté et long en bouche. C’est un « vin de copains » de bon standing qui « a le goût du raisin ».

Food pairing : accompagne parfaitement une nourriture simple, un repas d’été comme des grillades un peu relevées ou des bruschettas.

L’étiquette : Adrien Gallo a fait appel à l’équipe de graphistes qui s’est occupée de son album, Là où les saules ne pleurent pas, pour le design de l’étiquette. Le chanteur souhaitait une continuité dans son travail et, en l’occurrence, « l’album parle de mon père qui adorait le vin, alors c’est un beau clin d’œil ».

Amélie Pichard et Benoît Souliès

Nous avons rencontré Benoît Souliès, grand sportif et enfant du pays, qui est aussi désormais propriétaire et gérant du Château La Brande. Amélie Pichard, quant à elle, est designer de maroquinerie végane et possède sa propre marque. Si, a priori, rien ne lie ces deux individus, leurs opinions convergent finalement quand il s’agit de convictions écologiques.

Quelles ont été vos appréhensions en amont de cette rencontre et de ce travail ?

Benoît : Je n’ai eu aucune appréhension ! Contrairement à la majorité des viticulteurs, je n’ai pas du tout hérité de ma propriété ni baigné dans cette culture familiale. Je rêvais d’ouvrir mon propre domaine depuis presque 25 ans et j’y suis parvenu. Je pense que cela a beaucoup joué, j’étais très ouvert à cette expérience que j’ai prise comme l’opportunité de se défaire des préjugés. Amélie et moi n’avons aucun point commun, si ce n’est notre démarche et nos convictions écologiques.

Qu’aviez-vous à cœur de faire connaître au sujet du bordeaux ?

Benoît : Il faut absolument que l’on se défasse d’une certaine image qui pèse sur le bordeaux depuis quelque temps. C’est une région très riche et variée, où l’ambiance est à la camaraderie et où de plus en plus d’initiatives écologiques remplacent les techniques que nous connaissons déjà.


Leur cuvée : un rouge fruité et naturel, élevé en amphore afin de développer le fruit et tendre le vin, puis assoupli avec un vin de barrique. C’est un vin vif, subtil et surprenant. « Personnellement, je le garderais un peu à la cave avant de le déguster, il sera encore meilleur dans quelques années », suggère Benoît.

Food pairing : accompagne parfaitement un risotto à la truffe ou aux morilles.

L’étiquette : c’est une photo qu’Amélie a prise elle-même alors qu’elle vendangeait manuellement avec Benoît. Une poule est venue picorer dans le seau et cette vision a beaucoup marqué Amélie. Au point d’en faire son étiquette !

Alexia Duchêne et Marie-Pierre Lacoste-Duchesne

Il s’agit peut-être de l’association la plus évidente : une cheffe et une vigneronne, deux femmes et deux homonymes qui plus est ! Marie-Pierre Lacoste-Duchesne, propriétaire héritière du Château la Clotte-Cazalis, a accueilli la cheffe Alexia Duchêne, candidate de Top Chef en 2018.

Quels points communs et différences avez-vous immédiatement décelés entre vos univers ?

Marie-Pierre : Il y avait davantage de points communs que de différences. Je ne me suis jamais sentie en total désaccord avec Alexia. Nous avons toutes les deux de forts tempéraments et savons ce que nous voulons. En revanche, Alexia a le réflexe d’associer un vin ou un goût à un produit. On fonctionne à l’inverse l’une de l’autre ! En tant que vigneronne, je n’ai pas forcément ce réflexe, je détermine les plats en fonction du vin. Nos métiers ne sont pas si différents, on est assez solitaires et finalement une cuvée ressemble beaucoup à une recette !

Quel est le food pairing idéal avec votre vin ?

Alexia : Je conseille un poisson cru avec une crème crue pour relever l’acidité du vin. Ou bien une raviole de champignons avec un bouillon corsé champignon-café.


Crédit photo : Theo Saffroy / Hans Lucas

Leur cuvée : un vin blanc liquoreux, très fruité, acidulé et assez atypique. L’amphore en grès permet d’apporter une touche minérale et fraîche au vin. « Je conseille de le consommer jeune et, personnellement, je l’aime à l’apéritif ou tout seul, pour bien profiter des saveurs », confie Marie-Pierre.

L’étiquette : c’est une étiquette solaire dont les couleurs rappellent celles du vin, destiné à brunir. La cuvée s’appelle « Taropa », en hommage au cheval de trait qui a accompagné toute la fabrication de la cuvée et qui est décédé en janvier. La bouteille est scellée à la cire.

Guillaume Gibault et Eugénie Degas

Il y a dix ans, Eugénie Degas et sa sœur reprenaient le domaine viticole Degas, hérité de leur grand-mère : 92 hectares de vignes abritant une douzaine de vins différents. C’est avec Guillaume Gibault, PDG et fondateur du Slip Français, que la jeune entrepreneure a vécu cette expérience.

Quelles ont été vos appréhensions en amont de cette rencontre et de ce travail ?

Eugénie : En toute honnêteté, j’avais assez peur que Guillaume ne mesure pas le travail que le vin requiert et qu’il ne comprenne pas la pénibilité de la tâche. Contre toute attente, il a été un très bon partenaire, renseigné et impliqué. Guillaume et moi nous sommes rejoints sur la passion que nous avons pour nos métiers respectifs et pour l’entrepreneuriat.

Qu’aviez-vous à cœur de faire connaître au sujet du bordeaux ?

Eugénie : Je prône la diversité du bordeaux. Je trouve cela dommage que ce vin, dans l’imaginaire collectif, ait un goût assez linéaire. Il y a une nouvelle génération de jeunes vignerons qui ne demande qu’à innover et à casser les codes du vin. Il faut absolument encourager cette impulsion.


Leur cuvée : un blanc sec assez minéral. Un vin de barrique dont le goût de noisette n’est pas très marqué au départ, mais s’accentue en fin de bouche. C’est un vin très facile à consommer et pourtant assez atypique !

Food pairing : accompagne parfaitement un apéritif, une viande blanche ou des crustacés.

L’étiquette : la bouteille et l’étiquette sont plus allongées que la norme. Celle-ci a été dessinée par la femme de Guillaume. Il a choisi de mettre en avant le Moulin de la Souloire, un château méconnu de la propriété Degas.

bordeaux.com/fr/apprentis-vignerons

Cuvées non commercialisées. Dégustation disponible à la Brasserie Rosie, 53 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris.

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