Roland-Garros, changement de service

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Roland-Garros, changement de service

Du 26 mai au 9 juin, les amoureux de tennis se donnent rendez-vous porte d’Auteuil pour une quinzaine qui propose cette année son lot de nouveautés. Passage en revue des bonnes raisons de suivre le cru 2019 du mythique Grand Chelem parisien.

 

Qu’on se le dise. Il n’existe pas franchement de meilleur endroit où se prélasser quand les premiers rayons de soleil de juin viennent taper à la porte. Certains jureront plutôt par un nouveau rooftop en vogue, mais vous, esthète de la première heure et fidèle parmi les fidèles, vous déclinerez ces propositions convenues, préférant le scénario d’un match haletant sur le court Philippe-Chatrier avant d’aller trinquer au Village.

Soyez-en sûr, tous vous jalouseront et vous demanderont s’il ne vous reste pas une invitation qui, naturellement, sera complexe à dénicher. « Dommage, si j’avais su plus tôt que tu aimais le tennis », répliquerez-vous alors, faussement gêné.

Oui, une place à Roland-Garros suscite la convoitise. Oui, Roland-Garros fait partie de ces temples du sport où, depuis la nuit des temps, des légendes naissent, où d’autres se heurtent aux glissements de terrain, mais où surtout une caste à part demeure maître des lieux. Certains vous diront que, chaque année, c’est la même histoire, mais ce serait mal comprendre le sport. Ces matchs à rallonge qui, parfois, se terminent à la nuit tombée ou le jour suivant et qui font de Roland-Garros une compétition à part. Un tournoi resplendissant en son habit de terre ocre, que certains domptent avec magie, comme Nadal et ses onze titres glanés ici, quand d’autres, tels Federer ou Djokovic, rêvent encore de graver leur nom ne serait-ce qu’une seconde fois à la coupe des Mousquetaires. Sans oublier l’indicible espoir qu’un visage français vienne un jour succéder à Yannick Noah. Ce cru 2019 sera bon, je vous le promets !

Mesdames les joueuses, Messieurs les joueurs, à vous de nous servir.

Roland-Garros 2019 en cinq chiffres

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C’est le nombre de nouveaux courts pour cette édition 2019. Parmi eux, le sublime court Simonne-Mathieu de 5 000 places, situé au cœur du jardin des Serres d’Auteuil, avec 1 000 espèces végétales qui entourent cette nouvelle arène.

42 661 000

C’est, en euros, la dotation globale du tournoi, soit une augmentation de 8 % par rapport à l’an passé. Chaque vainqueur, homme et femme, touchera la modique somme de 2 300 000 euros.

480 000

C’est le nombre de spectateurs qui sont venus à Roland-Garros l’an passé. Un record pour le tournoi, qui pourrait être dépassé cette année encore avec les nouvelles installations.

2015

Voilà la date de la dernière apparition de Roger Federer à Roland-Garros. Cette année, le Suisse devrait faire son retour sur la terre battue parisienne. Du haut de ses 37 ans, il s’agira sans doute de l’une de ses ultimes participations au tournoi, mais, pareil à un grand cru, Federer nous surprend toujours plus en avançant dans l’âge. Un revival de sa victoire en 2009 est-il possible ?
Laissez-nous rêver !

4

C’est le nombre de tournois du Grand Chelem avec lesquels Rolex est à présent partenaire (Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon, US Open). À compter de 2019, le célèbre horloger suisse devient Partenaire Premium et Montre Officielle des internationaux de France.

Trois questions à Guy Forget, directeur du tournoi

 

Quelles seront les nouveautés majeures pour les spectateurs ? 

Cette édition délivrera son lot d’innovations. Vous découvrirez huit nouveaux courts, dont le court Philippe-Chatrier, qui est absolument majestueux, et le court Simonne-Mathieu, dont nous sommes très fiers, un joyau mis à disposition des joueuses et joueurs. Vous découvrirez également une nouvelle zone de compétition autour du court 14, avec des gradins flambant neufs, des points de vue uniques et une beauté végétale.

Comment se composent vos journées durant la quinzaine ?

Elles commencent très tôt et se terminent très tard. Entre les réunions, les sponsors, les interviews, je suis très sollicité. Je n’ai jamais le temps de m’asseoir pour regarder un match. Pour moi, qui aime le beau jeu, c’est assez frustrant, mais c’est une pression que je trouve formidable.

Combien de fois par jour vérifiez-vous la météo durant le tournoi ?

Je vais au PC Météo au moins deux fois dans la journée pour voir les prévisions du jour et celles du lendemain, mais c’est vrai que ce sont toujours des moments assez stressants.

Jérémy Chardy, l’expérimenté

À 32 ans, cet adepte de la terre battue s’apprête à participer pour la treizième fois au Grand Chelem parisien. L’occasion parfaite pour briller devant ses proches.

En quoi Roland-Garros a-t-il une saveur particulière ?

Être français et pouvoir jouer devant ton public, c’est une chose assez unique. La famille et les amis sont dans les gradins, c’est d’ailleurs le seul tournoi où tout le monde vient, car ma famille est dans le Sud le reste du temps. Depuis quelques années, je loue une maison près du tournoi et, tous les soirs, j’y retrouve mes proches. J’adore cette ambiance.

Votre plus grand frisson ressenti sur la terre battue parisienne ?

Sans doute lors de l’un de mes premiers Roland-Garros. En 2008, j’étais 188e mondial et, au second tour, j’avais battu David Nalbandian, alors 5e mondial. J’étais mené deux sets à zéro et j’avais réussi à renverser le match et l’emporter en cinq sets avec une ambiance extraordinaire sur le court numéro deux. Après ce tournoi, j’ai été classé pour la première fois dans les cents premiers joueurs mondiaux, alors, forcément, c’est un grand souvenir.

Le match de vos rêves ?

Une finale de Grand Chelem, évidemment. Et face à Roger (Federer), cela ne me dérangerait pas. Il a tellement fait pour notre sport. Sa façon de jouer est exceptionnelle : donner cette impression de simplicité quand on le regarde alors que tout est maîtrisé à la perfection, c’est impressionnant.

Le public est-il un paramètre important lors d’un match ?

Cela aide toujours. Même si tu n’es pas bien, il essaye de te pousser. En plus, à Roland-Garros, il s’agit souvent d’un public de connaisseurs qui pratiquent le tennis. De fait, ils connaissent les difficultés du jeu, les émotions que l’on traverse. C’est un public qui est également juste avec l’adversaire. Ce qui est important.

Votre secret pour vous remettre dans le match ?

Il faut être bien concentré sur soi-même, ainsi que sur ses schémas de jeu. Il faut connaître ses forces, et les répéter. Être capable d’analyser les situations et s’adapter en fonction des événements. Le plan tactique évolue souvent pendant le match.

Quelle méthode appliquez-vous pour rester focus sur le moment présent ?

Avant de servir, je fais un circuit en marchant, je prends mon temps en choisissant les balles et, pendant tout ce temps, je réfléchis à ma façon d’aborder le prochain point.

Comment dormez-vous la veille d’un match ?

Cela dépend. Il y a des moments où je suis plus stressé que d’autres. Au fil de ma carrière, j’ai appris à gérer cela et à ne pas perdre d’énergie inutilement. C’est certain que, les veilles de matchs importants, ce ne sont pas les meilleures nuits. Pour autant, cela ne sert à rien de se mettre trop tôt au lit, il faut vivre normalement et se libérer la tête. 

Sur le circuit, quelle ambiance règne entre les joueurs ?

Il y a une bonne atmosphère, mais ce sont tes collègues. C’est comme au boulot, tu as plus d’affinités avec certaines personnes. À Londres, où je vis, j’ai l’habitude de m’entraîner avec Andy Murray et Kyle Edmund et, lors des tournois, avec les joueurs français. L’ambiance chez les femmes est plus compliquée, car peu de joueuses s’entraînent ensemble et, en dehors du court, les filles s’affrontent déjà par un combat psychologique.

Il y a quelques mois, vous avez participé à la Laver Cup avec Roger Federer. Comment cela s’est organisé ?

Je ne m’y attendais pas. Roger et son agent m’ont appelé pour me proposer cette super expérience. Se retrouver avec les meilleurs joueurs du monde, Djokovic, Federer, Dimitrov, Zverev notamment, avec Björn Borg comme capitaine, joueur que je rencontrais pour la première fois, c’était génial. C’était aussi l’occasion de passer du temps avec les meilleurs joueurs mondiaux en dehors du court en allant dîner, boire des verres, et parler d’autres choses que de tennis. Ce qu’on a rarement l’occasion de faire pendant les tournois, parce qu’ils sont tous très sollicités.

Votre rituel le jour d’un match ?

J’écoute pas mal de musique, j’ai une playlist pour mes matchs. C’est toujours la même… tant que je ne m’en lasse pas. C’est un bon moyen de s’isoler et de rester dans sa bulle. Bob Sinclar doit m’en préparer une pour Roland-Garros, j’attends de voir ce qu’il va me faire.

Le dernier SMS envoyé avant un match ?

À ma femme. Je le fais avant chaque rencontre.

Oouverture du tout premier Rafa Nadal centre à l’hôtel Sani Resort

Depuis avril 2019, vous pouvez vous la jouer comme les pros de Roland-Garros ! En effet, le Sani Resort, hôtel qui se situe près de Thessalonique,  accueille le premier Rafa Nadal Tennis Centre et propose une infrastructure singulière en partenariat avec le grand champion de tennis Rafael Nadal. Au programme, huit courts de tennis mis à disposition des joueurs de tout âge et de tout niveau. Formée aux côtés de Rafa Nadal, l’équipe de profs du Rafa Nadal Tennis Centre propose un programme qui vous permettra de vous améliorer tant sur le plan physique que sur le plan technique.

Ce nouvel aménagement de tennis s’ajoute aux installations sportives déja existantes au sein de Sani Resort : notamment celles dédiées au foot, développées avec la Fondation Chelsea Football Club. D’autre part, un récent club de vélo, une académie de ski nautique et une académie de voile permettent de vous faire vivre, en famille ou entre amis, des expériences sportives inédites.

Il ne vous reste plus qu’à réserver.

Sani Resort, Kassandra, Grèce. sani-resort.com

rafanadaltenniscentre@saniresort.gr

Augustin Trapenard, le rêveur

Cinéphile averti, Augustin Trapenard sera cette année encore à Cannes, où il décryptera pour Canal+ la 72e édition du festival. Pour son plaisir personnel, il viendra ensuite contempler l’esthétisme du jeu à Roland-Garros. L’occasion parfaite pour un échange tennistique.

D’où vous vient cette passion pour le tennis ?

Quand j’étais tout petit, j’ai habité pendant trois ans à Wimbledon, car mon père avait été nommé à Londres. Et l’une des grandes attractions de Wimbledon, c’est forcément ses courts de tennis, donc j’ai appris à jouer au tennis là-bas.

Est-ce la dramaturgie d’un match qui vous plaît tant dans ce sport ?

Exactement, et particulièrement pour le tennis, qui est un sport où tout peut changer rapidement. L’écart de niveau entre les très grands joueurs est assez faible. Un élément extérieur, comme la météo ou la participation dérangeante d’un spectateur, peut suffire à changer totalement un match. C’est aussi le cas avec la dramaturgie du cinéma où, à tout moment, le scénario peut se réécrire.

Il paraît que vous suivez en permanence tous les résultats sur votre smartphone, même pour des tournois peu médiatisés…

J’ai effectivement dans mon téléphone plusieurs applications sur le tennis. L’une d’elles a changé ma vie, le classement mondial des joueurs s’actualise en direct après chaque match qui se joue dans le monde. Je suis notamment les tournois challengers de Corentin Moutet. Souvent, il m’arrive de tweeter de manière très factuelle sur le tennis, ce qui fait beaucoup rire mes amis. 

Quel est votre plus grand souvenir ?

La finale dames à Roland-Garros en 1988, où Steffi Graf l’a emporté 6-0, 6-0 en 34 minutes, la finale la plus rapide l’histoire. C’était particulier, car il se jouait quelque chose de l’ordre de l’empathie. Steffi Graf s’est presque excusée auprès des spectateurs que cela aille aussi vite.

Le joueur ou la joueuse qui vous inspire ?

Serena Williams, c’est la plus grande championne de tous les temps, tous sports confondus. Et aussi, car j’ai l’impression que son tennis est éminemment politique. On ne peut pas séparer Serena Williams du contexte dans lequel elle a grandi. De l’histoire de ses parents, de sa sœur. Ainsi que le discours contestataire qu’elle a pu établir ensuite.

Le jeu le plus esthétique ?

Roger Federer. Son histoire tennistique me passionne : il a commencé avec énormément de violence, extrêmement insatisfait, toujours à la recherche du geste parfait. Petit à petit, il a su calmer ses démons pour proposer un tennis d’une élégance rare.

Quel personnage pourrait prétendre à un biopic ? 

Monica Seles, parce qu’il y a une dramaturgie incroyable, qui dit aussi beaucoup sur la folie qui peut être celle d’un fan (lors d’un match, en 1993, la joueuse américaine a été poignardée par un admirateur de Steffi Graf, NDLR). J’adore également l’histoire d’Andy Murray : une mère prof de tennis, l’éducation d’une famille anglaise, l’intelligence du jeu. Pour réaliser ce biopic, Il faudrait que ce soit du grand spectacle. Mon réalisateur préféré est Christopher Nolan, mais, avant qu’il fasse un film sur le tennis…

Justement, un bon film de tennis, cela existe ?

Oui, j’ai beaucoup aimé le très intelligent Battle of the Sexes sur l’histoire du match de la joueuse Billie Jean King face à un homme. Je trouve ce film très beau, tout comme j’ai beaucoup apprécié Borg/McEnroe.

Certains joueurs sur le court jouent-ils mieux la comédie que de vrais acteurs de cinéma ?

Bien sûr. Avec mon meilleur ami, qui est aussi un grand fan de tennis, on admirait Sesil Karatantcheva, une joueuse bulgare un peu méconnue à l’époque et qui a sombré depuis. Elle était extrêmement virulente sur le court. Quand son adversaire se prenait malencontreusement une balle dans le visage, elle sautait de joie.

Le tennis peut faire surgir quelque chose de passionnant qui est la mauvaise foi. C’est très difficile à jouer, et c’est très présent dans les matchs. 

Entre assister à la projection d’un film en ouverture du Festival de Cannes ou à un choc sur le court Philippe-Chatrier, que choisissez-vous ?

Le choc sur le court Philippe-Chatrier, car, dans mes rêves les plus fous, je suis un joueur de tennis. Je m’endors le soir en comptant les points d’un match imaginaire de Grand Chelem auquel je participe. Le film d’ouverture, je pourrai toujours le revoir, tandis qu’il y a quelque chose d’extraordinairement éphémère dans le théâtre en direct qu’est le court de tennis.

Est-ce plus compliqué de rentrer dans une soirée cannoise ou au Village de Roland-Garros ?

Au Village de Roland-Garros, car, à Cannes, sur un malentendu, tu peux toujours coller une personne, négocier. Au bout d’un moment, on finit par te laisser entrer. Tandis qu’à Roland-Garros, il faut présenter le badge, et les physionomistes font bien plus peur.

L’objet indispensable que vous allez mettre dans votre valise pour Cannes ?

Un livre. J’en emporte tout le temps. Pour dix jours de festival, je vais en prendre une dizaine et j’en lirai sans doute sept.

Ce que vous apporterez à coup sûr à Roland-Garros ?

Un tee-shirt noir de rechange pour éviter les problèmes de transpiration et les coups de soleil.

*Du 14 au 25 mai, Augustin Trapenard sera à la tête de Cannes 2019, un access 100 %
Festival de Cannes diffusé chaque soir en clair sur Canal+ à 20h10. Sans oublier son émission
Le Cercle chaque samedi en clair sur CANAL+ à 13h45.

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