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Sonatine, coup de pop dans l’édition

Une décennie déjà que Sonatine enfièvre les librairies. Son secret ? Combiner pop culture et romans noirs de qualité.

Dans le monde de l’édition française, pétri de traditions, rares sont les jeunes maisons qui se sont fait une place au soleil. Parmi les heureuses élues, citons XO (bulldozer de la littérature populaire), Bragelonne (pour les aficionados de sorties en astral), Gallmeister (grands espaces et cheveux dans le vent), Ring (apôtre du politiquement trash) et surtout Sonatine, qui fête ses dix ans. Caractéristique de cette dernière ? De toutes les marques fraîchement émoulues, elle est celle qui s’est forgé l’identité la plus forte.

Lancée en 2008 par François Verdoux et Arnaud Hofmarcher, la maison affiche dès le départ une ligne éditoriale tout ce qu’il y a de plus claire : le dessus du panier dans le genre des « thrillers addictifs », pour la plupart américains, et des ouvrages chic et choc sur le cinéma – le nom « Sonatine » est un clin d’œil au film de Takeshi Kitano. Ajoutez à cela une charte graphique à effet « waouh » (que celui qui n’est pas resté « scotché » devant les couvertures du Livre de la mort ou de Bourbon Kid lève le doigt), un stratège hors pair en la personne de « Monsieur Verdoux », un directeur littéraire dont le « nez » pour flairer les auteurs à succès est envié du Landerneau (Hofmarcher), et vous avez un aperçu de l’ADN de la marque : un savant mélange d’élégance, d’impertinence et d’esprit rock and roll.

En 2009, Tout est sous contrôle, de l’acteur Hugh Laurie
(Dr House), caracole en tête des ventes. En 2012, le thriller Les Apparences de Gillian Flynn décroche la timbale, puis, en 2015, c’est au tour de La Fille du train de Paula Hawkins de franchir la barre des 400 000 exemplaires. En dix ans, avec 150 romans et une cinquantaine de docs et beaux livres (sur Martin Scorcese, David Lynch ou Tim Burton), Sonatine peut se targuer d’avoir écoulé pas loin de trois millions d’ouvrages, un exploit pour une microstructure d’une poignée de salariés.

Enfin, signe qui ne trompe pas, même son rachat en 2014 par le Groupe Editis n’a pas eu la peau de notre préado punk et chic. Sonatine en a juste profité pour réclamer une petite sœur en la personne de Super 8 (autre référence cinéma), qui, en flirtant avec le genre horrifique, se veut encore plus féroce et délirante. Quand on vous dit que Sonatine s’y connaît pour dénicher les talents…

Happy birthday !

Trois questions à François Verdoux, cofondateur de Sonatine

Quelle impression cela fait-il de fêter ses 10 ans ?

Je n’aurais jamais imaginé célébrer un jour cet anniversaire. Arnaud et moi avons publié le premier roman en 2008, mais la maison avait été fondée deux ans avant. Vingt-quatre mois, c’est le temps qu’il nous a fallu pour sélectionner les livres dont nous avions envie, fignoler les traductions, mettre au point une charte graphique punchy. On souhaitait avant tout bien faire les choses. Et je crois qu’on a eu raison.

Vous disposiez de gros moyens financiers pour démarrer ?

C’est mon copain Guy Martinolle qui m’a avancé l’argent, mais en posant une condition :
surtout, pas de business plan. Il a eu du nez, Guy. En 2009, le roman de Hugh Laurie, écrit 12 ans auparavant, mais auquel personne ne s’intéressait, s’est vendu à 300 000 exemplaires. À la fin 2009, le prêt était remboursé. Un vrai petit miracle, tout ça !

Quels vont être vos prochains best-sellers ?

Une femme entre nous, de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen, en librairie depuis quelques jours (voir page ci-contre). Une fois le livre commencé, les amateurs de suspense ne vont plus pouvoir le lâcher. Le dernier R. J. Ellory, Les Fantômes de Manhattan, son dixième bouquin chez nous, d’une virtuosité renversante. Et puis, le roman de Celeste Ng, La Saison des feux. Ce n’est pas du polar, ni du thriller psychologique. Ça ne ressemble à rien qui existe, juste une merveille d’écriture et de finesse. Pour moi, c’est un grand, grand livre.

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