Thierry Vasseur : « Dinh Van a été le premier à introduire le minimalisme en joaillerie »

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Thierry Vasseur : « Dinh Van a été le premier à introduire le minimalisme en joaillerie »

Pour célébrer les 30 ans de la ligne « Pi », Dinh Van lance la capsule « Pi Square », composée de trois pièces uniques numérotées : deux pendentifs et une paire de pendants. Thierry Vasseur, son DG depuis 2012, revient sur la signature révolutionnaire, à la fois minimaliste et unisexe, de cette maison fondée en 1965 par Jean Dinh Van.

Que garde et que renouvelle la capsule « Pi Square » de la ligne historique « Pi », créée en 1991 ?

On a fait un retour aux sources en optant pour cette version martelée que Jean Dinh Van avait à l’origine imaginée en or lisse 18 carats. Parallèlement, on a associé le pendentif Pi à une chaîne, au lieu du traditionnel cordon (lancé en 2000) ou des chaînes boules.

Thierry Vasseur, DG de Dinh Van depuis 2012.

L’utilisation de l’or martelé est-elle liée à une histoire ?

Absolument. En 1991, pour faire un pied de nez à la législation qui octroie l’appellation or au neuf carats, Jean Dinh Van décide d’utiliser de l’or 24 carats, un or très mou, qu’il va être obligé de marteler pour le durcir. Le disque Pi est né.

Au-delà du minimalisme qui fait le succès de la griffe, comment résumeriez-vous l’essence créative de Jean Dinh Van ?

Elle repose sur le choix de travailler le produit porté, de façonner l’objet au plus près. Nous préférons une approche concrète sur le prototype à la logique de dessin.

L’originalité de Jean Dinh Van est-elle justement de ne pas être un designer, mais un façonneur de matière, avec une esthétique ultra-fonctionnelle ?

En effet, il était avant tout un sculpteur d’idées. Pour lui, c’est la matière, c’est la rencontre avec ses contraintes qui crée l’objet, non un concept ou un dessin. Il y a, par exemple, le martelage que j’évoquais, mais aussi le bracelet serrure, un fil d’or qui s’enroule autour du poignet et dont les extrémités sont martelées. Ce n’est pas un objet de designer conçu avec un mécanisme, mais le résultat d’un travail sur la flexibilité de la matière. Enfin, on peut citer les Menottes, créées en 1976. Ce qui était au départ un porte-clés est devenu un fermoir de collier si difficile à ouvrir qu’il a pris ce nom.

En 1970, Dinh Van a ces paroles visionnaires : « La joaillerie en était à l’ère des bijoux travaillés comme au siècle dernier. Nous ressentions confusément que les femmes attendaient de nous des bijoux plus faciles à porter. » S’il a révolutionné le bijou dans son esthétique, il a aussi décomplexé son port.

Absolument. À titre d’exemple, les Menottes ont fait du fermoir le point central de la pièce, alors que, généralement, cet élément est caché derrière le cou.

La griffe Dinh Van célèbre les 30 ans de la collection « Pi », mais affiche aussi 56 ans d’existence, rythmés par l’enchaînement de collections iconiques.

Citons le Maillon et sa géométrie déchaînée, imaginé dans les années 1960 et décliné ensuite sous différents formats ; les Menottes, un fermoir devenu bijou créé en 1976 ; le Cube Diamant, lancé dans les années 1970, et la Serrure, un jonc allégé de tout mécanisme, mais doté d’un fermoir discret, rehaussé par un minuscule diamant.

Jeu du rond et du carré, formes pures, la force des bijoux Dinh Van, c’est leur minimalisme et leur fonctionnalité ?

Jean Dinh Van a été le premier à introduire le minimalisme en joaillerie. Très influencé par le Bauhaus, il a souhaité, en 1965, proposer des bijoux qui peuvent se porter au quotidien et s’associer à différentes tenues. C’est un pionnier dont l’esthétique visionnaire, fonctionnelle et moderne réunit la pureté de la ligne et la simplicité d’usage.

La force de ces designs simples lui a taillé une notoriété solide à l’international.

Après avoir ouvert une boutique hors des passages obligés (place Vendôme ou rue de la Paix), Jean Dinh Van s’est installé au Publicis Drugstore sur les Champs-Élysées et a été sélectionné, à la fin des années 1970, pour exposer à Montréal. C’est là qu’il a été repéré par Cartier New York, qui était alors une boutique indépendante. Ses bijoux visionnaires ont ainsi été présentés à côté des bracelets Love ou Juste un Clou imaginés par Aldo Cipullo pour Cartier.

Cette force est-elle aussi une faiblesse ?

La force d’un bijou épuré, c’est son universalisme et le gage de son intemporalité. Sa faiblesse, c’est qu’on lui retire toute dimension culturelle.

L’aspect visionnaire de la griffe est aussi son positionnement transgénérationnel et unisexe. Vous avez intégré avant l’heure ce qui est devenu une tendance aujourd’hui.

Ce qui est nouveau pour les autres, nous le proposons depuis 50 ans ! Depuis la naissance de la griffe, mères, grand-mères, filles, fils, pères et oncles portent nos bijoux. Dans les années 1960 et 1970, Dinh Van a également réalisé des publicités avec des hommes et des enfants ! Nos catalogues, eux aussi, proposaient des bijoux longueur femmes, hommes ou enfants.

Pourquoi ne pas avoir investi le territoire de la haute joaillerie ?

Nous nous le sommes interdit afin de pouvoir continuer à faire des bijoux à porter tous les jours. Nous voulions rester fidèles au sillon tracé par Jean Dinh Van.

Quels sont les best-sellers auprès de la clientèle masculine ?

Le bracelet sur cordon, à la fois présent et discret. Les colliers et bracelets Menottes…

En la matière, constate-t-on une différence de goût selon les pays ?

Aux États-Unis, le port des bijoux chez les hommes est bien plus répandu, et nous ouvrons des boutiques début 2022 en Chine.

dinhvan.com

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