Toutes en maillot, et si on aimait enfin son corps ?

Infrarouge / Lifestyle  / Toutes en maillot, et si on aimait enfin son corps ?

Toutes en maillot, et si on aimait enfin son corps ?

À côté du genderfluid, qui refuse d’apposer une étiquette genrée sur les vêtements, la tendance est d’assumer ses formes et dénoncer le diktat du corps parfait sous le hashtag #bodypositive. Un mot d’ordre dont s’emparent les marques de maillots cet été.

 

Ainsi soit-il. « Je suis agressive, j’aime les silhouettes affirmées et que les femmes aient l’air confiantes. C’est exactement ce que je voudrais apporter. Je veux que toutes les sortes de femmes portent mes vêtements. » Les mots qu’a utilisés fin mai la chanteuse Rihanna pour évoquer le lancement de sa marque de vêtements, qui va jusqu’à la taille 46, lancée en partenariat avec LVMH, s’inscrivent dans la droite ligne du body positive. Ce mouvement né en 1996 aux États-Unis sous la houlette de Connie Sobczak et Elizabeth Scott célèbre une acception réaliste du corps féminin. « Cette communauté vivante et thérapeutique nous libère des messages sociaux étouffants qui maintiennent les gens dans une lutte perpétuelle contre leur corps. » Plaider, en somme, pour la représentation de tous les types de corps humains, encourager la diversité et défier, enfin, les stéréotypes que véhiculent les médias. Relayé sur les réseaux sociaux, le body positive connaît un essor fulgurant depuis deux ans. À l’approche de l’été, il n’y a donc qu’à bien se tenir – poitrine gonflée, fessier et cuissot assumés. De mouvement, il est devenu une tendance dans laquelle les marques de maillots et de lingerie viennent s’engouffrer, quitte à chambouler les standards figés de la vie en bikini. Avec plus de 9,9 millions de publications #bodypositive sur Instagram, il ne fallait pas louper le coche.

Les codes ont changé

Dimanche 5 mai, l’enseigne H&M, qui s’était déjà démarquée en 2016 en faisant défiler des mannequins transgenres et grandes tailles, a fait le buzz sur Instagram en publiant les jolies cuisses rebondies de la Néerlandaise Jill Kortleve, égérie de sa nouvelle collection de maillots de bain. L’image a été relayée de nombreuses fois et a récolté plus de 700 000 J’aime. De son côté, Princesse tam.tam a mis en ligne des photos de sa dernière ligne de maillots sur les réseaux sociaux, agrémentées de ce petit texte : « Notre maillot Gueliz va jusqu’au bonnet E et à la taille 44 #princessetamtam #toutesenmaillot # été #princessetamtampourtoutes. » Chez la jeune marque Swim Society, même touche d’universalité, style garanti dans chaque pli de tissu : on propose des mensurations réalistes, du 38 au 48. On parle désormais de « maillots inclusifs », adaptés à toutes les morphologies. « Je pense que je devrais pouvoir porter le même maillot de bain que ma copine qui a un corps totalement différent du mien », explique sa créatrice, Montana Brown. Résultat : les bikinis sont déjà sold out. Côté lingerie, Chantelle a mis en scène quatre femmes « belles et vraies » pour incarner sa ligne Soft Strech sur les abribus et les panneaux de la capitale. « Les codes ont changé. Ce n’est plus au corps de s’adapter à la lingerie mais l’inverse », confirme Renaud Cambuzat, son directeur de la création et de l’image, avant de continuer : « Les femmes se sentent sexy parce qu’elles sont bien dans leurs sous-vêtements. Il s’agit moins d’une question de corps que d’une question de regards. » C’est exactement sur ce changement sociétal qu’avait misé Dove dès 2004. Pionnière en matière de body positive, la marque de produits cosmétiques s’est efforcée de faire évoluer l’image qu’ont les femmes sur elles-mêmes à coup de pubs bien senties.

Curvy ET jolie ?

Ce n’est que l’an passé que l’instagrameuse humoriste Laura Calu lançait #bikinibodyfermetagueule. Un hashtag bien senti pour dénoncer le corps parfait requis à l’été et pousser à l’acceptation de soi. « Je pense que la chose la plus importante, c’est de se sentir bien comme on est. Il paraît même que, quand on se sent bien, on est vachement plus belle », écrivait-elle sur son compte. À l’époque, la presse féminine multiplie encore les conseils minceur avant les vacances, « alors que cela fait déjà plusieurs années qu’outre-Atlantique les modèles « Plus Size » posent en couverture des magazines et que des titres de presse leur sont dédiés », explique une journaliste dans Libération. Le philosophe Bernard Andrieu, professeur à Paris-Descartes et auteur de Rester beau (éditions Le Murmure), tente d’analyser cela : « Malgré l’échec de la notion de régime, les gens veulent rester beaux, être dans des esthétiques sociales acceptables. » En témoignent les commentaires YouTube qui ont suivi le post maillot Instagram d’H&M : « H&M aurait dû mettre des femmes moches, parce qu’elles sont rondes, mais elles sont belles, donc ça continue à être discriminant pour les moches. » Bref, le corps reste sous pression – oui aux formes curvy, pourvu qu’elles soient jolies. Quitte à sombrer dans une autre forme de discrimination, à laquelle il est dur de tordre le cou : la beauté. Résultat, le body neutrality serait en passe de remplacer le body positive. Ce courant, venu lui aussi d’Amérique, prône l’attitude la plus neutre possible face à son physique, comme nous l’explique Cassie Mendoza-Jones, naturopathe et auteure de You are enough (Hay House Australia, non traduit en français) : « C’est accepter que, certains jours, on aime son corps et que, d’autres jours, la confiance peut retomber. Il s’agit d’intégrer qu’il y aura des hauts et des bas et que relâcher la pression face à son physique ne peut avoir que des conséquences positives. »

À quand le hashtag #biendansmonslipmonbikinimoncorps ? Cet été, peut-être ?

À découvrir également