Infrarouge / Culture  / Une saison espagnole à Paris

Une saison espagnole à Paris

Les Baléares n’ont jamais été aussi proches, aussi attrayantes, sublimées depuis Paris par une véritable saison espagnole qui fait la part belle à Balenciaga, Fortuny ou Picasso. À toutes les silhouettes, en somme, dont les habits
aux magnifiques couleurs de l’Espagne émergent de la grande bleue.

 

une 13

Olga Picasso

au musée Picasso

Balenciaga, l’œuvre au noir

au musée Bourdelle

10006511 PICASSO la chèvre, 1950, huile et fusain sur contreplaqué 93x231cm © Succession Picasso  2017[1]

Miró

Mur de céramique, aujourd’hui abrité au siège permanent de l’Unesco, Paris. Joan Miró avec José Llorens Artigas. © Unesco droits réservés et Gardy Artigas. © Photo Unesco.

Picasso Plein Soleil

L’Espace Musée Roissy

71_1935_60_117_a jaume_0245

Picasso primitif

au musée du quai Branly

Jaume Plensa rend hommage à dom Ruinart

Un autre artiste espagnol fait parler de lui en ce moment : Jaume Plensa, sculpteur de l’art abstrait. Ses œuvres monumentales représentant des visages humains en marbre ou des hommes de métal formés par des suites de lettres, habillent des jardins ou des paysages naturels. Vous connaissez certainement L’Âme de l’Èbre, réalisée en 2008 pour l’Exposition internationale de Saragosse : une sculpture de onze mètres de haut dont les lettres blanches sculptées représentent les cellules du corps humain, composées à plus de soixante pour cent d’eau. Sur le même principe, il vient de réaliser pour la maison Ruinart une sculpture qui rend hommage à dom Thierry Ruinart. Ancrée dans le sol comme le sont les vignes, cette création est constituée d’éléments de langage universels : des signes et des lettres provenant de huit alphabets différents – de l’arabe à l’hindi, en passant par le grec et le latin –, car « chaque alphabet est la représentation la plus précise de la culture ». Le Catalan Jaume Plensa signe ainsi la nouvelle édition limitée à vingt exemplaires du coffret Ruinart du magnum Blanc de Blancs, calligraphié « Jaume Plensa pour Ruinart ». www.jaumeplensa.com

 

Les belles expositions et les îles partagent le même imaginaire. À l’entrée du musée, le contrôle des billets est la barrière de la mer, le passage obligé vers un autre monde. L’insularité, comme les œuvres, renforce notre imaginaire, notre envie d’ailleurs. Et comme la création, l’insularité nous fascine. L’île est un laboratoire. Pas celle du docteur Moreau (H.G. Wells) mais plutôt celle de Jules Verne : L’Île mystérieuse. Ne dit-on pas que l’écrivain serait venu sur les îles Pityuses – Ibiza et Formentera – pour écrire son roman ?

DE L’ÂME DES PROVINCES ESPAGNOLES…
Alors, quand à Paris l’Espagne pousse un peu sa corne, c’est vers les Baléares que nos envies s’envolent. Nous quittons la terre ferme sur les ailes de Balenciaga au musée Bourdelle ou des costumes inspirants de son enfance, qui racontent l’âme des provinces espagnoles à la Maison de Victor Hugo, voire sur celles de Mariano Fortuny au palais Galliera. Ou encore sur le plumage de Pablo Picasso, à travers trois expositions : au musée Picasso, au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, enfin au terminal 2E de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, qui accueille au sein de son Espace Musée pas moins de 35 œuvres de l’artiste, en provenance du musée Picasso (production déléguée : agence Artcurial Culture).

… AUX NOUVEAUX
TERRITOIRES
DE LA CRÉATION
Enrichis de robes, de toiles et d’images, de combinaisons de couleurs audacieuses, de silhouettes épurées (Balenciaga) ou extravagantes, à l’image des « Habits aux couleurs de l’Espagne » (Maison Victor Hugo), de corps déstructurés ou de visages défigurés (Picasso), on sera à même, sur le seuil des nouveaux territoires, d’accéder aux couches fondatrices de l’inspiration, du savoir-faire.

LE SYNCRÉTISME S’IMPOSE
Face à notre archipel de rêve, composé des îles Gymésies (Majorque, Minorque et Cabrera) et Pityuses (cf. plus haut), vous serez porté naturellement, par affinités esthétiques, à la synthèse de plusieurs traits culturels. Sur ces îles mythiques, la moindre chèvre mal peignée, croisée sur un sentier, sera la récurrente Amalthée de Picasso, la chèvre qui nourrit l’enfant Zeus. De même, les chevaux de Minorque, fendant la foule ou forçant le seuil des maisons lors des grandes fêtes populaires, vous sembleront échappés tout droit du tableau Guernica. Sur ce refuge d’hier contre l’Espagne franquiste, le cheval, comme sur le tableau de Picasso, incarne la liberté, le peuple républicain opprimé, la victime innocente.

ROBA DE LLENGÜES
Jupes, boléros, mantilles ou capes revisitées seront ici notre garde-robe d’explorateur pour appréhender le tissu minorquin, dit « Roba de llengües », inspiré des ikats que Balenciaga introduira dans ses collections. Et dont l’usage se répandra jusqu’aux espadrilles, aujourd’hui des insulaires Boris Becker ou
Rafael Nadal.
C’est Cristóbal Balenciaga encore qui conseillera à Hubert de Givenchy un pèlerinage à la chartreuse de Valdemosa sur les traces de Sand et Chopin. Une George Sand si sensible à la magie des paysages de Majorque qu’elle en restera à jamais la meilleure ambassadrice. C’est encore tout près de là, à Deià, que Picasso, tout comme Ava Gardner, posera ses valises.

ALCOOL ET PEINTURES
Alors, depuis un bar d’Ibiza ou, d’ une terrasse de La Savina de la très préservée île de Formentera, vous siroterez un Picasso Martini, cocktail imaginé par le barman Colin Peter Field au Ritz de Paris (2 1/2 onces de gin réfrigéré + 1 cube de Noilly Prat). Soit un Dry Vermouth, issu du Sud de la France, et du gin que Pablo Picasso mettra de nombreuses fois en scène dans ses natures mortes. Cherchez le citron et il apparaîtra (Bouteille de gin, cruche et citron, par exemple), issu de la domination britannique. On en fabrique à Majorque par distillation d’alcool éthylique d’origine agricole et de baies de genièvre qu’ on dégustera dans la boutique Xoriguer (située sur le port de Maó). De L’Arlequin au verre à Père Mathias ou Pierreuses au bar, l’alcool se mêle aux pigments du maître.
Le cocktail aidant, on s’attardera sur les silhouettes féminines locales qui croisent au-delà sur la terrasse. Pablo Picasso aura-t-il introduit dans Les Femmes d’Alger (1955) les traits de femmes de Minorque ? Celles que la France de jadis incita à se rendre en Algérie pour épouser les colons…
La « Femme de l’île de Majorque» on connait ses traits, vus récemmment à la Fondation Vuitton, dans la collection Chtchoukine…

À découvrir également