Vanessa Paradis au théâtre : « ‘Maman’ est le projet idéal »

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Vanessa Paradis au théâtre : « ‘Maman’ est le projet idéal »

Délicate, glamour et solaire, l’actrice crée l’événement de la rentrée ! Elle fait son baptême de la scène à Paris au théâtre Édouard-VII, dans Maman, une pièce écrite et mise en scène, pour elle, par son mari Samuel Benchetrit.

Depuis ses 14 ans, Vanessa Paradis vit sous les feux des projecteurs. En pleine répétition, elle a pris le temps de partager avec nous son enthousiasme, mais aussi les inquiétudes de sa toute première fois sur scène. Elle joue le rôle de Jeanne, une femme hypersensible et touchante, plongée dans une histoire plutôt ubuesque aux côtés d’Éric Elmosnino, Félix Moati et Gabor Rassov. L’été a été très studieux pour être à la hauteur. Elle nous confie le plaisir de se réinventer sans cesse. Rencontre.

Actrice, chanteuse, icône, aujourd’hui comédienne au théâtre, vous avez une forme de don ?

Je ne sais pas si j’ai « un don », mais ce qui est certain, c’est que j’aime mon métier par-dessus tout. Très jeune, j’ai été happée par l’univers de la musique. Je n’avais que 14 ans (avec Joe le Taxi, en 1987, NDLR). J’ai tout appris instinctivement et j’ai beaucoup travaillé. Ça n’a pas été facile tous les jours. C’est vrai que la musique et le cinéma sont des univers qui se rejoignent. Il y a une sensibilité commune qui m’a permis de passer plus facilement de l’un à l’autre. Le théâtre, aujourd’hui, est encore une nouvelle aventure qui arrive à un bon moment de ma vie. Je me réinvente. J’aime cela. Je suis très heureuse de ce beau projet.

On vous a découvert au Festival de Cannes en actrice de théâtre amateur dans le film de Samuel Benchetrit Cette musique ne joue pour personne. Vous êtes aujourd’hui sur scène dans la pièce Maman. Que représente le théâtre pour vous ?

C’est une forme d’art que j’admire et qui m’impressionne en même temps. Je suis peu allée au théâtre dans ma vie. Depuis jeune, la musique et le cinéma m’ont accaparée. Le théâtre est, à mes yeux, fort et magique. Je comprends la mise en danger et l’adrénaline que cela entraîne. Depuis le début de mes répétitions, j’observe la différence avec le cinéma. On ne gère pas son jeu avec la même énergie. Tout s’exécute sur le moment, l’instant. La prestation est plus difficile, car au théâtre, le comédien doit tout jouer. Il doit raconter une histoire seul dans un cadre unique. Il est l’image, le son, la lumière, le cadrage, les textes…

Dans le film de Samuel Benchetrit, vous jouez une comédienne de théâtre qui bégaye, sur scène vous êtes transportée et votre bégaiement s’arrête. Ressentez-vous cette même forme de bien-être sur scène ?

Quand la journée se termine, je suis chargée en émotions. J’ai besoin d’atterrir tout en douceur. C’est très sportif et intense de tenir 1h30 sur scène. Quand je joue, je vis intensément les émotions de mon personnage Jeanne. Je ne sors pas intacte. Je suis souvent un peu bouleversée, même si la pièce n’est pas que grave, elle est aussi drôle.

Le théâtre, est-ce une envie tardive ?

J’avoue que j’étais vraiment très occupée ailleurs. Je n’avais pas le temps de me pencher sur le théâtre. J’ai pourtant reçu souvent des jolies propositions, mais ce n’était jamais le bon moment. En revanche, j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à voir sur scène mes amis comédiens. Ça m’a toujours donné envie, mais certainement aussi que ça m’effrayait un peu. Et puis, j’avais envie d’une création. Un projet qui me plaise, qui me ressemble et qui soit tout neuf. Samuel a écrit cette merveilleuse pièce pour moi : Maman, le projet idéal ! Je suis très heureuse et excitée à l’idée du premier lever de rideau.

Avez-vous le trac et comment le gérez-vous ?

Les exercices de respirations m’aident à faire descendre l’adrénaline. Le trac ne disparait jamais. Pour l’instant, je répète, je n’ai donc pas le vrai trac ou si je l’ai, c’est ce qu’on appelle « le trac de l’anticipation ». Pour le public, ce qui compte, c’est le moment présent. J’aurais beau être contente de ma prestation de la veille, il faut être bonne tous les jours sans relâche. Chaque représentation est comme la première, au final !

L’envie de nouveauté est-elle plus forte finalement que la peur ?

Bien sûr, le trac, ça fait peur, ça fait mal, ça empêche de respirer, mais il ne prend jamais le pas sur l’envie que j’ai de travailler. Je vais jouer pour la première fois au théâtre, c’est grandiose, terrorisant et tellement excitant !

Avez-vous des pièces de théâtre de référence ?

Je retiens plus les émotions que les pièces en tant que telles. Je suis touchée par un comédien qui tient une émotion sans s’arrêter sur la longueur. Ça me donne des frissons. Et puis, j’aime aussi l’atmosphère de la salle : les comédiens qui se préparent, l’attente, l’adrénaline…

Que redoutez-vous sur scène ?

Ce que je redoute le plus, ce sont les trous de mémoire évidemment, ça doit être effrayant. Ils y ont tous droit, donc il n’y a pas de raison que je n’y passe pas. C’est quand même très déstabilisant.

Est-ce différent de travailler une pièce qu’un film ?

Au cinéma, il y a des grosses équipes. La technique effectue son travail, et tout à coup, c’est à vous. Au théâtre, on doit tout donner tout de suite. On n’a pas plusieurs chances. Et puis, c’est vrai aussi qu’on travaille plus les uns avec les autres, que ce soient nos déplacements, nos textes… À cause du covid, nous avons eu la chance de répéter directement dans le décor du théâtre.

La pièce s’intitule Maman, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Être maman, c’est ce qu’il y a de plus beau au monde. Ça m’inspire du réconfort et de l’amour. Être avec mes enfants, c’est ce que j’aime le plus. Je me sens bien, apaisée et heureuse.

Travailler avec son compagnon, est-ce une pression supplémentaire ?

Sur une scène de théâtre, je ne ressens pas sa pression. Nous avons plus de temps pour nous placer et répéter. Alors qu’au cinéma, l’organisation n’est pas la même. Le temps nous manque. Le stress est différent, et là oui, il peut communiquer plus de tension aux équipes. Mais dans tous les cas, je me mets la pression toute seule, je n’ai besoin de personne. J’ai envie de plaire au metteur en scène et à mon public donc j’essaie toujours de donner le meilleur de moi-même.

Arrivez-vous à mettre de côté votre vie professionnelle et à tourner la page quand vous rentrez chez vous ?

C’est difficile de fermer la porte. Le texte ne me quitte jamais. J’habite mes personnages et mes émotions. Mais j’ai quand même une vie privée, donc quand je rentre, j’essaie de me reposer et de passer à autre chose.

Comment gérez-vous votre voix ?

On peut penser que, comme je suis une petite femme menue, j’ai une petite voix mais absolument pas. Avoir la voix qui porte se travaille. C’est très difficile de jouer fort et juste en même temps. Je chauffe ma voix comme au cinéma. Puis je dois m’habituer à la porter pendant toute la pièce. C’est très éprouvant, mais je suis habituée. Quand je chante, c’est très sportif aussi.

La violence faite aux femmes est l’un des grands sujets de la pièce, aujourd’hui la parole se libère enfin. Avez-vous dans votre carrière été confrontée à des situations difficiles ?

Oui, comme toutes les femmes. Comme j’ai commencé très jeune, j’ai vécu pleins de situations que j’ai eu la chance de pouvoir esquiver. Certaines comédiennes ont vécu des choses atroces. Oui, c’est un sujet important, mais le sujet central c’est l’amour, le couple et l’écoute. Souvent dans notre monde, les gens parlent, mais personne ne s’écoute vraiment. Finalement le plus important, ce n’est pas d’être en accord les uns avec les autres, c’est d’être tolérant.

Que peut-on vous souhaiter ?

Que la vie reprenne encore plus fort, que la liberté existe vraiment et que les gens puissent se déplacer, se retrouver à nouveau !


Maman, écrit et mis en scène par Samuel Benchetrit, du 14 septembre au 30 décembre, au théâtre Édouard-VII, à Paris. theatreedouard7.com

Et aussi dans le film Cette musique ne joue pour personne, de Samuel Benchetrit. Sortie le 29 septembre.

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