Vins hors frontières

Vins hors frontières

Saviez-vous que nos grands domaines français ont été pionniers pour dénicher des terres vierges et produire le nectar du Nouveau Monde ? Des hauteurs de l’Himalaya ou de l’Aconcagua, du mont Fuji au désert éthiopien, partez faire un tour du monde des vins « made by France » !

 

Les vignobles du futur

Photo d’ouverture et ci-dessus : Ao Yun

Il sera haut

Avec le réchauffement climatique, il faudra planter en haute montagne pour retrouver une amplitude thermique digne de réaliser de grands vins. LVMH l’a bien compris en créant en 2013 le plus haut vignoble du monde : Ao Yun, placé sur les contreforts de l’Himalaya, non loin de la légendaire ville de Shangri-La. Projet ambitieux et visionnaire, il a fallu une décennie pour sortir ce grand cabernet sauvignon. Imaginez-vous : les 314 parcelles de vignes sont uniquement travaillées à la main par des fermiers tibétains. Rare et très recherché, il faudra débourser plus de 350 euros pour atteindre ce sommet.

Il sera pétillant

Après la Napa Valley, la maison de champagne Taittinger s’est positionnée en terre anglaise pour produire de grands sparklings. Microclimat et terroir de craie similaire à la Champagne ont conquis la célèbre famille. Merci au réchauffement climatique, pourrait-on dire… Avec ses 70 hectares acquis en 2017, la firme entend bien conquérir le marché britannique, très friand de bulles. Portant fièrement le nom de Domaine Evremond, il faudra attendre 2024 pour déguster les premières bouteilles ! Tchin tchin !

Il sera exotique

Quand on pense à l’Éthiopie, on imagine la sécheresse, la famine… Eh bien, dernièrement, le pays s’est tourné vers le vin avec l’ambition de dépasser la production de l’Afrique du Sud ! Le groupe français Castle (numéro trois mondial du vin, propriétaire de vignobles en France mais aussi au Maroc et en Tunisie) y a acheté, il y a plus de dix ans, 160 hectares pour planter de la vigne. En effet, nos cépages français (cabernet sauvignon, merlot, chardonnay…) se plaisent sur un sol sablonneux arrosé grâce à de courtes saisons de pluie. Tout cela est propice à la parfaite maturité des raisins. La production, qui dépasse aujourd’hui 1,2 million de bouteilles, est intégralement destinée au marché… local !

Les clés de la réussite ?

Pourquoi s’installer à l’étranger alors que la France regorge de magnifiques terroirs ? Souvent, par challenge, à la suite d’une rencontre ou sous le coup d’une révélation, nos grands domaines français ont voulu démontrer qu’un savoir-faire peut s’expatrier. Derrière, c’est souvent dix à vingt ans de recherches, d’études, d’analyses pour trouver la perle rare, le terroir qui pourra révéler une autre facette de nos cépages français. Marlborough pour le sauvignon blanc, l’Oregon pour le pinot noir, Napa Valley pour le cabernet sauvignon, Barossa Valley pour la syrah, nos vieux cépages ont trouvé une autre terre pour s’exprimer, souvent à l’ombre d’une réglementation plus souple qu’en Europe. Ainsi, on croise des marques puissantes ou parfois des vins d’auteurs, rares et convoités. Marché de masse versus collectionneurs, nos compatriotes français s’ingénient à se positionner sur des marchés avides de découvrir la signature d’un grand domaine français. Un avenir prometteur pour une France qui reste trop petite selon certains ou trop contraignante selon d’autres. La route vers l’or rouge n’est qu’au début de son aventure. Le made in France est un emblème de savoir-faire et d’excellence à cultiver, là oui, sans modération !

Et ailleurs…

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Japon

Bernard Magrez au pays du Soleil-Levant

Lorsque l’éminent Bordelais, propriétaire de 43 domaines en France et à l’international (dont quatre grands crus classés avec le célèbre Château Pape Clément) choisit le Japon en 2008 comme nouvelle terre d’accueil, ce n’est pas pour rien. Ici, la petite parcelle perchée sur les pentes douces du mont Fuji est un véritable bijou. Son cépage aux baies roses, le rare koshu, 100 % japonais, réalise un sublime blanc fin et aérien sur les agrumes et les fleurs blanches. Son alter ego, le grand viticulteur Etsuko Aruga, apporte son expertise et son savoir à l’élaboration du nectar.

1. Magrez-Aruga Koshu – Japon 2016, environ 38 €, en vente chez Lavinia.

 

Nouvelle-Zélande

Nouvelle-Zélande façon sancerrois

Dans la famille Bourgeois, on n’est pas des feignants !
Déjà, chez eux, à Chavignol (région Centre-Val de Loire), leurs vins sont reconnus comme l’une des plus belles expressions de sancerre. C’est bien, mais pas assez. Alors ils se lancent à la recherche du grand terroir pour exprimer au mieux leur cépage emblématique, le sauvignon blanc. Après douze ans de recherche, la consécration sera au rendez-vous avec la création en 2000 de Clos Henri, une perle de Marlborough en Nouvelle-Zélande. Un microclimat idéal permet une conduite en bio qui exprime un sauvignon blanc pur et élégant dans la veine de leur sancerre. Une belle réussite à tester !

2. Clos Henri, entre 12 € et 20 €, en vente sur vinatis.com.

 

Etats-Unis

La collection l’Or… egon !

On connaît la maison prestigieuse Joseph Drouhin, dynastie familiale née en 1880 à Beaune. Mais savez-vous que, depuis plus de 30 ans, elle est aussi célèbre pour ses grands pinots noirs de l’Oregon ? Grâce à l’arrivée de la famille dans les années 80, cet État du nord-ouest des États-Unis est devenu l’eldorado du grand cépage bourguignon. Il avait l’œil, Robert Drouhin ! Dès 1961, il remarqua que la vallée de Dundee Hills, à 40 kilomètres au sud de Portland, possède des caractéristiques similaires à celles de la Bourgogne. Une confirmation aujourd’hui, puisque, depuis cette date, plus de 400 domaines s’y sont installés, dont celui qui appartient au renommé critique américain Robert Parker. Comme quoi, quand il s’agit d’or rouge, les Français sont des chercheurs imbattables !

3. Maison Joseph Drouhin, de 29 € à 49 € sur m.drouhin.com ou sur l’œnothèque Joseph Drouin.

Argentine

Prendre de la hauteur avec Edmond de Rothschild

Ariane et Benjamin de Rothschild ont bien compris le sens de la filiation. Héritiers du Château Clarke, cru bourgeois du Médoc, ils choisissent de bâtir une collection de grands vins du monde. Après l’Afrique du Sud, Benjamin décide, en collaboration avec Laurent Dassault, de créer ex nihilo un grand domaine au pied de la cordillère des Andes, près de la cité de Mendoza : Flechas de los Andes. On est en 1999 et le pays n’est pas encore célèbre pour ses vins. Un terroir d’altitude, à plus de 1 200 mètres, aura séduit les deux hommes qui planteront le malbec, le grand cépage argentin, avec un assemblage bordelais. Le style des rouges est surprenant de précision, entre élégance bordelaise et modernité argentine.

4.Flechas de los Andes, entre 19 € et 34 € sur epicerie.edmondderothschildheritage.com/fr/vins-et-champagnes.

 

Afrique du Sud

Dolce vita en Afrique du Sud avec L’Avenir

Quand Antoine Leccia, directeur du Groupe AdVini, part en Afrique du Sud pour visiter le domaine L’Avenir, récupéré lors du rachat du Groupe Domaine Laroche à Chablis, il a en tête de s’en séparer – rien de bon, selon lui. Pourtant, il en repart avec l’enthousiasme d’un adolescent ! Dix ans plus tard, AdVini s’est offert deux autres propriétés, Le Bonheur et Ken Forrester, et peut s’enorgueillir de posséder les plus belles parcelles de Stellenbosch, la grande région viticole du pays. Ici, un climat idyllique offre aux deux cépages, chenin en blanc et pinotage en rouge (créé par un croisement du pinot et du cinsault), un profil atypique, élégant et fin. Et, pour déguster tranquillement, un charmant hôtel et une piscine à débordement vous attendent.

5. L’Avenir, 15 € sur clubfrançaisduvin.com.

 

Australie

L’aventure avec Michel Chapoutier en Australie

C’est avec un esprit pionnier que le grand vigneron Michel Chapoutier décide, contre l’avis de tous, de s’installer loin de sa terre natale du Rhône, en Australie, à l’été 1997. L’idée était de planter les cépages rhodaniens et de révéler au monde la richesse de la région de Victoria, au sud-est du pays. Malgré les conditions climatiques extrêmes (périodes sèches et moussons), les hordes de kangourous qui ravagent le vignoble, les incendies ou encore les cacatoès qui mangent les raisins, Michel Chapoutier ne lâche rien et prouve par la régularité sans faille de ses vins que l’Australie est une grande terre viticole.

6. Domaine Tournon, à partir de 10 € sur la boutique en ligne chapoutier.com.

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