Virginie Efira

À l’affiche d’Un homme à la hauteur, un film de Laurent Tirard, Virginie Efira y joue au côté de Jean Dujardin. Elle montera les marches à Cannes pour sa participation à Elle, le film de Paul Verhoeven en compétition parmi la sélection officielle cette année. Rencontre.

En toute transparence

Qu’est-ce qu’un homme à la hauteur ?
Cette notion est en mouvement perpétuel. L’idée que je me faisais d’une relation, à vingt ans, a bien changé. Je pensais que j’avais un type d’homme, mais en vieillissant, on voit bien que si l’on prédéfinit les choses à l’avance, avec un homme et une vie heureuse idéalisée, on sera déçue. Le mieux serait d’être dans une forme de sagesse et de se laisser surprendre le moment venu. Pour moi, l’idée de « l’homme parfait » se rapprocherait de l’idée de l’ennui. Un homme à la hauteur, c’est quelqu’un qui possède finalement une grandeur d’âme.

Au départ, Alexandre, joué par Jean Dujardin, se sert de sa voix au téléphone pour briser la première barrière de la séduction. Pourriez-vous être séduite comme votre personnage ?
Oui, complètement car dès que c’est une voix et qu’il n’y a pas eu la rencontre, il y a l’étape de la cristallisation. On idéalise. En fait, il faudrait toujours laisser du mystère dans une relation. C’est assez romanesque de sentir les choses sans en être vraiment certain. Ce qui est sûr, c’est que je serais davantage sensible à une voix qu’à des smileys ! D’ailleurs, l’idée de se réunir sur des points communs me laisse perplexe et se rencontrer en sachant par avance le but de la rencontre me mettrait dans un état de gêne totale !

L’humour est aussi une arme de séduction et votre personnage montre à quel point on a besoin de légèreté. Qu’est-ce que l’humour vous a parfois permis de faire ?
De relativiser des échecs, des moments tristes ou douloureux. L’humour sert à tout. C’est d’ailleurs de l’élégance. La légèreté est importante, on peut être conscient de choses pas drôles mais on doit rester positif. On sait tous que l’on fait un passage éclair ici-bas et la légèreté permet de l’accepter.

Votre regard sur les choses a-t-il changé d’angle de vue depuis le tournage du film ?
Non, mais sans être sortie avec une personne de petite taille, j’ai connu des moments où j’ai pu être incertaine de l’autre… Tout n’est pas si simple à accepter car à l’intérieur de nous, nous avons tous un conformisme qui nous rattrape. Il n’y a pas que la différence physique ou un handicap, il y a les diktats de la société. On ne voit pas beaucoup d’hommes de quarante ans clamer fièrement qu’ils sont heureux et qu’ils veulent faire leur vie avec une femme de soixante ans. Ceux qui arrivent à passer outre ont une beauté plus forte. Et puis les gens s’habituent ensuite aux choses.

Jean Dujardin a dit que « vous rayonnez » et que vous avez « l’élégance d’être au service du projet ». Que diriez-vous de lui ?
Jean est quelqu’un qui n’agit jamais avec hiérarchie. Il a une réelle simplicité dans les rapports et une grande spontanéité. Il prend un grand plaisir à jouer et possède une intelligence instinctive assez séduisante, une sorte de bon sens assez fin et décomplexé. Il laisse la place et donne la possibilité de sortir du cadre en improvisant. C’est chouette.

La société laisse-t-elle trop de place à l’image ?
Une image chasse l’autre, alors que pour comprendre il faut du temps. Nous sommes dans une telle rapidité de l’information que cela empêche la réflexion à long terme : tout le monde a quelque chose à en dire rapidement et de façon synthétisée, en quelques caractères. On manque d’analyse, de distance, dans la sphère intime comme dans la société.

Comme dans 20 ans d’écart [réalisé par David Moreau, NDLR], votre personnage est celui d’une femme qui se laisse séduire par un homme qui ne lui serait pas destiné. Peut-on y voir une part de vous-même ?
C’est vrai que je joue des femmes indépendantes, qui doivent assumer leurs choix. Je crois qu’il y a un rapport en effet car ce que l’on projette est aussi une partie de soi. Ce qui nous échappe, c’est la morphologie physique (on a des joues un peu plus rondes, on a l’air gentil…), mais c’est toujours accompagné d’un trait de caractère. Je dois projeter quelque chose de doux, réconfortant, accessible, et une forme d’autorité qui laisserait supposer de l’indépendance. Mais je n’y pense pas trop.

Enfin, que regardez-vous encore comme une enfant ?
Beaucoup de choses, car avoir un enfant ramène à ce regard, c’est-à-dire à la capacité d’émerveillement. Je me disais il y a peu de temps : « on regarde tout comme une première fois, ou une dernière ». C’est marrant qu’on puisse changer la phrase en fonction de son âge, mais les deux se rapprochent. L’étonnement est essentiel.

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