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Joseph Perrier, 200 ans d’artisanat

Née en 1825 et installée à Châlons-en-Champagne dans un ancien relais de poste, la maison Joseph Perrier célèbre cette année deux siècles d’histoire et de savoir-faire. Benjamin Fourmon, représentant de la sixième génération familiale, revient sur les temps forts de cet anniversaire et les enjeux qui animent aujourd’hui cette maison indépendante dont les bulles ont traversé deux guerres mondiales et deux chocs pétroliers.

Judith Spinoza

Pour célébrer les 200 ans de la Maison Joseph Perrier, vous avez lancé une cuvée anniversaire. Comment est née cette initiative ?

Le temps de la vigne n’est pas celui du marketing. L’idée de cette cuvée a émergé dès 2015, lors du 190e anniversaire. Nous avons alors commencé à imaginer un champagne festif, élaboré à partir de pinot noir d’Ambonnay, de chardonnay de Cumières et de chardonnay de Chouilly. Pour marquer l’événement, nous l’avons proposé dans des formats exceptionnels : 1 500 jéroboams et 2 000 magnums.

Vous avez également imaginé des événements pour faire vivre cette célébration auprès du public. Qu’en est-il ?

Oui, nous avons lancé le Pavillon 1825, qui propose des accords mets-champagne dans nos jardins, ponctués de summer parties et de plusieurs rendez-vous pour la saison estivale.

Votre père, Jean-Claude Fourmon, parle de cette cuvée comme d’un symbole d’héritage. Ce lien à l’histoire passe-t-il d’abord par un lieu ?

Absolument. Depuis deux siècles, nous sommes installés dans le même bâtiment à Châlons-en-Champagne, un ancien relais de poste qui abrite aussi notre musée. Nous n’avons jamais déménagé. C’est assez unique. Nos racines sont là, entre Châlons et Cumières. Autre particularité : nos caves gallo-romaines du IVe siècle, que le fondateur, Joseph Perrier, a agrandies dès 1820, s’étendent aujourd’hui sur cinq kilomètres.

La Maison Joseph Perrier a aussi un passé royal, n’est-ce pas ?

Effectivement ! La Reine Victoria envoyait ses émissaires dans le monde entier à la recherche des mets les plus raffinés, et ils ont choisi notre champagne. Depuis, nous sommes les seuls à pouvoir apposer la mention « Cuvée Royale » sur nos bouteilles.

Qu’est-ce qui fait la singularité de la Maison Joseph Perrier aujourd’hui ?

Nous sommes une Maison familiale d’artisans. Chaque bouteille passe entre les mains de 20 personnes avant d’arriver sur une table. Quant au style de notre champagne, il repose sur un subtil équilibre entre fraîcheur et finesse de la bulle.

Vous travaillez aussi avec une cheffe de cave « à l’ancienne ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Nathalie Laplaige nous a rejoints en 2017, après quatre générations d’hommes. Elle a su s’imposer et s’affirmer. Contrairement à ce qui se fait dans d’autres Maisons où les rôles sont cloisonnés, elle supervise l’œnologie, la vinification, la viticulture et la production. Elle a insufflé un vent de fraîcheur, notamment en retravaillant le champagne rosé. Elle est aussi celle qui porte la vision à cinq ou six ans.

Depuis votre arrivée en 2014, puis votre nomination à la direction en 2019, quelle est votre ligne stratégique ?

Je viens de la finance, mais ma grand-mère m’a encouragé à passer un diplôme en viticulture. J’ai suivi les cours du soir, puis intégré la Maison. Le plus grand défi a été de m’adapter au rythme du champagne, très différent de celui du monde de l’entreprise : ici, un projet peut prendre dix ans. Aujourd’hui, je m’attache à réveiller nos actifs patrimoniaux et économiques.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

Nous avons revisité l’habillage des bouteilles, un peu comme cela avait été fait après la Seconde Guerre mondiale, lorsque la Maison avait opté pour une écriture anglaise et une étiquette jaune. En 2024, nous avons modernisé cette couleur pour notre Cuvée Royale. Nous y avons aussi apposé le monogramme de la comète qui traversa le ciel champenois en 1811. Par ailleurs, nous avons ouvert un musée dans nos murs, avec des affiches anciennes, le livre d’assemblage de 1830 ou la première commande de la cour royale britannique. Nos caves sont désormais accessibles au public.

L’exportation représente une part importante de vos ventes. Quel est votre positionnement ?

Nous produisons environ un million de bouteilles par an. Cela fait de Joseph Perrier la plus petite des grandes Maisons… et la plus grande des petites ! 70 % de notre production est destinée à l’export, principalement vers le Japon, l’Angleterre ou les États-Unis. Aujourd’hui, notre stratégie est de renforcer notre présence à l’international et en France, avec un développement ciblé vers des marchés comme la Corée du Sud, la Norvège, le Maroc, Malte, la Grèce ou encore l’Islande.

L’œnotourisme est-il un autre axe majeur de développement pour vous ?

Depuis le classement de la Champagne au patrimoine mondial de l’Unesco en 2015, l’œnotourisme est passé d’un poste de dépense à un véritable levier de revenus. Nous avons investi plus de 3,5 millions d’euros pour réorganiser et embellir nos espaces d’accueil.

Boutique, dégustations, musée… Vos efforts semblent porter leurs fruits ?

Tout à fait. En 2019, nous recevions 350 visiteurs. En 2023, ils étaient 15 000 ! C’est une grande fierté, surtout quand on sait que nous ne sommes pas situés sur l’avenue de Champagne à Épernay. Et nous tenons à rester une Maison de famille qui accueille les familles : nous proposons des dégustations de jus de raisin pour les enfants, des chasses aux bouchons… L’idée, c’est de faire vivre la convivialité derrière le mot champagne.

Et demain, un hôtel Joseph Perrier ?

Pourquoi pas. L’hospitality fait partie des pistes que nous étudions, mais sans précipitation.

josephperrier.com


Lire aussi : Une maison de champagne à la campagne


Photo de Une : Joseph Perrier

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