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Sur les pas de Marcel Pagnol en Provence

D’Aubagne aux collines du Garlaban, de la Bastide Neuve au cimetière de La Treille, le pays de Pagnol n’a pas pris une ride. Infrarouge a marché dans ses pas pour retrouver la Provence qui a fait l’écrivain.

Lola Bondu

« Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. » Cette phrase, on la connaît par cœur. Elle ouvre le roman de Marcel Pagnol La Gloire de mon père, premier tome des Souvenirs d’enfance publié en 1957, et elle a la propriété rare de sentir quelque chose : le thym, peut-être, et la poussière chaude des sentiers de garrigue en août. C’est avec elle en tête qu’on arrive à Aubagne un matin de printemps, à quinze kilomètres de Marseille, en cherchant ce que l’auteur a mis là et ce qui reste.

La réponse commence au numéro 16 du cours Barthélemy. Une maison bourgeoise du XIXe siècle, façade sobre, rien qui crie. C’est ici que Marcel Pagnol est né le 28 février 1895, fils de Joseph, instituteur, et d’Augustine, couturière. Aujourd’hui transformée en musée, la maison natale propose une reconstitution de l’appartement familial, qui comprend la salle à manger avec sa grande table, la chambre avec son berceau, et la cuisine où l’on imagine Augustine s’affairer.

 

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Des photographies, des cahiers d’écolier, des lettres manuscrites. On s’arrête devant une vitrine et quelque chose se serre : ces objets ont été touchés. La visite est courte (une demi-heure suffit) mais elle installe. Une salle de projection clôt le parcours avec un documentaire sur la vie et l’œuvre de l’académicien.

Juste en face, on pousse la porte du Petit Monde de Marcel Pagnol, musée ludique qui reconstitue en santons des scènes entières de ses romans et de ses films. C’est kitsch et touchant à la fois, et ça marche, parce que les personnages de Pagnol ont toujours été d’abord des silhouettes, des gestes, des voix. Un pass à cinq euros couvre les deux musées.

Cap sur l’arrière-pays

Mais Aubagne n’est que le point de départ. Le vrai territoire de Pagnol, c’est ce qui commence quand on quitte la ville : les collines. À partir de 1904, la famille loue chaque été une maison de vacances à La Treille, un village perché dans ce qui est aujourd’hui le 11e arrondissement de Marseille. Marcel a neuf ans. Son père s’appelle Joseph, son ami s’appelle David Magnan – que tout le monde connaîtra sous le nom de Lili des Bellons. Ensemble, ils arpentent la garrigue, chassent, grimpent, rêvent. Ces étés-là ne se referment pas. Ils deviennent La Gloire de mon père, Le Château de ma mère, Le Temps des secrets… toute une œuvre construite sur la mémoire vive d’une enfance heureuse.

La Bastide Neuve, cette maison de vacances, est toujours là, entre le hameau des Bellons et la sortie du village de La Treille, dans la commune d’Allauch. On peut la visiter dans le cadre de circuits guidés proposés par l’office de tourisme d’Aubagne. En s’engageant dans l’oliveraie et sur les restanques qui la bordent, on comprend comment un enfant peut construire un monde entier à partir d’un territoire aussi restreint. Marcel Pagnol lui-même l’écrit : « Alors commencèrent les plus beaux jours de ma vie. »


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L’Hollywood provençal de Marcel Pagnol

Il faut marcher pour vraiment comprendre. L’office de tourisme d’Aubagne propose plusieurs circuits dans le massif du Garlaban (de 4,5 à 13,5 kilomètres selon l’endurance) qui permettent de rejoindre à pied les lieux évoqués dans les livres et les films. Le sentier qui part de la Font de Mai (domaine situé à la sortie d’Aubagne, point de départ des circuits accompagnés) traverse le vallon de Passe-Temps, longe les ruines de la ferme d’Angèle, film de 1934 avec Fernandel, et mène jusqu’aux vestiges du village d’Aubignane, construit par Pagnol lui-même sur les barres de Saint-Esprit pour tourner Regain en 1937. Car Pagnol ne se contentait pas d’écrire la Provence : il la filmait, la construisait, la réinventait. En 1934, il avait acquis vingt-cinq hectares de collines et de garrigue dans l’intention d’y ériger son propre Hollywood provençal. Les décors subsistent, fantômes de pierre dans la végétation.

 

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Plus loin sur le sentier, la Grotte du Plantier, dite « Grotte de Manon »,  est le lieu où Pagnol fit vivre Manon et Baptistine dans son film Manon des sources, tourné en 1952. Grimper jusqu’à elle prend environ trente minutes depuis le col d’Aubignane, et récompense par un panorama qui explique pourquoi ce territoire et pas un autre, pourquoi ces collines bleues et cette lumière-là.

On redescend vers La Treille en fin d’après-midi, quand le soleil commence à peser sur les tuiles. Le village est minuscule, avec quelques ruelles, une fontaine et une église, mais il porte une densité particulière. C’est ici que se trouve la fontaine de Manon, rendue célèbre dans le film par son tarissement. C’est ici surtout qu’on s’arrête au restaurant Le Cigalon, installé dans les lieux mêmes où Pagnol tourna son film éponyme en 1935. La terrasse panoramique surplombe les toits du village et les collines du Garlaban. Le chef Pascal Parisse y perpétue une cuisine provençale sans esbroufe. Les affiches des films de Pagnol tapissent les murs. On mange lentement, parce que la vue l’exige.

Traverser le fameux château

Avant de quitter les environs, un dernier détour s’impose vers le château de la Buzine, dans le 11e arrondissement de Marseille, sur la route de Saint-Menet. Cette bâtisse du XIXe siècle doit son étrange célébrité à un hasard de l’Histoire. En 1941, Pagnol l’achète sans l’avoir visité, avec l’intention d’y bâtir sa cité du cinéma.

En prenant possession des lieux, il reconnaît soudain le château qu’il avait traversé clandestinement enfant, lors des expéditions familiales vers la Bastide Neuve ; le château devant lequel sa mère s’était évanouie de frayeur après avoir été surprise par le gardien. C’était le château de la peur, le château de sa mère. La guerre, puis les occupations successives des lieux, ruinèrent ses projets. Pagnol dut le revendre en 1973. Depuis 2010, le château de la Buzine accueille la Maison des cinématographies de la Méditerranée.

Le dernier arrêt est le plus silencieux. Au bord de la route qui monte vers La Treille, le petit cimetière du village abrite la tombe de Marcel Pagnol, entouré des siens. Elle est simple, sans ostentation. Autour, la garrigue, les pins, le Garlaban au loin. Nicolas Pagnol, son petit-fils, a cette formule juste : « La Provence veille sur lui. »

Maison natale de Marcel Pagnol, 16 cours Barthélemy, 13400 Aubagne. Du mardi au samedi, 9h30-12h30 et 14h-18h. Entrée : 3 €. Pass 2 musées (avec le Petit Monde) : 5 €. Visite guidée individuelle le samedi à 14h. tourisme-paysdaubagne.fr

Circuits randonnée Pagnol, départ Font de Mai, Aubagne. Plusieurs circuits (4,5 à 13,5 km) proposés par l’office de tourisme intercommunal du Pays d’Aubagne. Circuit guidé « Souvenirs d’enfance » chaque dernier dimanche du mois de janvier à novembre (sauf juillet et août). tourisme-paysdaubagne.fr

Le Cigalon, 9 boulevard Louis Pasteur, La Treille, 13011 Marseille. Ouvert les jeudis, vendredis, samedis midis et soirs, dimanches midis. Réservation : 04 91 34 36 09.

Château de la Buzine, 56 traverse de la Buzine, 13011 Marseille. Maison des cinématographies de la Méditerranée.


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Photo de Une : Garlaban © Clément Proust / clementp.fr

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Camille Cottin, le chic effortless

De rôle en rôle, Camille Cottin trace un parcours libre, entre humour, émotion et exigence. Dans Juste une illusion, elle prête ses traits à une mère contemporaine, partagée entre désir d’accomplissement et réalités du quotidien.