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Nona Source tisse sa toile

Créée il y a trois ans, la plateforme poursuit sa mission de revente des tissus dormants issus des Maisons de luxe. Et tire le fil de la mode circulaire et créative.

Jeanne Simon

Les coupes sont impeccables, les formes amples. Quant au style, il est intemporel. À l’occasion de la toute première ligne Atelier pour Monoprix, Stéphanie Michelotti, directrice artistique de l’enseigne, a eu carte blanche : « J’ai raconté tout ce que j’aime : un vestiaire indémodable, androgyne, avec des pièces fortes et que l’on garde toute sa vie », explique-t-elle. Si cette première collection est réussie, elle s’illustre avant tout par son sourcing. Atelier est en effet le fruit d’un partenariat avec Nona Source, première plateforme de revente de matières d’exception provenant des grandes Maisons de luxe.

Une collaboration inédite pour Monoprix et un projet de longue haleine puisqu’il aura fallu un an pour sourcer les tissus afin de développer une gamme cohérente. Manteau, pantalon, chemise, blouse, tailleur… 11 modèles uniques ont ainsi été dessinés à partir de 61 matières d’exception pour un prix raisonnable. « Nona Source, c’est un peu la caverne d’Alibaba. Cette collection est donc à la fois très courte et très vaste, parce qu’il y a une énorme diversité de matières », commente Stéphanie Michelotti.

 

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Imaginée dès 2017 dans le cadre de DARE, le programme d’intrapreneuriat du groupe LVMH, Nona Source a officiellement été créée en 2021. L’idée est née d’un constat : « Les jeunes créateurs n’arrivaient pas à sourcer de beaux matériaux, tandis que les Maisons avaient des stocks dormants », raconte Romain Brabo, cofondateur avec Marie Falguera et Anne Prieur du Perray.

Nona Source vient ainsi débarrasser les espaces de stockage – vitaux pour les Maisons –, pour les remettre dans le circuit. Chaque lot est trié, entreposé, contrôlé, photographié, filmé sous différents angles, posté sur la plateforme digitale et exposé au sein d’un showroom. « Notre ambition est de nous positionner comme un facilitateur pour l’ensemble des Maisons de luxe, et comme un soutien aux marques et aux jeunes créateurs », résume l’ancien acheteur matière du groupe LVMH.

Le bon filon

Concernant le modèle économique, Romain Brabo est transparent : « Notre mantra depuis le premier jour est de ne pas perdre d’argent. Ce n’est pas forcément d’être profitable avec des taux de marge importants, c’est de montrer que nous sommes une solution pérenne. » Nona Source rachète ainsi les tissus à 10 % de la valeur d’origine pour les revendre à 30 % de leur prix initial. « Nous les rachetons à prix bas, car nous prenons l’entièreté des lots », commente-t-il.

Et cela fonctionne ! « En trois ans, nous avons connu une croissance assez importante. De 500 clients environ en 2021, nous sommes passés à 2 500 en 2023, avec un fort taux de fidélité puisque le nombre de commandes par client augmente chaque année. Et nous avons écoulé 270 000 mètres de tissus fin 2023, contre 70 000 en 2021. » Résultat : l’an dernier, Nona Source a dû agrandir son showroom installé au sein de La Caserne, incubateur parisien dédié à la mode écoresponsable. « Nous étions un peu à l’étroit… Nous sommes passés de 30 à 130 m2. Nous sommes à présent 18 collaborateurs. »

 

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Côté sourcing, l’entreprise compte aujourd’hui quelque 4 000 références actives, avec l’arrivée de nouveautés toutes les quatre à six semaines. Et si elle a pu tabler jusqu’à présent uniquement sur les stocks dormants des Maisons du groupe LMVH, elle introduit cette année des marques de luxe extérieures, parmi lesquelles Chloé et Lanvin.

Autre nouveauté : l’ouverture d’un espace cuir, lancé officiellement le 27 mai, avec déjà quelque 180 références et 10 000 m2 de peaux. Et les projets de développement se multiplient. « Nous aimerions augmenter la part de tissus recyclés en constituant une offre à part entière [en partenariat avec WeTurn, NDLR]. En fonction de la demande, Nona s’emploiera à les sourcer ou à les faire fabriquer selon un cahier des charges. Et nous réfléchissons à des matériaux alternatifs respectueux de l’environnement, indique Romain Brabo. Nous allons accueillir une sorte de bibliothèque de matières écoconçues, donc élaborées à partir de méthodes respectueuses de l’environnement et innovantes. » En projet également : une plateforme digitale encore plus poussée, l’accélération à l’étranger et une offre de service à la découpe.

L’enjeu de la circularité créative

Quant à la contrainte des quantités limitées, l’entrepreneur la considère plutôt comme une opportunité. « C’est de là que nous puisons notre énergie créative et c’est ce vers quoi la mode doit aller demain. Les écoles doivent enseigner cela à leurs étudiants. Il y a un vrai enjeu d’éducation pour répondre aux défis de la circularité. » Dans cette optique, chaque année, Nona Source organise ainsi une grande braderie pour les étudiants.

La collection Atelier de Monoprix est également une bonne occasion de démocratiser la mode circulaire. Habituée à collaborer avec de jeunes créateurs comme Victor Weinsanto, Jeanne Friot, Alphonse Maitrepierre, des designers plus établis tels que Stella McCartney, Julie de Libran ou Cecilie Bahnsen, ainsi que des marques émergentes, la jeune pousse n’avait encore jamais travaillé avec une enseigne de grande distribution.

 

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« Nous offrons une solution nouvelle d’un point de vue conception de collection. Monoprix a dû faire face à des challenges importants, car nous sommes limités dans les références et les quantités. C’est un acteur avec qui on doit développer de nouvelles méthodes de travail. Il faut que l’on soit encore plus agiles et sur mesure », témoigne Romain Brabo, avant de conclure : « Mais c’est pour la bonne cause. Ce travail avec des acteurs engagés comme Monoprix permet de démocratiser le réemploi des matériaux de luxe. »

Une collection à retrouver à partir du 25 octobre dans dix magasins et sur le site de l’enseigne… Avant le développement de nouvelles gammes pour la saison suivante.

nona-source.com


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Photo de Une : Nona Source

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