Quentin Bisch, le plein d’essences

Nouveau nez déjà bien installé dans le paysage de la parfumerie, il signe succès sur succès depuis trois ans, s’étonnant chaque jour de réaliser son rêve d’enfant.

 

Lionel Paillès

En dépit de ses yeux bleu glacier et d’un cool consommé, ce grand serein au magnétisme innocent ne demande qu’à sortir de ses gonds. Sa parfumerie érudite est musclée, rarement acidulée ; elle ne fait pas barrage au passé, elle dialogue au contraire en permanence avec lui. Si Quentin Bisch adore jouer de l’overdose dans ses formules, c’est qu’il aime aller à l’essentiel (« la structure d’un parfum peut se résumer à trois ou quatre matières premières. Le reste, c’est de l’habillage ! »). Si elles cultivent une forme de transparence, ses créations tendent d’abord à la performance : la puissance, l’empreinte olfactive. Celui qui se dit « obsédé par un sillage odoriférant » et convient « qu’un parfum ne prend son sens que porté par quelqu’un » a conservé intact ce plaisir de découvrir au hasard des rues l’un des effluves qui l’ont marqué adolescent. C’est au collège, en classe de sixième, qu’il a eu la révélation, cherchant un peu partout quel était le nom du parfum envoûtant de sa professeure de français (en l’occurrence Opium d’Yves Saint Laurent). Un jeu s’instaure dès lors entre elle et lui : dès que sa prof change de fragrance, ce nez affûté s’efforce de le reconnaître.

Aux antipodes de son biotope d’origine

Parisien à fleur de peau, né à Strasbourg quelque part entre les années Drakkar Noir et Ysatis, Quentin conserve un attachement profond au pays réel. S’il est flatté par une bonne critique venant d’un journaliste, il lui préfère les remarques spontanées des inconnus dans la rue. Il ne se reconnaît guère dans l’image du « petit qui a été vite et loin ». Si, aux yeux des autres, il semble débarqué de nulle part (le garçon a monté une troupe de théâtre et n’est pas passé par la voie royale qu’est l’ISIPCA, l’école de parfumerie de Versailles), il a surtout forcé le destin, cherchant par tous les moyens une porte d’entrée dans un métier réservé aux fils de Grassois et aux chimistes (il n’est ni l’un ni l’autre), passant sa vie chez Sephora à sentir les jus du marché, participant même à des concours de nez amateurs à Grasse. Ne vous fiez pas à son allure de teenager prolongé. Derrière les vapeurs d’adolescence, le curriculum est déjà fleuri : un remake d’Angel pour Mugler (Muse), un beau chypre twisté de modernité pour Chloé (Nomade), un duo ylang-pop-corn diablement sexy pour Paco Rabanne Pure XS. Quentin Bisch a un autre talent : l’art du pitch électrisant. Il sait raconter le parfum comme deux de ses grands aînés : Jacques Cavallier et Jean-Claude Ellena. C’est peut-être là que s’exprime son tropisme théâtral.

Son actu

Il présente deux nouvelles déclinaisons du Mâle et de Classique de Jean Paul Gaultier et propose une interprétation lumineuse du grand succès Nomade de Chloé en version eau de toilette.

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