Aller au contenu
S'abonner

Georges Perec en mode d’emploi à la BnF

La Bibliothèque nationale de France consacre à Georges Perec sa première grande exposition, avec près de 300 pièces réparties en six espaces-voyelles. Mode d’emploi d’un parcours où le jeu devient une affaire très sérieuse.

Cinq voyelles présentes, où est passée la sixième ? À la BnF, l’alphabet de l’exposition consacrée à Georges Perec ne tourne pas rond, et c’est tout le sel de la chose. Six espaces, baptisés A, E, I, O, U et Y, mais le E, lui, se planque entre crochets. Oubliez l’idée d’une faute de frappe : Georges Perec a écrit un roman entier, La Disparition, sans jamais y glisser cette lettre. L’exposition lui rend la politesse en faisant de cet espace [E] une pièce mystère, qui évoque l’absence et dessine, en creux, le portrait de celui qu’on est venu voir.

L’exposition, intitulée Georges Perec – Modes d’emploi, se veut ludique et interactive, et la notion de jeu y occupe une place centrale, comme chez l’auteur et ses amis de l’Oulipo. Près de 300 pièces se répondent : manuscrits, photographies, peintures, dessins, et même des objets, dont un vélo et une machine à écrire. L’espace A déroule une œuvre protéiforme, des tentatives de jeunesse aux Choses (prix Renaudot 1965). L’espace I montre la contrainte comme une libération, du roman La Disparition aux poèmes d’Alphabets. L’espace O s’attarde sur les choses communes et ordinaires, avec Je me souviens et Espèces d’espaces, que de nombreux créateurs prolongent aujourd’hui. Quant à l’espace U, il déplie les manuscrits préparatoires de La Vie mode d’emploi, prix Médicis 1978 et chef-d’œuvre de l’auteur.

L’homme derrière les lettres

Car derrière les facéties, il y a une vie qui a commencé dramatiquement – un père mort en 1940, une mère déportée et assassinée à Auschwitz en 1943, une Occupation passée en « enfant caché » dans le Vercors. Le dernier espace, le Y, affirme alors sa foi en la littérature comme remède et recherche salvatrice, par-delà une enfance volée (W ou le souvenir d’enfance) et l’exil (Récits d’Ellis Island). Georges Perec est mort brutalement à 45 ans, mais son œuvre n’a cessé de gagner en reconnaissance.

Son influence, elle, déborde largement des rayonnages. Christian Boltanski, Sophie Calle, Sam Szafran, On Kawara et Roman Opalka figurent au casting, tout comme les maquettes de Clarence Stiernet, les broderies du groupe Perecofil et les dessins de Brecht Evens ou d’Étienne Lécroart. On y découvre aussi le talent méconnu, sinon inédit, de Georges Perec en tant que dessinateur et peintre, tandis que des extraits de films rappellent sa participation à plusieurs réalisations cinématographiques. Dernier conseil avant de sortir : essayez d’écrire un message à un ami sans la lettre E. Bon courage. Lui, il en a fait un roman.

Georges Perec – Modes d’emploi, site François-Mitterrand de la BnF, galerie 1, du 13 octobre 2026 au 14 février 2027. En parallèle : une annexe gratuite, « Georges Perec : le vrai du faux », est présentée à la bibliothèque de l’Arsenal (Paris IVe), où sont conservées les archives de l’écrivain depuis 1984. Elle interroge avec impertinence la figure du faussaire et les jeux de trompe-l’œil dans l’œuvre de Perec. Plus d’infos sur bnf.fr

Photo de Une : Georges Perec au Moulin d’Andé – 1969 – © Gérald Bloncourt / Bridgeman Images

À lire aussi