pierre hermé gianpaolo pagni

Art et pâtisserie, dialogue entre Pierre Hermé et Gianpaolo Pagni

À l’occasion de Noël, nous partons à la rencontre de Pierre Hermé, élu meilleur pâtissier du monde en 2016, et du plasticien Gianpaolo Pagni.

Anne Debbasch

De cette rencontre entre Pierre Hermé et Gianpaolo Pagni naît Destinations, un travail d’évocation à la fois pâtissier et esthétique dans lequel se révèle une « symétrie asymétrique » qu’on s’approprie naturellement. Une collection aux formes géométriques et aux couleurs flamboyantes alliant créations contemporaines et artisanat d’exception pour un Noël enchanté.

En quoi l’art et la pâtisserie sont-ils deux univers complémentaires ?

Pierre Hermé : En matière de création, l’inspiration est partout, et l’art en fait partie. Depuis toujours, je m’enrichis des différences, l’union de deux univers donne une autre dimension aux choses. Il s’agit aussi de confronter mon métier à une autre discipline. L’ouverture d’esprit est nécessaire, chacun apportant son expertise et nourrissant la créativité de l’autre.

Gianpaolo Pagni : Comme je le fais pour une couleur ou un outil, Pierre Hermé aborde son travail tel un artiste plasticien par la recherche et l’attention qu’il porte notamment aux ingrédients. Nous avons une démarche très similaire pour nos créations. Pour ma part, j’ai un rapport particulier à la mémoire, aux souvenirs, l’aspect visuel forcément m’intéresse beaucoup.

Qu’appréciez-vous dans ces rencontres ?

PH : L’échange qui se crée entre deux univers différents me plaît. Je ne parle d’ailleurs pas de collaborations, car le terme réduit la richesse des rencontres. Je parle de dialogue que je mène avec des artistes de tous univers : photographes, architectes, artisans… Nous produisons ensemble du contenu, nous nous enrichissons mutuellement.

GP : J’apprécie ces invitations collaboratives, ces projets à quatre mains où chacun peut s’exprimer selon sa personnalité, mais je n’avais encore jamais travaillé avec un pâtissier. J’ai donc abordé la création avec Pierre Hermé très librement, sans contrainte. Le thème « Destinations » m’a inspiré. Je l’ai traité comme un projet artistique à part entière.


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Pouvez-vous revenir sur la genèse de cette collection ?

PH : J’ai beaucoup aimé les dessins de Gianpaolo. Les formes géométriques, les couleurs, les passages répétitifs des tampons forment une texture, un mouvement, un relief. Ces créations sont inhabituelles, elles m’évoquent la pâtisserie par bien des points. Pour la collection Destinations, le dessin au tampon et les frontières qui le délimitent invitent instinctivement au voyage. Cette empreinte s’exprime notamment sur la mappemonde et l’entremets de la bûche d’exception où l’art s’inscrit de manière naturelle.

GP : J’ai abordé la création comme à mon habitude, en réfléchissant à mes compositions, aux formes. Je suis convaincu que la géométrie est très importante en pâtisserie. On retrouve des arrondis, des sphères, des cônes, des parallélépipèdes. Preuve en est, la mappemonde et la bûche en demi-sphère qui, outre le goût, rejoignent par le visuel le monde des arts.

En quoi vos démarches sont-elles complémentaires ?

PH : Dans ce dialogue, les choses se sont imbriquées sans effort au fil de nos discussions sur les choix esthétiques, les couleurs. Lorsque je partage avec un artiste, mon approche est toujours de respecter son travail, de nous ouvrir ensemble vers d’autres pistes. Chacun s’exprime librement en conservant l’ADN qui lui est propre. Un dialogue n’est aucunement une commande mais une conversation libre et inspirante. Pour cette collection, les empreintes, mais aussi les reliefs du dessin, se retrouvent dans chaque création.

GP : J’ai eu carte blanche pour ma composition. J’ai réfléchi à la façon dont mes visuels pouvaient s’intégrer aux créations de Pierre Hermé. J’ai partagé mes premières intentions, nous avons échangé en toute liberté sur les formes et les couleurs, puis tout s’est fait très simplement. Cet échange créatif est une sorte de jeu, de découverte et d’inspiration. C’est aussi un défi, un exercice à la fois complexe et amusant. Nous avons travaillé près d’un an ensemble et je découvrirai véritablement l’aboutissement de ce travail à Noël.

Quelle est la place de ces rencontres dans votre travail ?

PH : Lorsqu’on dialogue, tout doit faire sens. Les rencontres ne se font pas par hasard. Je fais rentrer la pâtisserie dans le monde de l’art et vice versa, ce sont toujours des confrontations d’univers très enrichissantes. La bûche signature Arya en est l’une des expressions. Elle est très marquante, visuellement et artistiquement, car elle offre au dessin un relief inattendu. L’art s’y invite par l’intermédiaire des formes géométriques, de l’empreinte et des couleurs. Quant au goût, j’ai joué sur les contrastes de textures : le sablé friable, le croustillant, l’onctueux, le moelleux, pour mettre en valeur l’association pistache et fleur d’oranger.

GP : L’important est d’arriver à rester soi-même sur la durée. Ce qui me passionne, c’est ce rapport du visuel qui n’est pas destiné à une exposition. Je trouve très intéressant que les dessins puissent vivre différemment, parfois de manière plus modeste, parfois plus éphémère comme pour cette collection. C’est très étrange de se dire que l’on va manger ce que l’on a créé, il y a un côté cannibale. La sensation la plus singulière sera certainement le moment où je goûterai ces œuvres !

pierreherme.com


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Photo de Une : Julien Daniel / Stéphane de Bourgies

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