Audrey Tcherkoff, férue d’économie positive

Cofondatrice avec Jacques Attali de l’Institut de l’économie positive et directrice générale du Women’s Forum, Audrey Tcherkoff s’interroge sur l’environnement et l’avenir du monde. Elle a dirigé la publication de Manuel pour une sortie positive de la crise aux éditions Fayard. Rencontre avec une femme qui dépote.

Olivia de Buhren

Qui êtes-vous ?

Une femme qui ne renonce jamais. Une femme libre. Et tant d’autres choses !

Que faites-vous dans la vie ?

Je travaille avec des femmes et des hommes qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde. D’un côté, en tant que présidente exécutive de l’Institut de l’économie positive et, de l’autre, en tant que directrice générale du Women’s Forum.

D’où vous vient cet engagement farouche qui vous anime ?

J’ai cette idée de l’importance de l’engagement chevillée au corps. Mes souvenirs me rappellent cette rage que j’avais déjà lorsque j’étais petite fille, je voulais me sauver et sauver le monde. Par la suite, un voyage humanitaire au Népal a été un moment de prise de conscience sur la trajectoire que je voulais prendre.

Pensez-vous que la planète est en phase de survie ? Quel est votre constat actuel ?

Non seulement nous ne faisons pas assez pour réduire notre impact sur le climat, les ressources naturelles et la biodiversité, mais nous ne sortons également pas du modèle économique qui nous a conduits dans cette crise écologique et sociale. Nous devons nous projeter aujourd’hui dans une phase d’adaptation aux conséquences du changement climatique, tout en changeant de paradigme économique pour des résultats véritables. C’est ce que nous promouvons à travers l’économie positive.

Dans votre ouvrage, vous écrivez qu’« il faut transformer l’utopie du monde d’après en réalité ». Qu’entendez-vous par là ?

Que le monde d’après ne se décrète pas, il se construit. Nous avons fortement besoin d’utopie, celle-ci est le moteur de l’humanité. Mais l’utopie seule n’est qu’espoir incandescent. Pour matérialiser le changement, elle doit être la boussole de l’action humaine. L’utopie au service de l’action, c’est cela qui la transforme en réalité.

Pensez-vous que tout se joue maintenant ?

Nous sommes la dernière génération à pouvoir agir. Après, nous basculerons dans une incertitude forte quant aux conséquences, à la fois pour la planète et pour les hommes. La responsabilité que nous portons envers les générations futures est immense. Nous nous devons de tout faire pour leur laisser une planète vivable et un futur désirable.

96 % des citoyens attendent des changements après cette crise. Que proposez-vous ?

Nous proposons d’agir sur les leviers premiers. Concernant l’éducation, fondement de la lutte contre la pauvreté et ressort premier de la transition, de l’émergence d’idées et d’actions nouvelles, nous devons garantir qu’en cette période les financements internationaux seront maintenus et « sacralisés ». La santé, avec le développement de l’initiative One Health, est, elle aussi, essentielle. Nous voyons bien, en cette période de crise liée à la pandémie de Covid-19, l’interconnexion très forte entre santé humaine, santé animale et environnement. Il nous faut prendre cela en compte et harmoniser par le haut les normes internationales de santé. Pour développer notamment l’accès à l’éducation et revoir nos politiques de santé, de prévention, il faut avant toute chose réorienter les investissements vers ces secteurs essentiels. Enfin, il nous faut revoir la gouvernance mondiale pour aller vers une prise en compte des enjeux de long terme.

Justement, sous quelle forme une telle gouvernance mondiale pourrait-elle s’organiser ?

Avoir une vision transversale des enjeux partagés constitue la base d’une coopération concrète et pragmatique. À cette fin, nous proposons de créer un Haut Conseil de la résilience qui puisse analyser de manière systémique les conséquences du climat, les risques économiques, sociaux, politiques…

L’environnement, dans tout cela, occupe-t-il toujours une place prépondérante ?

Bien sûr, l’écologie est une matrice centrale. L’environnement est au cœur des questions de santé et d’éducation. Notre modèle économique repose sur l’exploitation des ressources naturelles et humaines. Œuvrer pour une société positive et une économie positive, c’est évidemment mettre l’environnement au cœur du changement.

À qui s’adresse finalement ce manuel ?

À tout le monde ! Celles et ceux qui ne savent pas comment s’engager, celles et ceux qui peuvent être désillusionnés et à celles et ceux qui veulent changer les choses.

Comment imaginez-vous la société de demain ?

Une société du temps libéré, de la coopération, de l’écoute, de l’empathie et de l’altruisme. Il nous faut sortir du ressentiment et de la polarisation actuelle.

Croyez-vous à un avenir meilleur ?

Je veux y croire pour mes enfants, bien sûr, et pour leurs enfants. C’est ce qui me donne l’énergie de foncer tous les jours.

Quelle est votre définition d’une vie réussie ?

Réussir sa vie, c’est faire en sorte que le monde soit moins pire après soi.

Quel est votre leitmotiv ?

Ne jamais renoncer.

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