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Cécile de France se fait tirer le portrait

Pierre Bonnard ne serait pas le grand artiste que l’on connaît sans Marthe, sa compagne et muse. Leur folle histoire d’amour est magnifiquement racontée dans le film Bonnard, Pierre et Marthe réalisé par Martin Provost, avec Vincent Macaigne et Cécile de France. L’actrice y incarne avec brio cette épouse adorée que le peintre a représentée sur de nombreuses toiles. Rencontre avec une comédienne qui n’en finit pas de nous surprendre.

Olivia de Buhren

Infrarouge : Êtes-vous sensible à la peinture ?

Cécile de France : Oui, plus jeune j’ai fait l’École des Beaux-Arts. J’aimais dessiner avec les doigts, comme Marthe. Le travail du pastel a quelque chose de naïf qui me plaît, je suis réceptive à la puissance de la couleur pour exprimer des sensations fortes.

Quels mouvements artistiques vous touchent particulièrement ?

Mes professeurs m’invitaient à m’ouvrir au monde de l’art. J’ai découvert avec eux plusieurs courants, mais j’ai toujours eu une prédilection pour les surréalistes, Max Ernst notamment. Ils stimulaient mon imaginaire d’adolescente.

Que saviez-vous de Pierre Bonnard avant de tourner le film ?

Très peu de choses. Bizarrement, il est davantage connu à l’étranger qu’en France. Il y a constamment eu chez lui cette volonté de rester à l’écart des mondanités et des mouvements artistiques établis. Il ne souhaitait pas se rallier à un courant même si, à un moment, il a fait partie des nabis, un groupe postimpressionniste d’avant-garde. Il ne voulait pas se laisser enfermer. Sa peinture est plus subjective et personnelle que celle des impressionnistes.

Le film de Martin Provost donne bien à voir cela : Bonnard réussissait à donner forme sur la toile à des émotions qui le transperçaient littéralement. À l’époque, ce n’était pas si fréquent. Les impressionnistes utilisaient les couleurs de la nature pour décrire la vie en peinture. Pierre Bonnard, lui, ne cherchait pas à imiter la réalité mais à la sublimer. Sa compagne Marthe est la source de son génie. Il n’a cessé de la peindre, elle est présente partout dans son œuvre.

Au fond, qu’est-ce qui les rassemble tous les deux ?

L’amour de la nature et le goût de la liberté, mais ils se nourrissaient aussi de cette complicité qu’ils avaient su nouer. Ils étaient heureux ensemble, soudés. Marthe était irremplaçable parce qu’elle suscitait en lui cet émerveillement permanent qui a fait que Pierre Bonnard est devenu un grand artiste.

 

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Que peut-on dire de cette histoire sentimentale ?

Ils ont vécu 50 ans d’amour passionnel. Leur vie était intimement liée dans chaque aspect du quotidien. Ils chérissaient la même chose, ils possédaient le même esprit d’indépendance, la même légèreté. Après la mort de Marthe, Bonnard a continué à la peindre et à la faire vivre sur ses toiles. Leur amour aura marqué l’histoire de l’art.

Pourquoi ne voulaient-ils pas d’enfants ?

Pour Pierre, les enfants représentaient une forme d’embourgeoisement. Il était heureux, seul avec son chien dans sa maison de campagne… et avec Marthe, bien sûr. Par-dessus tout, il aimait la simplicité. Il n’avait pas besoin de reconnaissance et il détestait la superficialité de la vie parisienne.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ses œuvres ?

J’aime son utilisation très précise de la couleur. Mon tableau coup de cœur est La Salle à manger à la campagne, où l’on aperçoit Marthe toute de rouge vêtue. Elle a toujours eu un visage un peu flouté, il respectait ses expressions pensives… Il ne la faisait pas poser, il la peignait en la regardant avec des yeux de jeune homme amoureux.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’incarner ce personnage ?

J’avais aimé Séraphine et Violette, deux précédents films de Martin Provost. Il est pour moi un grand réalisateur, qui sait comme nul autre brosser des portraits de femmes. La trajectoire du personnage de Marthe m’a séduite : une petite Berrichonne qui a voulu sortir de son quotidien pour percer dans le monde. Le mystère de sa vie et ses mensonges sont à l’origine de toute l’œuvre de Pierre Bonnard.

Qu’aimez-vous chez elle ?

Son côté énigmatique, sûrement. Elle est très sauvage, singulière. Elle manifeste une sorte de phobie sociale, de folie même. Et elle était elle aussi artiste peintre… Une artiste qui ne peignait pas pour plaire mais pour donner forme à son univers intérieur.

 

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Vous relevez le défi d’interpréter Marthe à différents âges. Quelle est la période que vous avez eu le plus de plaisir à incarner ?

Marthe est une femme pleine de vitalité. Pour bien cerner le personnage, Martin Provost m’a beaucoup guidé. En réalité, j’ai aimé toutes les périodes, mais disons que celle qui correspond à la femme âgée a été probablement la plus difficile à jouer, car je n’ai pas encore expérimenté cette phase de l’existence. Avec ma maquilleuse, nous avons fait en sorte que son physique change au fil des âges. Je suis passé d’une figure juvénile à un visage d’une beauté presque sépulcrale.

Comment avez-vous créé cette complicité avec Vincent Macaigne ?

Nous ne nous connaissions pas avant, mais nous nous sommes mis tout de suite à travailler ensemble intensément. Il m’a beaucoup impressionné dans sa capacité à « vivre » son personnage. Nous avons ressenti un respect mutuel et nous nous sommes beaucoup investis dans nos rôles.

Pierre Bonnard a été obsédé jusqu’à la fin de sa vie par son art. Et vous, Cécile de France, qu’est-ce qui vous anime dans votre carrière de comédienne ?

Je suis moi aussi passionnée par mon métier. De ce point de vue, je me considère un peu comme une peintre ou une sculptrice dans son atelier. Je prépare chaque rôle très en amont, de manière à réussir à m’en approcher au plus près. J’effectue beaucoup de recherches. Je découvre pas à pas le personnage et me nourris de son histoire. Chaque film est une œuvre d’art.

Bonnard, Pierre et Marthe, film réalisé par Martin Provost avec Vincent Macaigne et Cécile de France. En salle le 10 janvier 2024. Voir la bande-annonce ici.


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Photo de Une : © Marcel Hartmann / H&K

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