Chez Louis Vuitton, Pharrell Williams a décidé que l’hiver 2026 serait plus qu’une saison : un manifeste. Sa collection de mode ski – première du genre sous son impulsion – s’inspire autant du streetwear solaire de Miami que de l’altitude des Rocheuses. Couleurs pastel, volumes généreux, matières techniques, et ce sens du détail qui transforme un blouson matelassé en pièce d’architecture portable. Le directeur artistique parvient à créer une synthèse inattendue en combinant l’imaginaire du ski et celui de la mode. Et derrière ces silhouettes « givre & glamour », un message limpide : la montagne est devenue un nouvel espace stratégique pour le luxe.
Le skiwear comme nouveau langage
Phénomène récent ? Pas vraiment. Mais l’hiver 2025-2026 marque une accélération sans précédent. Les stations veulent séduire une clientèle plus jeune, plus mobile, plus sensible aux codes urbains. Les marques l’ont compris et s’engouffrent dans cette faille. Le skiwear cesse d’être un équipement pour devenir un langage. Jacquemus, par exemple, revisite l’après-ski façon années 90, épaulé par Nike.
Résultat : une capsule technique, compacte, pensée pour le mouvement. Les doudounes dialoguent avec des pantalons à pinces réinterprétés pour la neige, les micro-polaires se superposent comme on composerait un morceau. À Courchevel, à Saint-Moritz ou même en plein Paris, l’ensemble s’affiche comme un uniforme d’hiver, fonctionnel mais stylisé.
Le retour du skiwear « de performance chic » apparaît plus massif encore. Ainsi, Giorgio Armani signe une collection Neve d’un classicisme impeccable. Lignes pures, couleurs denses, un minimalisme étudié qui rappelle que l’élégance peut aussi être thermique. Le vestiaire conjugue esthétique alpine et performance, mêlant tissus techniques et matières nobles, comme le cachemire ou le shearling. Silhouettes épurées, mailles enveloppantes et palette sophistiquée dessinent un vestiaire de montagne fonctionnel, fidèle au style intemporel d’Armani.
Chez Balmain, en revanche, l’approche est frontale : silhouettes sculptées, cuirs laqués, collaborations avec Rossignol. D’ailleurs, depuis plus de 25 ans, Rossignol et Jean-Charles de Castelbajac réinventent le vêtement de ski en mêlant performance, art et imaginaire. Leur collaboration, marquée par des couleurs vibrantes et une forte dimension émotionnelle, a ouvert une voie créative inédite dans l’univers alpin, aujourd’hui consacrée par des pièces devenues presque muséales. La collab 2026 est un must du genre.
La montagne comme scène couture
Quand Gucci remonte vers les sommets pour l’hiver 2025-26, la Maison ne se contente pas d’appliquer ses codes flamboyants à un gilet technique, elle réinvente l’équipement de ski comme une scène couture où performance et extravagance se rencontrent. Dans cette collection de mode ski ultra-complète, l’ivresse du mouvement épouse l’imaginaire Gucci – mais les vêtements restent bel et bien faits pour glisser et résister au froid extrême. Pièces phares, les anoraks et parkas, élaborés en softshell et membrane imper-respirante de haute technicité, avec coutures étanches, capuches ajustables et garnitures stratégiquement placées pour canaliser la chaleur.
L’esprit Gucci s’exprime dans des motifs jacquard oversized, bandes Web réinterprétées et touches de GG subliminales, mais toujours sur des coupe-vent légers conçus pour la mobilité. Les volumes sont généreux mais articulés, afin de permettre la liberté des gestes – du télémark au carving. Les pantalons et salopettes techniques mêlent isolation thermique haut de gamme et inserts stretch, avec renforts aux genoux et guêtres intégrées. Les options bicolores et contrastées reprennent des palettes hivernales revisitées – neige écrue, rouge cardinal, anthracite – sans sacrifier la fonction au style.
Gucci n’oublie pas les accessoires indispensables : gants à coque thermique, bonnet en maille torsadée mêlée à un tissu technique coupe-vent, cagoules ergonomiques et masques de ski ornés de détails GG minimalistes. Ici, la signature n’est pas ostentatoire, mais pensée comme une empreinte discrète de luxe dans un environnement extrême. Gucci ne se contente pas d’« habiller la montagne », elle suggère une mise en scène du sport d’hiver comme performance esthétique.
Pour la descente comme l’après-ski
Fendi, pour sa part, joue la carte du glamour graphique. Quand la Maison s’attaque au vestiaire ski pour l’hiver 2025-26, elle rompt avec l’anecdotique pour proposer une garde-robe réellement faite pour la montagne – technique, élégante, imaginée pour la descente autant que pour l’après-piste. Anoraks et parkas sont façonnés dans des tissus techniques imper-respirants de dernière génération, avec coutures scellées, capuches ajustables et zips étanches. Leur coupe est dynamique, légèrement cintrée, prête à accompagner les angles des virages et les changements rapides de direction. Les doudounes de ski mêlent volumes isolants et lignes minimalistes, compressibles sans perte de chaleur.
Côté pantalons, combinaisons et salopettes, Fendi joue la carte de la fonctionnalité pure : tailles ajustées, renforts aux genoux, poches étanches, guêtres intégrées et détails réfléchissants. Les textures contrastées ne sont pas que stylistiques, elles répartissent intelligemment isolation et mobilité. Les accessoires prolongent cette même philosophie. La griffe ne se contente pas d’habiller la montagne, elle l’incarne en alliant performance sportive et couture italienne.
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Pendant que les Maisons de couture investissent les sommets, les marques historiques affirment leur territoire. Moncler reste l’ADN du luxe alpin : technique, désirable, modulable. Tod’s, de son côté, dessine l’hiver comme une symphonie feutrée de textures, de cuirs sombres et de silhouettes évoquant voyages nordiques et cheminées allumées. Pour 2025-2026, la Maison italienne revendique une élégance tranquille, consciente de sa force. Vuarnet poursuit enfin son travail de réédition patrimoniale, rappelant que la montagne a aussi sa culture – et que le style vient parfois des pionniers.
Sous cette effervescence, une question demeure : pourquoi tant d’énergie vers les sommets ? Parce que la montagne est devenue un écrin de storytelling puissant. Le froid fait décor, la performance devient argument, la technicité se mue en luxe. On ne vend plus seulement une parka, on vend une promesse d’expérience, un fantasme d’altitude.
Pharrell, en stratège, l’a parfaitement compris. Sa collection ne parle pas seulement de mode, elle évoque le désir, la mobilité et la liberté. En ramenant le ski dans la conversation du luxe global, il en fait un sujet contemporain, urbain, culturel. Cet hiver, la mode du ski ne descend pas les pistes, elle les dessine. Et les marques, désormais, s’y disputent l’or.
louisvuitton.com ; jacquemus.com ; armani.com ; balmain.com ; gucci.com ; fendi.com ; moncler.com ; vuarnet.com
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Photo de Une : Gucci © DR



