Sous la houlette du chef décorateur Jeremy Hindle, la Cour carrée du Louvre s’est érigée en une nature abstraite. Comme façonnées par les éléments, des silhouettes à la fois folkloriques et futuristes défilent sur une scène verdoyante et géométrique, entre pastorale et science-fiction. Motifs animaliers sur les toiles et les denims, fleurs de cuir protectrices, talons aux airs de bois de cerf, boutons minéraux… Faune et flore s’impriment sur chaque pièce de la collection Super Nature de Nicolas Ghesquière. Maison voyageuse par essence, Louis Vuitton habille ici les nouveaux nomades.
Si le retour aux racines et à la nature a influencé le défilé femme automne-hiver 2026-2027 de Louis Vuitton, ce show de mars dernier révèle un engagement profond de la Maison du Groupe LVMH. Car, en coulisses, une autre expédition a débuté, moins visible mais assurément structurante : celle de la transition environnementale.
De la préservation à la régénération
Le périple a débuté dès 2020 avec une feuille de route sur cinq ans baptisée « Notre Voyage Engagé 2020-2025 ». « Elle portait sur un objectif de préservation des ressources naturelles », rappelle Christelle Capdupuy, directrice du Développement durable de Louis Vuitton. Depuis, le contexte a évolué. « Changements climatiques, déclin de la biodiversité, raréfaction de l’eau… Tout s’accélère, observe-t-elle. Puisque la plupart de nos matières premières proviennent de la nature, il est essentiel de travailler à la sécurisation de nos chaînes de valeur. »
De cette prise de conscience est né un nouveau programme : « Régénération 2030 ». « Ce plan d’action s’appuie sur des résultats extrêmement tangibles », assure Christelle Capdupuy. Entre 2020 et 2025, la Maison est passée de 52 % à 98 % de matières premières certifiées, le plastique à usage unique dans les emballages a été réduit de 91 %, et 95 % de l’électricité dans les ateliers et les entrepôts de la Maison provient de sources renouvelables. Il s’agit désormais de franchir une nouvelle étape : « Nous devons maintenant aller au-delà de la simple responsabilité de préservation de la planète pour entrer dans une véritable logique de contribution », affirme Christelle Capdupuy. Car il ne convient plus seulement de protéger cette « super nature », il devient urgent de la restaurer. « Et donc de repenser en profondeur les modes de création et de production », souligne-t-elle.
Agriculture régénératrice
En ligne avec Life 360 – le programme environnemental du Groupe LVMH –, la Maison s’est donc fixé de nouveaux défis. À commencer par celui de l’agriculture régénératrice. Avec un objectif ambitieux : « Nous visons un million d’hectares régénérés d’ici à 2030 », annonce Christelle Capdupuy. Dans ce cadre, la Maison a signé en 2023 un partenariat avec l’ONG People for Wildlife dans le nord-est de l’Australie, avec laquelle elle s’est engagée à restaurer 400 000 hectares de faune et de flore à l’horizon 2028.
Mais ce pilier repose également sur le sourcing. « Chez Louis Vuitton, le cuir et le coton représentent respectivement environ 5 000 et 3 000 tonnes par an. Ce sont nos deux premières matières stratégiques », poursuit-elle. C’est là que réside l’essentiel de son impact environnemental. La Maison vise ainsi 100 % de matières premières naturelles et stratégiques – coton, cuir, laine ou encore alcool de parfumerie à base de betterave – provenant de l’agriculture régénératrice d’ici à 2030.
Et le défi est de taille ! « L’élevage régénératif n’existe pas dans le monde, il n’y a pas de certification. Nous avons donc commencé à travailler sur le sujet dès 2023 avec des scientifiques et des agriculteurs pour créer une grille d’évaluation sur la gestion de l’eau, des déchets, de l’alimentation de l’animal, sur la bientraitance animale, mais également sur l’équilibre socio-économique des exploitations », relate Christelle Capdupuy.
Sur le cuir, la Maison a ainsi déjà embarqué 150 agriculteurs dans huit pays. « Mais modifier une agriculture prend du temps, parce qu’il faut également intégrer le changement dans la terre. Cela s’accompagne sur le long terme. »
Créativité circulaire
Au-delà du volet agricole, la Maison s’engage également dans un travail profond de préservation de la matière. « Qu’elle provienne d’un animal ou de la nature végétale, toute ressource est extrêmement précieuse, et nous nous attachons tout particulièrement à en optimiser l’utilisation », assure Christelle Capdupuy.
Qu’il prenne le nom de « créativité circulaire » chez Louis Vuitton ou de « circularité créative » au sein du Groupe LVMH – nuance sémantique –, ce pilier repose sur une même démarche de réemploi, de recyclage, de réparation, de réduction de la matière utilisée et d’écoconception. Sur ce volet, le sac en denim Boro est une belle illustration des possibilités de l’upcycling : lancé en 2025, ce Speedy a été conçu à partir de 3 000 mètres linéaires de denim issus des stocks dormants de la Maison, autrement dit de tissus inutilisés.
Mais il est aussi question ici de durabilité et de transmission, deux valeurs intrinsèques à l’ADN même de Louis Vuitton. Et ce, depuis 1854. « Cela passe par la réparabilité, en prolongement de la qualité de nos matières et de l’excellence de la production », ajoute Christelle Capdupuy.
Au sein des onze ateliers Care & Repair dans le monde, 400 artisans travaillent à réparer environ 600 000 pièces chaque année. « Et nous prenons aujourd’hui l’engagement d’étendre ce savoir-faire à toutes nos catégories : maroquinerie, souliers, accessoires, prêt-à-porter… », annonce-t-elle. Une promesse importante qui implique l’intégration même de la réparabilité – et de la rechargeabilité des produits de beauté – dès la conception. « Pour ce faire, nous avons créé un indice de réparabilité pour la maroquinerie, avec comme objectif que tout nouveau produit permanent soit classé A », précise-t-elle.
Une question de gouvernance
« L’innovation, ce n’est pas uniquement trouver des matières premières novatrices, tempère Christelle Capdupuy. Elle réside avant tout dans les process et les opérations. » C’est le dernier pilier de la stratégie. Sur ce volet, la Maison s’engage notamment dans une démarche « zero waste » dans ses ateliers. Tous les déchets de coupe sont ainsi réutilisés dans d’autres créations.
Côté logistique, Louis Vuitton s’est également engagé à atteindre 40 % des livraisons utilisant des modes de transport à faibles émissions de carbone d’ici à 2030 : hydrogène pour le routier, cargos à voile pour le maritime… « Pour cela, il faut avoir des prévisions les plus justes possibles, ce qui nécessite aussi de l’innovation dans les process de prévisions des ventes, du produit jusqu’au store Louis Vuitton. Car, finalement, le meilleur produit sera celui que l’on conçoit et que l’on transporte pour répondre au besoin d’un client, pas pour être stocké. »
La clé de ces déploiements ? La gouvernance. « Le développement durable ne doit pas être l’affaire de notre seule équipe. Nous avons mis en place une gouvernance décentralisée : chaque département est aujourd’hui responsable de l’intégration de la durabilité dans son propre périmètre », explique Christelle Capdupuy.
Maroquinerie, souliers, prêt-à-porter, production, supply chain, IT, architecture… Chaque direction a sa propre feuille de route. Et de conclure : « Le rôle de mon équipe est de partager la vision globale et les objectifs, et d’accélérer le partage des bonnes pratiques en accompagnant les départements au quotidien. » Avec une mission : garantir créativité et qualité irréprochable au client final pour mieux transmettre. En toute transparence.
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Photo de Une : Partenariat avec l’ONG People for Wildlife dans le nord-est de l’Australie



