Los Angeles, tôt le matin. La lumière glisse déjà sur Hollywood Boulevard, presque sage avant l’afflux des visiteurs. Marcher sur les pas de Marilyn Monroe ici n’a rien d’un pèlerinage figé. C’est une traversée à travers une ville immense, fragmentée, où l’histoire du cinéma affleure partout. Marilyn Monroe y est née, y a grandi, s’y est perdue et s’y est inventée. Un siècle après sa naissance, c’est Los Angeles elle-même qui semble continuer à murmurer son nom.
À Hollywood, tout commence par un musée. L’Academy Museum of Motion Pictures consacre à Marilyn Monroe une exposition pensée comme une relecture de son œuvre et de son image, du 31 mai 2026 et jusqu’au 28 février 2027. On y entre comme dans un studio à ciel fermé, guidé par des archives, des lettres, des photographies que l’on n’avait jamais vues. Marilyn Monroe n’y est pas seulement une icône figée, elle devient stratège, actrice consciente du système qui l’emploie et qu’elle détourne. Le parcours dit quelque chose de la fabrication d’un mythe, mais aussi de sa lucidité.
Quelques rues plus loin, Hollywood se fait plus théâtral encore. Une expérience immersive, conçue par et pour les admirateurs de Marilyn Monroe, promet de faire revivre ses moments les plus célèbres à partir de mai 2026. Le dispositif est spectaculaire, presque excessif, à l’image de la ville.
La genèse de Marilyn Monroe
Pour retrouver une Marilyn plus intime, il faut pousser la porte du Hollywood Roosevelt. À l’écart du tumulte, la piscine Tropicana raconte une autre histoire : celle d’une jeune femme encore mannequin, installée dans une cabana des années 1950, photographiée pour la première fois. Le miroir de sa suite, aujourd’hui exposé dans le hall, capte les regards.
Le Hollywood Museum poursuit ce dialogue avec le passé. Dans les anciennes salles de maquillage de Max Factor, Marilyn Monroe devient blonde, littéralement. Les vitrines regorgent de costumes, d’objets personnels, d’une limousine, et d’une robe de lune de miel portée à la fois dans l’intimité et devant les troupes américaines en Corée. Le glamour, ici, n’est jamais loin de la mise en scène.
À quelques pas, le TCL Chinese Theatre inscrit Marilyn Monroe dans le ciment. Les empreintes de ses mains et de ses chaussures voisinent avec celles de Jane Russell, souvenir d’un film qui a définitivement ancré son personnage dans l’imaginaire collectif. L’étoile sur le Walk of Fame, un peu plus loin, semble presque secondaire tant le geste est devenu routinier.
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Jusque dans la postérité
Le soir venu, Los Angeles se raconte autour d’une table. Chez Musso & Frank Grill, le temps paraît suspendu. Dans l’arrière-salle, jadis réservée à l’élite hollywoodienne, Marilyn Monroe dînait avec Joe DiMaggio, comme d’autres légendes avant et après elle. Plus loin, le Formosa Café, entièrement restauré, continue d’exposer les visages de ceux qui y ont fait halte, Marilyn Monroe comprise, dans une constellation de célébrités.
La ville du cinéma est aussi celle des studios. Si les plateaux de la Fox restent fermés, la visite de Paramount permet de comprendre ce que Marilyn Monroe regardait, enfant, depuis l’orphelinat où elle vivait : une tour d’eau, un rêve qui paraissait inaccessible, finalement bientôt réel pour elle. Enfin, à Beverly Hills, le célèbre hôtel rose abrite les souvenirs d’un tournage difficile, d’un mariage qui se fissure, d’une liaison murmurée. Marilyn Monroe y séjourne une dernière fois avant que le mythe ne se referme.
La route s’achève à Westwood Village, dans le calme du cimetière Pierce Brothers. Une crypte de marbre rose, quelques fleurs, et l’écho d’une fidélité silencieuse : Joe DiMaggio fit livrer des roses pendant vingt ans. On clôt ce pèlerinage en y déposant à notre tour un petit bouquet en hommage.
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Photo de Une : © Choness / Getty images



