Mathilde Laurent, à vue de nez

Cette créatrice qui voit son métier comme un engagement de chaque instant, pratique chez Cartier une parfumerie d’auteur frontale et exigeante.

 

Lionel Paillès

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On l’avait quitté vêtue tout de noir (sa couleur favorite), à la présentation de son dernier parfum Carat, floral, frais et pétalé, aussi réussi que ravissant. Elle déplore, d’ailleurs, qu’il y ait trop de fleurs “mortes” en parfumerie. « J’aime donner le ressenti physique de la fraîcheur de la fleur », précise-t-elle. C’est une évidence : elle aime tchatcher, échanger, raconter, confronter ses idées avec l’autre. La rencontrer, ça donne un bouquet de surprises qui fleurent bon le sourire, l’intelligence et l’humour. Elle s’inscrit en faux contre ceux qui veulent réduire le parfum à un produit de consommation et conserve cette répulsion épidermique aux concessions et aux discours formatés (le pseudo-storytelling). « Nous nous réclamons de la haute parfumerie alors nous devons assumer les devoirs qui vont avec : montrer la voix, ne pas se satisfaire de l’état actuel des choses, faire avancer la parfumerie. » Toujours ce besoin de viser haut tout en se méfiant d’une parfumerie patrimoniale qui n’essaierait plus d’aller de l’avant et d’innover. « L’idée est toujours une source d’étonnement et d’émerveillement dans cette maison ; j’y suis entrée pour faire du parfum sur mesure (activité abandonnée aujourd’hui) et je me suis retrouvée à imaginer le nuage parfumé (l’OSNI), installation inspirée par mon parfum L’Envol, qui est exposée cet hiver au Louvre Abu Dhabi », s’amuse-elle. Elle est heureuse que Cartier (elle a rejoint le groupe en 2005) lui ait permis de créer les « Heures de Parfum », collection de bijoux olfactifs ; et si fière d’annoncer que la maison se prépare à les proposer en petites contenances — l’élitisme démocratisé, elle ne voit dans ce concept aucune contradiction, au contraire. On l’avait quitté dans son bureau du sixième étage  de la Fondation tapant sur les « fausses valeurs », dénonçant une « uniformisation des propositions parfumistiques » et se moquant en passant de « l’image de la féminité renvoyée par la parfumerie d’aujourd’hui ». Elle semble avoir changé. Assagie, sûrement ; rangée, certainement pas. Combattante, toujours. Elle a le bon goût de ne pas se raconter en parfum (c’est l’histoire de la maison qui l’intéresse). Mais elle, sa vie ? Elle a deux filles, croit au green deal, aime bien manger et paresser en Corse, l’été. Le reste du temps, son paysage est urbain ; sa parfumerie aussi. 

Trois parfums qui la racontent si bien

1. Déclaration d’un Soir. Un cocktail frais épicé-boisé qui combine l’élégance du bois de santal et l’effervescence du poivre. 95 € les 100 ml.

2. La Panthère. Ce floral-fauve construit autour d’un gardénia lumineux qui hisse très haut le chypre classique. 98 € les 50 ml.

3. Carat. Un bouquet de mille feux composé de sept fleurs fraîches pour une odeur blanche, pure et limpide comme la lumière passée au travers d’un diamant. 97,90 € les 50 ml.

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