Dyscalculique et dysorthographique, Pauline Clément ne se destinait pas à une carrière de comédienne. Après une formation en menuiserie puis un CAP d’esthétique, elle découvre le théâtre, qui bouleverse le cours de sa vie. Formée au Cours Florent, au Conservatoire du VIIIe arrondissement de Paris, à l’École du Studio d’Asnières puis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, elle rejoint la Comédie-Française en 2015.
Révélée au grand public dans Le Sens de la fête, remarquée dans Dix pour cent, membre du collectif Yes vous aime depuis 2012 et nommée au Molière de la révélation féminine en 2020, Pauline Clément trace un parcours qui mêle exigence du répertoire et goût de la comédie.
Elle est actuellement à l’affiche du film De la Comédie-Française, qu’elle a coécrit avec Martin Darondeau et Bertrand Usclat. Une plongée aussi loufoque que survoltée dans les coulisses de la prestigieuse institution, à trois heures d’une représentation qui semble vouée à ne jamais avoir lieu. Écrit en deux mois et tourné en quinze jours, cet objet cinématographique non identifié se révèle une réjouissante déclaration d’amour au théâtre.
Cela fait plus de dix ans que vous appartenez à la troupe de la Comédie-Française. Quel est aujourd’hui votre plus grand plaisir ?
Pauline Clément : Jouer, beaucoup. Et ressentir la montée d’adrénaline que cela me procure. Travailler avec des metteurs en scène différents, explorer à chaque fois leur univers, jouer le sentiment de ne aux côtés de partenaires que j’admire… C’est cela que j’aime.
L’idée de transposer le film en série vous a-t-elle effleurée ?
Initialement, nous avions pensé écrire cette histoire sous ce format. Aujourd’hui, j’ai du mal à me projeter. Attendons déjà de voir si les spectateurs seront au rendez-vous !
On parle souvent du cinéma comme d’une grande famille. Est-ce aussi le cas de la Comédie-Française ?
Oui, parce qu’une fois que l’on en franchit les portes, on dit bonjour à une trentaine de personnes en l’espace de quelques minutes ! On parle souvent des acteurs, mais près de quatre cents personnes travaillent à la Comédie-Française : les costumières, les accessoiristes, les équipes de décors, l’administration… C’est une véritable ruche. Et puis, entre les acteurs, il existe une culture commune. On partage les mêmes codes, avec ce côté très artisanal
La Comédie-Française impose un rythme de représentations particulièrement soutenu. Vous arrive-t-il de le trouver éprouvant ?
Laurent Stocker m’a raconté que, lorsqu’on lui demandait s’il faisait du sport, il répondait : « Oui, je fais du théâtre » ! Paradoxalement, plus que de fatiguer, je trouve que jouer beaucoup met en forme. Et puis il y a énormément d’entraide entre nous. Nous avons un groupe WhatsApp où l’on échange nos contacts de médecins et certains remèdes de grand-mère.
La direction de la Comédie-Française vous a-t-elle laissé carte blanche pour raconter cette histoire, ou certains sujets étaient-ils plus délicats à aborder ?
Non, car ils sont habitués au côté un peu rock de certains projets. Ils étaient donc très ouverts à l’idée de ce film. En revanche, certains pensionnaires du Français s’inquiétaient de l’image que cela allait donner. Il a fallu les convaincre et il y a eu un vote interne. La comédienne Florence Viala m’a dit un jour : « C’est comme si tu faisais une soirée chez ta mère. Tu invites des gens, tu veux que tout le monde s’amuse, mais ce n’est pas chez toi. Tu as peur que des choses soient cassées. » C’est exactement ça…
Vous étiez la seule des trois coscénaristes à faire partie de la Comédie-Française. Ressentiez-vous une certaine responsabilité vis-à-vis de la Maison ?
Pour être honnête, j’étais très enthousiaste, mais aussi assez inquiète. J’ai souvent trouvé cela difficile. Le plus étonnant, c’est que raconter de l’extérieur un endroit que je connais si intimement était finalement assez intimidant.
Que gardez-vous de l’aventure de ce film ?
Que j’ai eu beaucoup de chance de le faire avec une telle liberté de la part du théâtre et des producteurs. Avoir pu tourner sur cette scène est aussi exceptionnel qu’inhabituel, j’ai conscience que cela ne se reproduira pas de sitôt.
Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?
Cela a pris du temps. J’ai suivi des cours de théâtre pendant dix ans ; je ne connaissais rien au métier et je n’en maîtrisais aucun des codes ! Aujourd’hui, je suis heureuse de travailler et d’aimer autant ce que je fais, avec le sentiment de ne pas avoir trop changé depuis la petite fille que j’étais. Et puis, j’ai quarante ans, je me connais bien. Je sais ce qui me met mal à l’aise : la promotion, les interviews… Ce n’est pas mon truc. Mais j’ai fini par faire la paix avec cela.
Le secret des vacances réussies ?
Zéro pression. Pas d’agenda. Laisser le temps s’arrêter. et cette idée qu’il faut y aller, coûte que coûte. C’est ce qui nous rassemble.
Votre luxe ultime en vacances ?
Se baigner.
Votre lieu de vacances préféré pour déconnecter ?
Regarder l’horizon, n’importe où au bord de la mer.
De la Comédie-Française de Martin Darondeau et Bertrand Usclat, avec Marina Hands, Pauline Clément, Danièle Lebrun, Guillaume Gallienne, Laurent Stocker… Actuellement en salle.
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Photo de Une : Pauline Clément © Atelier de Production Comédie-Française – France 2 Cinéma




