Il est neuf heures passées dans la rade de Hyères, et déjà la lumière dans le claquement sec d’une drisse contre un mât centenaire, dans le ballet des équipages qui montent à bord avec la concentration de ceux qui savent qu’en mer rien n’est jamais totalement écrit. Puis les voiles se lèvent. Alors, le paysage change du tout au tout. Ce qui ressemblait à une carte postale devient un théâtre. Des silhouettes longues, vernies, parfois plus âgées que leurs propriétaires, s’écartent lentement du port comme des aristocrates qui refuseraient de courir mais accepteraient, exceptionnellement, de gagner.
C’est dans ce décor de cinéma méditerranéen que Herbelin a choisi, une nouvelle fois, de présenter sa vision de l’été. Le choix n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs saisons, la Maison horlogère française quitte régulièrement ses reliefs du Haut-Doubs pour venir installer ses nouveautés entre les pins, le sel et les pontons de Porquerolles. Deux géographies que tout oppose mais qui partagent une même obsession : fabriquer des objets qui traversent le temps.
Une certaine idée de la mer
Cette année, le prétexte porte un nom déjà familier des amateurs de la marque : Cap Camarat Diver. Après une première interprétation remarquée, Herbelin revient avec une exécution en titane. Plus légère au poignet, plus tendue dans son expression, moins démonstrative aussi. Une montre qui semble avoir compris quelque chose que beaucoup oublient : en mer, le luxe n’est jamais dans le poids.
Le modèle conserve ce qui fait sa personnalité – un boîtier de 42 mm, une étanchéité à 200 mètres, un rehaut tournant interne inspiré de l’univers des plongeuses dites « compressor », un cadran structuré et quelques accents colorés qui évitent à l’ensemble de tomber dans le sérieux nautique – tout en gagnant cette forme de discrétion technique que le titane apporte aux objets bien dessinés.
À l’intérieur, un mouvement automatique Sellita SW220-1 avec affichage jour-date, réglé dans les ateliers de la Maison et visible par le fond transparent. À l’extérieur, des bracelets en caoutchouc FKM conçus pour supporter le soleil, le sel et les longues journées sans horaires. Mention spéciale à la version kaki, inattendue, presque militaire dans l’esprit, qui donne à l’ensemble une allure moins Riviera que pont d’expédition. Car c’est peut-être cela que raconte aujourd’hui Herbelin : une certaine idée de la mer. Pas celle des catalogues de croisière, mais celle des passionnés qui savent distinguer un vent thermique d’un mistral établi et préfèrent parler de cap plutôt que de destination.
Depuis 2015, la Maison accompagne le Yacht Club de Porquerolles et s’est installée dans le paysage des grandes régates de l’île. La Porquerolles Classic en est le sommet : plusieurs dizaines d’unités historiques venues rejouer, le temps de quelques jours, l’âge d’or de la voile. Parmi elles, certains bateaux arrêtent les conversations.
Cette année encore, tous les regards se sont tournés vers Sumurun. Trente-deux mètres de grâce lancés en 1914 par William Fife III. Un yacht qui n’avance pas mais glisse avec cette insolence tranquille des objets qui savent qu’ils survivront aux modes. Sur l’eau, il domine. À quai, il fascine. Le genre de présence qui rappelle qu’avant les écrans, et même avant les notifications, mesurer le temps consistait parfois simplement à regarder le vent tourner. Chez Herbelin, on ne l’a jamais oublié.
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Photo de Une : © Gilles Martin-Raget/YCP



