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Une rentrée très design

Une rentrée très design

Embarquez pour une balade dans le monde de la création et de l’art de vivre. Au programme, les dernières éditions de Maison&Objet et de Paris Design Week, des tendances, un agenda des événements à ne pas manquer…

Paris a vibré au rythme de la Design Week et du salon Maison&Objet ces derniers jours. Les professionnels ont foulé des kilomètres de stands au parc des Expositions de Villepinte alors que Paris Intramuros a bouillonné de cocktails et autres événements ouverts au grand public. Retour sur un design et une capitale en pleine effervescence.

 

Maison&Objet, Carte d’identité pour néophytes

Qu’est-ce-que Maison&Objet ?

Tout comme le Salon international du meuble de Milan, M&O est « le » rendez-vous français cosmopolite incontournable de l’art de vivre et de la décoration d’intérieur. Ce salon réservé aux professionnels, qui a lieu deux fois par an à Paris-Villepinte et réunit plus de 3 000 exposants, est fréquenté par 90 000 visiteurs, dont la moitié est un public étranger.

Depuis quand ce salon a-t-il lieu ?

Né en 1995, M&O vient de souffler sa vingt-deuxième bougie.

Que vient-on y chercher et qu’y trouve-t-on ?

Les acheteurs y dénichent les perles qui feront le succès de leurs prochaines collections en magasin. Véritable source d’inspiration où regards et savoir-faire se croisent, c’est également l’occasion de célébrer le designer de l’année, en l’occurrence le brillantissime Ramy Fischler pour 2018 et de présenter de jeunes talents émergents en leur permettant d’exposer gratuitement leurs produits. Pour cette édition, les Rising Talent Awards ont été décernés à la toute nouvelle création libanaise. Enfin, on ne saurait passer sa route sans explorer le forum Tendances, ses cafés et sa librairie du 107Rivoli (boutique du musée des Arts décoratifs) dans lesquels est rassemblé un concentré du meilleur de la décoration. La substantifique moelle du salon répondait pour cette cession au thème de
« Virtuous », mis en scène par Vincent Grégoire (lire ci-contre l’interview), directeur de création et directeur consumer trends pour l’agence NellyRodi.

 

 

Trois questions à...

Vincent Grégoire, du bureau de tendances NellyRodi, concepteur et scénographe de l’Espace d’Inspirations et du Café-Librairie de M&O.

L’édition de cette année de M&O avait pour thème « Virtuous ». Cela définit-il le design de demain ?

« Virtuous », cela veut dire « vertu », « vertueux ». L’idée était de partir d’un fait de société de fond et non d’une tendance. Que veut le consommateur actuel ? Quelles sont ses interrogations ? Nous sommes dans un contexte de mutation, très chahuté tant sur les questions identitaires que sociopolitiques. Le client aspire donc à de nouvelles valeurs, à un art de vivre cohérent, de l’amont à l’aval. Ce n’est pas un scoop, mais le forum a su proposer de nombreuses réponses que les visiteurs ont pu découvrir sur place.

Comment faites-vous votre sélection d’objets ?

Le salon est une mine. Le forum Tendances, maintenant très central car situé dans le hall 5A, en a été le reflet, l’épicentre ! La sélection est un vrai travail d’équipe : en interne d’une part, car nous connaissons bien les exposants, et, d’autre part, une co-construction, un travail collaboratif avec l’organisation de Maison&Objet. Aussi, nous avons « spotté » de petites marques que nous avons signalées à cette dernière pour qu’elle leur offre la possibilité d’exposer.

Comment percevez-vous le design de demain ?

D’un côté, on se dirige vers la vertu, mais qui peut être ennuyeuse, très moraliste, donneuse de leçon, tirant vers l’idée du peu, du moins, et pouvant conduire à une vie d’ascète due à trop de conscience. De l’autre, rentrant tout juste de Corée, je constate que l’excès, la démesure, le feel good et le plaisir sont une autre façon de percevoir l’avenir. Il y a plusieurs paroles.

Ramy Fischler, créateur de l’année

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Ramy, c’est l’un de ces Belges que la France affectionne. Basé à Paris, l’homme au visage de lune, diplômé de l’ENSCI, est un designer protéiforme, signant aussi bien chantiers que collections de mobilier et d’objets. Il planche aujourd’hui sur le Philanthro-Lab, au côté de Perrot & Richard Architectes pour la Compagnie de Phalsbourg. Cet incubateur investira l’hôtel de la Bûcherie dans le cadre du projet « Réinventer Paris »

rfstudio.fr

Ramy Fischler Heterotopia_AD Interieur2013_©Aleksandar Pertemov (2)

Rising Talent Awards : le Liban à l’honneur

Tout voyageur vous dira que le Liban recèle des trésors de savoir-faire : la sculpture sur bois, la gravure, la marqueterie, la broderie, l’art du cuivre, la poterie, le tissage, la verrerie soufflée bouche. Descendants directs de cet héritage où lignes, formes et matières se croisent et se décroisent, six jeunes talents ont été désignés pour exposer leurs créations au salon Maison&Objet par un jury composé de sept personnalités importantes :
l’architecte Aline Asmar d’Amman, Hala Moubarak, initiatrice de la première Beirut Design Fair, le designer Marc Baroud, qui a dirigé le département design à l’Académie libanaise des beaux-arts, Chérine Magrabi, fondatrice de la plateforme House of Today, Nadine Fares Kahil, rédactrice en chef du magazine Curve, et enfin Maria Ziadeh, qui assure la direction commerciale du Elle Décoration édition Liban.

Et les heureux élus sont :

Studio Caramel, qui nous séduit par la poésie de sa boîte à musique Mirage et par son fauteuil Indolante au style inspiré de Mathieu Matégot, comme une synthèse des lignes de la chaise Nagasaki avec la rondeur de la table Kangourou.

studio-caramel.com

Paola Sakr, qui aime à dire qu’elle « collabore avec le monde », nous fait craquer avec ses vases évoquant des cylindres de béton trouvés sur un chantier. Ces créations invoquent l’urgence de redonner vie à un urbanisme sans âme.

paolasakr.design

Carla Baz propose des appliques Oyster au mystère empreint de mystique. Elle ne travaille qu’entourée d’artisans de très grande qualité, qui reproduisent sans cesse un geste sûr.

carlabaz.com

Anastasia Nysten nous captive par la radicalité du fauteuil lounge Clock Chair : à conserver dans son salon comme une pièce d’art premier.

anastasianysten.com

Marc Dibeh travaille aussi bien le souvenir que l’envie d’ailleurs. On retient sa cloche à gâteaux en cuir ciselé et ses parasols-écrans en cannage aux lignes contemporaines avec assises intégrées.

marcdibeh.com

Carlo Massoud s’apparente plus à un artiste-sculpteur-orfèvre et ses œuvres nous donnent à réfléchir sur des questions politiques, sociales, culturelles et environnementales. Sa série de totems Autopsy et son église Mar Mikhayel nous touchent particulièrement.

carlomassoud.com

Paris Design Week

Qu’est-ce que la Paris Design Week ?

En parallèle du salon Maison&Objet, organisé à vingt kilomètre de la capitale, deux cents lieux ouvrent leurs portes au cœur de Paris pour des présentations. De nouvelles créations et collections sont proposées à tout amateur de design et d’esthétisme, qu’il soit professionnel ou profane. Les showrooms, boutiques, galeries, ateliers, restaurants et même institutions diverses ont pulsé au rythme du design du 6 au 15 septembre et ont offert des talks avec des pointures du milieu comme Matali Crasset, Patrick Jouin ou Pauline Deltour.

Ce que la rédaction a retenu

Précédemment, les jeunes talents exposaient à la Cité de la Mode sur le quai d’Austerlitz. Cette année, ils ont investi Ground Control Paris, rue du Charolais, l’un des sites artistiques temporaires de SNCF Immobilier. L’ancien centre de tri postal en attente de conversion s’est prêté au jeu et a accueilli une quarantaine de jeunes créateurs internationaux, comme les céramiques Cica Gomez, ROVT Design par Vincent Rousseau ou encore le collectif Les Vendredis.

Le parcours Japon

L’année 2018 marquant le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France – ainsi que le 150e anniversaire du début de l’ère Meiji qui ouvrit le Japon à l’occident –, les gouvernements français et japonais ont lancé « Japonismes 2018 ». La riche saison culturelle nippone, qui a démarré en juillet dernier et se terminera en février 2019, a pris ses quartiers tant au Centre Georges-Pompidou qu’au Théâtre national de la Danse, au musée des Arts décoratifs ou à la Cinémathèque française.

C’est donc à ce titre que la Paris Design Week a célébré avec ferveur le pays du Soleil-Levant. Technologies 3.0 au rendez-vous avec la coproduction du collectif TeamLab, La Villette et la Japan Foundation, qui ont présenté des tableaux évolutifs exceptionnels, jouant sur le dépaysement onirique et donnant vie à un organisme numérique sans fin renouvelé.

Le créateur d’objets José Lévy a suscité la curiosité avec ses huit pièces énigmatiques exposées au musée national des arts asiatiques Guimet. On repartirait bien avec le miroir oxydé et teinté noir Malili, édité par la Carpenters Workshop Gallery : tribal et sans origine définie. De son côté, le musée de Minéralogie de l’École des mines de Paris nous a présenté les peintures de Caroline Besse sur papier washi, mêlant graduation d’encre de Chine et tonalité de minéraux broyés. Sans oublier les bols de Manon Clouzeau au mélange subtil d’argile et de minéraux : encrage et poésie étaient au rendez-vous.

Caroline Besse

Caroline Besse

José Lévy

Manon Clouzeau

Manon Clouzeau

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