Cette année, j’enlève le haut

Alors qu’on censure chaque bout de sein sur Instagram, qui donc osera pointer les siens sur la plage cet été ?

Judith Spinoza

«Cette année, j’enlève le haut. » Elle a dit ça sans broncher, bien droite sur sa serviette de plage. Joignant le geste à la parole, et sans autres ambages, la fille a dégrafé le petit triangle qui ornait sa poitrine pour une bronzette-baignade seins à l’air, façon L’Année des méduses. Ou, selon l’expression consacrée, « topless ».

Sauf qu’aujourd’hui, ce geste banal est devenu celui d’une héroïne. En tombant le haut sur une plage en 2020, on risque le malaise individuel et l’amende sociale, le regard de biais réprobateur venant frapper la poitrine nue. Oui, l’opprobre général a remplacé l’esprit libertaire du monokini qui culmina en 1980, époque émérite du topless.

Plus tendance, le monokini ?

Cherchez bien, vous n’apercevrez guère l’ombre d’un nichon dans la chaleur estivale. Selon une étude de l’IFOP publiée en juillet 2019, « sur les plages françaises, le monokini n’est plus tendance. Les femmes sont de plus en plus réticentes à dévoiler leur poitrine sur la plage et ne sont que 22 % à pratiquer le topless. »

Loin, l’année 1964, où les Françaises furent les premières à s’afficher seins nus sur les rivages de la Côte d’Azur. Loin, l’air charmant de la chanson de BB scandant, avant Sardou, l’hymne d’une femme jusqu’au bout des seins : « Nue, au soleil, complètement nue, au soleil… » Loin, le topless sans qu’on y pense ou qu’on vous remarque.

Quand le tanga prend le pas sur le topless

Sur les plages françaises, on voit surtout des culs. En quelques années, une rondeur chassant l’autre, le tanga a pris le pas sur le topless… D’une main ferme les jeunes filles se sont accrochées au haut du maillot, pendant que de l’autre, elles ont remonté l’échancrure du bas.

Pour elles, c’est moins une question de puritanisme que de liberté. Et si, pour certaines, c’est une façon d’éviter toute « pression sexuelle », pour la plupart, c’est surtout une démonstration du droit à disposer de leur corps. Un manifeste dans lequel montrer est aussi fort que cacher. On choisit, tout simplement et en toute liberté. Et cette fois, c’est plutôt le bas.

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