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Eva Green, du cinéma au saké d’auteur

On l’attendait sur un plateau de cinéma, on la retrouve au cœur d’une brasserie japonaise. Entre Kyoto et les étoiles, Eva Green invente un saké comme un poème liquide : Seiun, une boisson habitée, brassée à la main et infusée de musique.

Aymeric Mantoux

Eva Green, on vous attendait dans les univers du cinéma et de la mode. Et de façon inattendue au premier abord, vous nous emmenez dans l’univers du saké. C’est déroutant, non ?

Eva Green : Peut-être un peu, je le conçois. Mais, comme tout le monde, je ne me résume pas à mon métier – que je continue à exercer avec autant de plaisir, bien sûr. Depuis de nombreuses années, j’ai développé de multiples centres d’intérêt, et certains se sont transformés en véritables passions. De manière générale, je suis profondément attirée par l’artisanat, les savoir-faire ancestraux, les rituels immuables où se révèlent l’histoire, la culture et l’âme d’un peuple.

J’ai tout de suite aimé le saké, pour avoir eu la chance d’en goûter d’excellents dès mes premières découvertes. Au fil des années, j’ai affiné ma connaissance et mon goût pour cette boisson, au gré des voyages et des rencontres. Plus récemment, apprendre l’histoire du saké et les techniques de brassage ancestrales a achevé de me passionner.

Comment est né ce projet ?

Très simplement, et de la manière la plus sincère. Il y a quelques années, entre deux projets professionnels, j’ai contacté mon meilleur ami, Hadrien Wolff, pour lui proposer de suivre une formation sur le saké, son histoire et ses techniques de brassage – uniquement pour le plaisir d’apprendre. Il n’avait aucune expérience dans ce domaine, mais il a longtemps vécu en Asie, notamment au Japon, et nous partageons un goût très proche : je savais que cela l’enthousiasmerait. Nous sommes rapidement devenus des « apprentis passionnés ».

 

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Nous n’imaginions pas que cette curiosité nous mènerait, quelques mois plus tard, à brasser du riz à la main, à l’aube, dans de l’eau glacée, au cœur d’une brasserie traditionnelle japonaise ! Nous avons adoré cet apprentissage, aussi exigeant que fascinant. Et de là à devenir créateurs, il n’y avait qu’un pas… que des rêveurs-bûcheurs comme nous ont rapidement décidé de franchir !

Je n’aurais pas la prétention de nous qualifier de visionnaires : nous avons certes créé une boisson à la recette unique, dont nous sommes très fiers, mais la catégorie des sakés nigori pétillants à faible taux d’alcool existe déjà au Japon, même si elle demeure confidentielle.

Qu’est-ce qui vous séduit tous les deux dans la culture japonaise, et l’art du saké en particulier ?

La culture japonaise est si vaste, complexe et mystérieuse… Nous ne la maîtrisons pas assez pour en parler sans risquer les clichés. En revanche, Hadrien et moi commençons à bien connaître la culture du saké, et notre intérêt n’a fait que grandir à mesure que notre compréhension se développait.

L’art du saké consiste à transformer un ingrédient aussi simple, et d’apparence banale, que le riz en un breuvage d’une richesse et d’une diversité infinies, grâce à l’action naturelle du koji et des levures. Le koji est un ferment – une sorte de champignon – qui transforme l’amidon du riz cuit en sucre, tandis que la levure transforme ce sucre en alcool. C’est fascinant de voir qu’avec de simples éléments – riz, eau, koji et levure – on peut créer tant de sakés différents, aux personnalités multiples.

Au-delà de l’art millénaire du brassage, l’art de boire le saké est tout aussi passionnant. Il a longtemps eu, au Japon, une dimension spirituelle : il accompagnait les rituels shinto, les mariages, les fêtes saisonnières, et servait d’offrande aux divinités. Il n’est pas rare de voir encore aujourd’hui des tonneaux de saké estampillés du nom des brasseries locales à l’entrée des temples shinto. Et même dans sa dimension plus profane, certaines pratiques me touchent – comme celle qui consiste à ne jamais se servir soi-même, mais à servir les autres. Ce geste d’attention et de partage me semble très beau.

Est-ce un produit que vous voyez comme confidentiel ou avez-vous l’ambition de l’installer dans l’univers du luxe gastronomique ?

Le saké reste encore mal connu en Occident et peut donc être considéré comme confidentiel. Notre ambition est de contribuer humblement à son essor, en invitant à la découverte. Mais Seiun n’est pas un saké traditionnel : il surprend même les connaisseurs.

Par sa nature très accessible, il a toutes les chances de séduire bien au-delà du cercle des amateurs. Des établissements gastronomiques comme Michel Sarran, le Relais Bernard Loiseau, Omija, La Table de Mougins et d’autres encore ont été séduits et proposent Seiun en accord avec des mets sucrés ou salés. Nous en sommes évidemment très heureux et très fiers.

 

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Comment s’est passée la collaboration avec les artisans japonais ? Est-ce un échange créatif ou un respect absolu du savoir-faire local ?

Nous avons travaillé avec un toji (maître brasseur) français, Guillaume Ozanne, qui a près de 15 ans d’expérience dans certaines des sakagura les plus respectées du Japon. Il a récemment rejoint une brasserie située entre Kyoto et Osaka, Kotobuki, qui a accueilli nos expérimentations avec beaucoup de bienveillance.

Hadrien et moi avons naturellement fait preuve de beaucoup de respect et de gratitude pour le savoir-faire que Guillaume et les équipes de Kotobuki ont partagé avec nous. Mais l’échange a aussi été créatif – parfois même un peu audacieux ! Nous nous sommes intéressés au phénomène de stimulation de la fermentation par les ondes musicales, déjà documenté en France dans le cadre de la vinification.

Cette idée, à la croisée de la science et de la spiritualité, nous a immédiatement séduits. La musique, apparemment, stimule les levures et aide à accélérer le processus de fermentation. Nous avons donc timidement demandé s’il serait possible de placer des enceintes dans les cuves de fermentation pour y diffuser une playlist que nous avions préparée. Cette demande un peu poétique a été accueillie avec bienveillance, et Seiun a ainsi été infusé des vibrations des morceaux que nous avions choisis.

Votre image est associée à un univers teinté d’élégance, de mystère. Comment ces traits se traduisent-ils dans l’identité de votre saké ?

Seiun est un peu mon bébé ! C’est normal qu’il me ressemble ! Je suis très sensible à toute forme de poésie – littéraire bien sûr, mais aussi visuelle, gustative ou sonore. La poésie, pour moi, c’est la beauté qui vous atteint par un sens ou une idée, et qui provoque une émotion. Avec Hadrien, nous partageons cette sensibilité esthétique.

Nous avons voulu faire de Seiun une expérience multisensorielle : le goût, avec une acidité qui éveille et une douceur qui flatte ; la complexité des notes fruitées et florales ; le mouvement hypnotique du nigori dans la bouteille ; le design de l’étiquette, signé par Miryam Muller, une graphiste qui a énormément de talent ; le papier japonais washi, texturé et rustique ; enfin, la citation « Mon âme est dans le ciel », tirée du Songe d’une nuit d’été, inscrite en kanjis japonais sur l’étiquette.

Et puis, bien sûr, la musique, qui infuse littéralement la fermentation… Tout cela, pour nous, est de la poésie. Plus généralement, ces derniers mois, on vous a vue dans des projets très différents, entre cinéma d’auteur, production internationale et série.

 

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Comment choisissez-vous vos projets ?

Dans la continuité de ce que je disais, il faut que je sois émue pour me lancer dans une aventure : cela peut venir d’un scénario, d’un sujet, d’un réalisateur, d’une actrice ou d’un acteur. Bien sûr, la réalité de notre métier impose parfois des compromis, mais, quand c’est le cas, j’essaie toujours qu’ils soient faits au service de projets portés par des gens que j’aime.

Quel tournage récent vous a marquée d’une manière particulière ?

J’ai tourné récemment en Turquie (The Trees, de Bahman Ghobadi) avec une jeune fille sourde et muette (Neva Kus) qui jouait ma fille, et qui était prodigieuse d’intelligence et de sensibilité. Au-delà d’être une actrice née, elle s’est révélée être une personne remarquable. Elle m’a profondément touchée et est devenue l’une des plus belles partenaires avec lesquelles j’ai eu la chance de jouer.

Tournez-vous actuellement ou préparez-vous un rôle que vous pouvez déjà évoquer ?

Je viens d’achever un tournage aux Canaries avec Martin Campbell, le réalisateur de Casino Royale, avec Samuel L. Jackson. Rôle très complexe et dense. Une comédie jubilatoire !

Vous êtes l’une des rares actrices françaises à avoir construit une carrière internationale sans renier votre singularité. Comment réussit-on cet équilibre ?

Ohlala… Je ne calcule rien… Je ne peux faire autrement que de rester moi-même. S’accepter soi-même est un travail de chaque instant.

Créer un saké, c’est comme créer un personnage : il faut lui donner une âme. Avez-vous abordé ce projet comme une performance artistique ?

Oui, c’est juste. Pour créer un personnage, il faut puiser en soi et trouver les émotions qui lui appartiennent, pour être juste et sincère. Créer Seiun a nécessité la même implication : une sincérité absolue et une réflexion profonde. L’âme d’une création naît, je crois, de ce mélange d’émotions vraies et de pensée consciente.

Hadrien Wolff et Eva Green.

Quel est votre rapport au luxe ? Est-ce une question de rareté, de précision, de beauté ?

Pour moi, le luxe est avant tout une question de beauté, de savoir-faire et de personnalité. J’aime les couturiers anticonformistes, les designers audacieux, autant que ceux qui rendent hommage aux gestes ancestraux, intemporels. Mais, comme toujours, c’est l’émotion qui guide mes choix.

Y a-t-il un artisan, un lieu ou un objet qui vous a récemment émue par sa beauté ou son histoire ?

Kyoto, sans hésiter. C’est une ville que je visite régulièrement pour Seiun. Sa profondeur historique et culturelle est infinie, et elle me touche à chaque fois davantage.

Si votre saké était un film, lequel serait-ce ?

Un film spatial de David Lynch…

Et si c’était un mot japonais, un seul, lequel choisiriez-vous pour le décrire ?

Je précise que « seiun » est l’adaptation phonétique, dans notre alphabet, de la traduction japonaise de « nébuleuse », le phénomène céleste à l’origine des étoiles. C’est donc non seulement le nom de la boisson, mais aussi ce que nous évoque le mouvement des fines particules de riz dans la bouteille.

 

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En tant qu’actrice, vous avez l’habitude de raconter des histoires : quelle histoire raconte ou pourrait raconter votre saké ?

L’histoire d’une nébuleuse douce et libre, prête à se révéler.

Le design de la bouteille est aussi important que le contenu. Quelles ont été vos exigences sur l’esthétique et le packaging ?

Hadrien et moi voulions allier l’élégance et le rustique, le traditionnel et le contemporain. À l’aspect artisanal de l’étiquette avant répond la modernité du film transparent de l’étiquette arrière, qui laisse apparaître les mouvements poétiques du nigori. La bouteille, de forme classique, est simple et élancée, et nous l’enveloppons dans un petit sachet cotonneux qui rappelle la texture de la boisson.

Qu’aimeriez-vous que les gens ressentent en le goûtant pour la première fois ?

Une émotion, bien sûr – une agréable surprise, suivie d’une curiosité d’en savoir plus.

Enfin, avez-vous des objectifs de vente et, si oui, lesquels ? Où peut-on se le procurer ?

Seiun vient tout juste de naître ; nous ne nous imposons aucun objectif précis, si ce n’est de la voir grandir sereinement. Nous sommes très heureux des retours enthousiastes que nous recevons. C’est un honneur que Seiun soit déjà servi dans de très beaux établissements, et qu’il soit distribué en exclusivité à La Grande Épicerie de Paris. Il est également disponible sur seiun.fr et sur le site de La Grande Épicerie.

seiun.fr


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Photo de Une : Eva Green sépare les grains du riz pour préparer le saké. © Jinn Yagi

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