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La Manifattura Berluti, la preuve par le geste

C’est l'un des rares ateliers qui ne sera pas ouvert lors des Journées particulières LVMH. Au cœur de l'Italie, la manufacture Berluti incarne un luxe où le geste, le cuir et la transmission d'un savoir-faire historique donnent naissance, patine après patine, à des créations qui se racontent autant qu'elles se portent.

« La Manifattura è la prova » (comprendre « La manufacture est la preuve »), affirme Jean-Baptiste Barthes, vice-président Opérations et Savoir-Faire de Berluti. La preuve ? Celle de l’excellence du geste et du temps long : l’ADN de la Maison. Car si la griffe dédiée à l’élégance masculine – et rachetée par le groupe LVMH en 1993 – conserve ses ateliers de sur-mesure à Paris, c’est dans la campagne de Ferrare que bat le cœur de son expertise : la conception et la production des modèles prêt-à-chausser, et désormais de la maroquinerie.

L’emplacement de la Manifattura Berluti n’est pas anodin. Reconnue par l’UNESCO comme un joyau de la Renaissance italienne, Ferrare se situe au carrefour de plusieurs territoires réputés pour leurs savoir-faire : la Vénétie au nord, la Toscane et les Marches au sud. « Nous sommes au barycentre de cet artisanat d’exception », résume Stéphane Paumard, directeur Développement produits & Industrialisation.

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Imaginé par les architectes Barthélémy et Griño et inauguré en 2015, l’édifice de 8 000 m² s’impose avant tout comme un manifeste architectural. Évoquant un écrin à chaussures, le bâtiment s’organise autour d’une vaste agora surmontée d’une voûte dont le maillage entrecroisé projette une ombre figurant le laçage d’un soulier, en écho au « nœud Berluti ». Habillé de bois brut, cet atrium porte une autre symbolique : le matériau prend avec le temps une patine qui fait écho à l’une des signatures de la Maison.

L’art de la transmission

Cette histoire commence pourtant loin d’ici. À la fin du XIXe siècle, Alessandro Berluti, né à Senigallia dans les Marches, rompt avec la tradition familiale et se tourne vers l’artisanat. Son nom est aujourd’hui indissociable du modèle Alessandro, fabriqué dans une seule pièce de cuir, sans couture apparente, devenu l’une des signatures de la Maison. Son fils Torello poursuit l’aventure familiale et ouvre en 1929 sa propre boutique parisienne, rue de Mont-Thabor. Depuis, d’autres « produits stars » ont vu le jour : le mocassin Andy, né de la rencontre avec Andy Warhol en 1962, ou encore le sac Deux Jours, jusqu’à la basket Shadow, lancée en 2019.

À Ferrare, la tradition prend aujourd’hui le visage de 360 collaborateurs, dont 70 % d’artisans, en majorité des femmes. Si l’âge moyen est de 35 ans, l’artisan le plus chevronné cumule 38 ans d’expérience. La transmission est clé. La Maison forme elle-même ses futurs artisans. Depuis 2012, son école interne a accueilli près de 300 personnes et permis l’embauche de 250 d’entre elles.

« Il est indispensable pour nous de former les futurs artisans, insiste Stéphane Paumard. Le cœur de Berluti, c’est eux. » Sélection du cuir, coupe, assemblage, montage, couture, patine, tatouage… Plus de neuf grands métiers artisanaux sont représentés.

La main et la matière

Au sein du « pattern office » de la Manifattura Berluti, les lignes d’un futur modèle prennent forme. Tout commence par la morphologie. « Un pied, c’est une distribution en 3D d’un volume, ce n’est pas juste une longueur, explique Stéphane Paumard. Lorsqu’un client entre dans une boutique Berluti, on ne lui demande pas sa pointure mais de se déchausser. » Derrière chaque soulier se cache ainsi une science discrète du confort, nourrie d’outils numériques, mais avant tout d’expérience et d’expertise.

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Plus loin, l’odeur du cuir envahit l’espace. C’est ici que se révèle l’une des matières emblématiques de la Maison : le cuir Venezia. Un cuir de veau pleine fleur laissé volontairement le plus naturel possible. Sur mille peaux sélectionnées par les tanneries partenaires, seules une cinquantaine répondent aux exigences de Berluti. L’œil reste alors l’outil le plus précieux. La moindre imperfection oubliée peut réapparaître des semaines plus tard, amplifiée par la patine finale.

Le soulier est ensuite assemblé selon le montage traditionnel sélectionné, Blake ou Goodyear. La pièce est laissée vierge jusqu’à l’étape finale : l’embellissement. Dans un calme presque monacal, tels des peintres, les artisans coloristes composent alors leurs mélanges. C’est ici que se réalise la patine, l’une des signatures de la Maison, par une succession de couches qui révèlent la profondeur du cuir. Le résultat ? Des modèles uniques.

Oui, la Manifattura Berluti est la preuve. La preuve que les objets d’exception continuent d’être façonnés par des mains, des regards et des intuitions.

berluti.com

Photo de Une : Manifattura Berluti © Matteo Carassale for Berluti

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