alan taudon

Fulgurances végétales

Entre réalisme et imperfection naturelle de la matière, Alan Taudon et Virginie Boudsocq ne cessent de se renouveler et viennent nous cueillir dans un jaillissement végétal.

Anne Debbasch

Leur rencontre est une fulgurance. Lorsque Alan Taudon, récompensé de deux étoiles au Guide Michelin, repère le travail de Virginie Boudsocq sur les réseaux sociaux, le coup de cœur est immédiat. Elle découvre l’homme et sa cuisine lacustre et végétale, ils sont faits pour se comprendre.

Si l’un saisit l’essence même des ingrédients bruts qu’il travaille dans ses cuisines de L’Orangerie, au sein du Four Seasons Hotel George V, l’autre sculpte la matière dans son atelier d’Argenteuil, replaçant la nature au centre de la table. Conversation ouverte entre ces deux grands timides que la créativité et la bienveillance rapprochent.

Alan, Virginie, qui êtes-vous ?

Alan Taudon : J’ai passé dix ans aux côtés de Christian Le Squer, ma cuisine était sa cuisine. Lorsque j’ai vraiment repris L’Orangerie au printemps 2019, j’avais besoin de me démarquer et d’affirmer une cuisine différente. J’ai choisi de me concentrer sur les poissons, les crustacés et le végétal. J’ai trouvé mon équilibre, les créations de Virginie s’y sont inscrites naturellement.

Virginie Boudsocq : J’ai été directrice artistique aux Beaux-Arts, mais je suis autodidacte pour le travail de la porcelaine. J’aime cette matière capricieuse, vivante. La courbe de cuisson que je lui fais subir l’oblige à plus de mouvement, à des changements de couleurs ou de formes, ce qui me permet d’exprimer la déchirure, le déséquilibre, autant d’altérations aléatoires à l’image des fleurs qui se développent et évoluent. Observez un jardin : ce qui fait sa beauté, ce sont ses imperfections.

Quel est votre processus créatif ?

AT : J’y vais à tâtons, j’effectue des essais, parfois je les laisse de côté et j’y reviens. Généralement, je profite de mon temps de trajet pour faire mes essais dans ma tête. Je pense associations de couleurs, luminosité, cuisson, texture. Mes plats évoluent tous les jours jusqu’à ce que je sois 100 % satisfait.

VB : J’ai toujours été entourée de fleurs. Mon lien avec la nature me vient de ma mère et de ma grand-mère. Lorsque j’ai commencé, j’ai réalisé des assiettes « champignon », puis je me suis inspirée des fleurs des jardins du Nord : lilas, hortensias, pivoines, seringats, magnolias… J’ai envie d’offrir à ces fleurs éphémères une certaine pérennité.

Dans vos deux métiers, la matière est essentielle. Comment la préservez-vous ?

AT : Les assiettes et la cuisine laissent souvent un souvenir remarquable, on n’oublie ni le contenant ni le contenu. Dans mon métier, chaque ingrédient possède son identité propre. Par exemple, les encornets sont tous différents par leur couleur, leur taille, leur aspect. Et cette diversité contribue à ma liberté d’expression. Mes dressages sont vivants, jamais identiques d’une table à l’autre. Les créations de Virginie ont cette même imperfection qui les rend « parfaites ».

VB : J’ai toujours été affirmée dans mon style, et j’ai la chance de collaborer avec des chefs qui apprécient mon travail pour ce qu’il est. Dès lors, les contraintes sont minimes, je crée par affinité. La gastronomie demande une éducation, et j’ai compris ce que chacun voulait raconter. Alan a une sensibilité artistique particulière, une féminité, une délicatesse incroyable. Mon côté autodidacte m’a beaucoup apporté, car je n’aime que l’imperfection.

Votre plus belle réalisation ensemble ?

AT : J’ai tout de suite été séduit par l’assiette de présentation dans les tons pastel. Je ne pourrais jamais cuisiner dedans tant elle vit par elle-même. Elle donne le ton, elle est l’entrée en matière. Virginie a compris le lieu et ma cuisine, elle a toute ma confiance. J’apprécie son côté humain, sa pudeur, sa discrétion, sa liberté. Je ne lui ai jamais rien commandé. Plus récemment, j’ai eu un coup de cœur pour la poésie et la fluidité de ses photophores, qui reprennent l’esprit marin, le mouvement, les ondulations de la mer et du vent.

VB : Celle qui est apparue comme une évidence est effectivement l’assiette de présentation, il y a deux ans. Je cherchais quelque chose qui parle d’Alan, et c’est venu immédiatement. Aujourd’hui, je fais beaucoup de sculpture. Quand je réalise des assiettes, je trouve cela un peu juste, un peu limitant. J’aimerais un jour imaginer un arbre, des feuilles au plafond, une sculpture pour L’Orangerie qui serait centrale, peut-être même monumentale, qui raconterait une histoire.

L’Orangerie, Four Seasons Hotel George V, Paris 31, avenue George V, 75008 Paris. fourseasons.com
Virginie Boudsocq, olgaetc.com


Lire aussi : Alan Taudon, cuisine de sens et d’émotions


Photo de Une : L’Orangerie © Louise Maring

Article initialement publié le 3 janvier 2025, mis à jour le 22 janvier 2026.

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