Une traboule, ça ne se raconte pas, ça se traverse. On pousse une porte anonyme, on longe une cour intérieure, on grimpe un escalier qui sent la pierre froide, et hop, on ressort trois rues plus loin sans avoir vu le jour changer. Ce sas discret, typiquement lyonnais, est devenu le fil conducteur de la 18e Biennale d’art contemporain de Lyon, qui ouvre ses portes ce samedi 19 septembre pour trois mois. Son titre, « Passer d’un rêve à l’autre », n’a rien d’un hasard poétique : il s’inspire directement de ces passages semi-secrets qu’empruntaient jadis les Canuts pour transporter leurs rouleaux de soie à l’abri de la pluie, avant qu’ils ne servent de refuge à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.
C’est la commissaire australienne Catherine Nichols, basée à Berlin, qui a eu l’idée de faire dialoguer ce patrimoine lyonnais avec deux références plus inattendues : le philosophe allemand Walter Benjamin et son inachevé Livre des passages, et l’artiste Fluxus Robert Filliou, théoricien d’une « économie poétique » qui mêle art et vie. Résultat, une Biennale qui interroge nos manières de produire, d’échanger et de prendre soin les uns des autres.
Trois lieux, trois rêves emboîtés
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Le parcours s’articule autour de trois adresses phares. Le macLYON pour les questions existentielles, la vie, la mort, l’héritage et la dette. Les Grandes Locos pour le volet industriel, entre extraction et circulation des flux. Et surtout un petit nouveau très attendu, le Musée des Tissus, exceptionnellement ouvert pour l’occasion, qui explore les formes de lien et de soin. Sans oublier le musée des Confluences, la Fondation Bullukian, l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne ou encore les traboules des pentes de la Croix-Rousse, accessibles librement. Partout, des « Fêtes Permanentes » composées de canapés chinés et de fauteuils dépareillés invitent à s’arrêter, discuter, ne rien faire du tout : une utopie de salon qui doit beaucoup à Filliou et à son goût de la conversation comme œuvre en soi.
À Lyon, les traboules sont devenues avec le temps des attractions touristiques. Cette 18e édition de la Biennale d’art contemporain leur invente une toute nouvelle fonction : celle de couloir vers l’inconscient collectif d’une ville tournée vers demain. Alors on s’y engouffre, quitte à ne plus trop savoir, en ressortant, de quel côté du rêve on se trouve.
Biennale d’art contemporain 2026, à Lyon du samedi 19 septembre au dimanche 13 décembre 2026. Plus d’infos sur labiennaledelyon.com
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