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La Fondation Diptyque, jardinier du monde

Créée en février dernier, la Fondation Diptyque a récemment inauguré le parterre des jardins de la Villa Médicis à Rome, dont elle est mécène. Une façon pour la maison d’olfaction d’élever le patrimoine végétal au rang des arts et d’en préserver les savoir-faire.

Judith Spinoza

Il y a environ un an, la Villa Médicis organisait une exposition autour de l’œuvre Le Citron d’Édouard Manet, en hommage à cet agrume qui foisonnait jadis sur le vaste domaine de la bâtisse acquise en 1576 par Ferdinand de Médicis. Cet éminent ecclésiastique et homme politique toscan était tombé lui aussi sous le charme de l’arbre et de son fruit.

Gageons que les 20 citronniers installés depuis le 13 juin, selon une scénographie mêlant le travail de la céramiste Natsuko Uchino et de la poétesse Laura Vazquez, ne lui auraient pas déplu. En son temps, l’ancien maître des lieux aurait certainement convié lui-même ces artistes – soutenues par la Fondation Diptyque – à venir sublimer la savante composition de plates-bandes, d’allées et de plantes en pots qui égrènent avec symétrie le parterre faisant face à la majestueuse façade de l’Académie de France.

La céramiste franco-japonaise a ainsi créé une série de pots uniques, mariant geste contemporain et tradition artisanale toscane. La femme de lettres, pensionnaire de la Villa Médicis en 2022-2023 et lauréate du Prix Goncourt de la Poésie en 2023, a composé et gravé un mot de son poème 20 Pierres sur chacune des pierres taillées à la main, formant les socles des pots.

Plus de six siècles après que les poètes classiques codifiaient les jardins de la Renaissance comme des « lieux délectables » répondant à sept critères – fleurs, simples, arbres, fruits, cours d’eau, ombre et douce brise – la Fondation Diptyque choisit de raviver cette tradition par une « relecture par l’art, qui prolonge le regard créatif posé par les trois fondateurs sur l’univers de l’olfaction, du graphisme et de l’objet ». Et, parallèlement, de « valoriser la richesse botanique ainsi que l’usage des plantes et des agrumes dans les traditions culturelles », à travers la création de nouveaux espaces du jardin dédiés aux simples et aux agrumes.


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Gardien fertile

« Réenchanter la Villa », dit-on chez Diptyque. Ou « cultiver son jardin », quand bien même celui-ci serait le monde. Sur les sept hectares d’exception que compte l’Académie de France à Rome, la toute jeune Fondation, créée en février dernier autour de trois grands axes – protéger et préserver notre patrimoine végétal, favoriser la recherche artistique à travers un dialogue entre art et nature, et encourager la reconnexion avec la nature – alimente déjà puissamment la sève de sa mission.

Mission entamée en mars dernier avec, d’un côté, le mécénat de l’Herbier national du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris, véritable archive vivante de la biodiversité ; de l’autre, la création de l’École supérieure de jardin en association avec l’École nationale supérieure de paysage de Versailles.

Dans cet esprit, la Fondation a initié un premier programme de résidence inédite, cocréé avec cette nouvelle École, au contact du genius loci de la Villa Médicis. Cours d’histoire des jardins et visites de terrain : pendant une semaine, les futurs maîtres jardiniers pourront consolider et appliquer leurs savoirs in situ, encadrés par un panel d’experts.

Si Érasme traversait le monde à la recherche des contrées où fleurissaient culture et humanisme, Diptyque, elle, est partie à la rencontre de ses jardins. Par ce soutien, la Fondation Diptyque invite chacun, dans une démarche tout aussi humaniste, à faire fleurir et « redécouvrir la beauté du monde naturel ». Là où, selon sa présidente Laurence Semichon, « les arts dialoguent avec la nature ».

diptyqueparis.com


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Photo de Une : © Daniele Molajoli / Giardino del Parterre

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