Une bastide fortifiée du XVe siècle, achetée grâce aux succès de La Maison près de la fontaine et Le Sud, quelque part dans le Quercy. À l’intérieur : un studio d’enregistrement, des toiles empilées, des gravures, des carnets. Et un homme qui, depuis son installation à La Taillade en septembre 1977, avait décidé de couper avec Paris, avec le star-système, avec tout ce que la notoriété charrie de bruit. C’est là que Nino Ferrer, chanteur mais aussi peintre, a créé pendant vingt ans, en silence.
L’exposition Nino Ferrer, peintre, présentée au musée Henri-Martin jusqu’au 31 décembre, est une première dans un musée de France : jamais l’œuvre plastique de l’artiste n’avait fait l’objet d’un regard aussi scientifique et institutionnel. Le corpus réunit peintures, dessins et gravures – une pratique entamée dès les années 1950, nourrie par ses voyages, sa vie de famille et les paysages lotois. Collines, horizons ouverts, figures hybrides aux accents surréalistes : on y reconnaît l’imaginaire de quelqu’un qui, selon la formule d’André Breton, a « cessé de se désirer ailleurs ».
Nino Ferrer, le peintre que personne ne connaissait
Le parcours s’articule autour de trois ensembles : œuvres surréalistes, voyages et souvenirs, cycle biographique intime. C’est son fils Pierre Ferrari, architecte d’intérieur et scénographe, qui a réuni plusieurs centaines d’objets personnels (vêtements, costumes de scène, talismans). Son autre fils, Arthur Ferrari, a signé l’accompagnement sonore. Une affaire de famille, donc, pour exhumer ce que La Taillade avait gardé si longtemps pour elle.
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L’exposition s’appuie également sur un travail scientifique inédit, associant des spécialistes du surréalisme, et donnera lieu à un catalogue conçu comme référence critique. Les gravures, tirées à 50 exemplaires selon les instructions de l’artiste, éditées après sa mort, seront présentées en trois accrochages successifs pour préserver ces œuvres sur papier.
Parmi les œuvres, La Désabusion, une huile sur toile de 1992, est peut-être la plus révélatrice. Nino Ferrer avait forgé ce terme à partir du vieux français abusion, qui désigne l’illusion, la tromperie de l’esprit. En être arraché, c’est accéder à une forme de lucidité, parfois teintée de désenchantement. Il avait choisi cette toile pour la pochette de son album éponyme, en 1993. Elle résume quelque chose d’essentiel : chez Nino Ferrer, peindre n’était pas un hobby de musicien épuisé. C’était une autre façon, tout aussi radicale, de dire le vrai. Reste à subir soi-même la désabusion : se faire arracher la chimère d’un artiste qu’on pensait avoir compris.
Nino Ferrer, peintre, jusqu’au 31 décembre 2026, Musée Henri-Martin, 792 rue Émile-Zola, 46000 Cahors. Tarif plein : 9 €. Tarif réduit : 5 €. Gratuit pour les moins de 18 ans. museehenrimartin.fr
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Photo de Une : Monde Extérieur, Nino Ferrer, 1990, Acrylique sur toile, 128 x 160,5 cm. © A. Tornel, MHM



