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Paris Luxe Football Club

Les enfants de Bernard Arnault ont créé la surprise en devenant actionnaires majoritaires de club de football Paris FC. Histoire d’un deal pas comme les autres.

Rémy Dessarts

Aix-en-Provence, vendredi 5 juillet, 11h00 du matin. Comme tous les ans au début de l’été, le campus de l’université de la ville accueille chefs d’entreprise, politiques, économistes et journalistes à l’occasion des Rencontres Économiques, un événement très suivi qui fait le point sur les grands problèmes du monde. Cette édition est écourtée en raison des élections législatives, dont le deuxième tour se déroule dimanche 7 juillet. Les ministres en passe de perdre leur poste ne sont pas venus.

Dans les allées chauffées par le soleil, l’inquiétude quant à l’issue du scrutin se lit sur presque tous les visages. Pas sur celui de Pierre Ferracci. Le président du groupe Alpha, une entreprise de conseil spécialisée dans les relations sociales, reste étonnamment rayonnant. L’homme d’affaires déambule, le sourire aux lèvres, avec sa sacoche sous le bras. En discutant avec lui quelques minutes, nous comprenons vite la raison de cette bonne humeur.

Il est en passe de résoudre un problème épineux dans sa deuxième vie, celle de président du Paris FC, le club parisien de football qui opère en Ligue 2. « J’ai trouvé un partenaire pour assurer son développement dans les années à venir, nous affirme-t-il. Son nom sera annoncé très bientôt. »

Nous tentons de le cuisiner un peu. Nous le sondons notamment sur l’hypothèse de capitaux qui proviendraient du Moyen-Orient, à l’exemple des Qataris au PSG, l’équipe phare de la capitale. Mais il reste évasif. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que cela va surprendre tout le monde », prévient-il avant de se diriger vers la table ronde à laquelle il participe.

Une fuite dans la presse

L’été est passé. Le championnat de Ligue 2 a repris. L’annonce promise s’est fait attendre. Cela n’a pas empêché le club de Pierre Ferracci de bien entamer la saison. Le Paris FC occupe même la tête du classement quand, le 9 octobre, le quotidien sportif L’Équipe sort une information exclusive de taille : la famille Arnault qui dirige LVMH, le géant mondial du luxe, serait sur le point de prendre le contrôle du club, accompagnée par le groupe Red Bull déjà présent en Formule 1 (avec Max Verstappen) et dans le football (avec les équipes de Leipzig en Allemagne et de Salzburg en Autriche).

Quelques années plus tôt, la rumeur avait déjà couru d’un intérêt possible de la famille française pour la prise de contrôle d’un prestigieux club italien, le Milan AC. Un démenti cinglant l’avait stoppé net. « C’est bullshit », nous avait assuré un porte-parole de LVMH. Les médias italiens et les nombreux sites d’informations consacrés au football étaient donc passés à autre chose.

Cette fois, c’est différent. Le 17 octobre, un communiqué officiel confirme l’information du quotidien. Les Arnault achètent, pour un montant gardé confidentiel, 52 % des parts du Paris FC et Red Bull, 10,6 %, Pierre Ferracci restant actionnaire minoritaire et président. Jusqu’à cette fuite dans la presse, le secret avait été bien gardé. Et très longtemps, puisque ce deal a été conclu dès le mois d’avril dernier, bien avant Les Rencontres Éphémères d’Aix-en-Provence. A posteriori, on comprend mieux la sérénité affichée du président du Paris FC.

Pour lui, c’est un tournant qui arrive à point. Il a repris ce club – créé en 1969 à l’initiative de la Fédération française de football qui souhaitait étoffer l’offre de football professionnel à Paris – en 2012. Bon gestionnaire, il l’a mené au sommet de la deuxième division française, sans jamais verser dans la folie des grandeurs qui guette les investisseurs du ballon rond.

Au contraire, il a développé un centre de formation des jeunes talents, avec le concours de partenaires comme le groupe Vinci. Il a aussi misé à fond sur la mixité et la parité en fusionnant avec le club francilien de Juvisy : l’équipe féminine du Paris FC qui en est issue est devenue l’une des meilleures de France. Elle s’est même qualifiée pour l’UEFA Women’s Champions League.

Cas unique en France, les femmes du club disposent rigoureusement des mêmes moyens pour s’entraîner que leurs homologues masculins. Sur les terrains, ceux-ci ne déméritent pas. Malgré le handicap de jouer dans un stade Charléty peu adapté au football et souvent aux trois quarts vide – au point que les supporters adverses sont parfois les plus nombreux –, ils ont échoué trois fois déjà in extremis dans leur quête d’accession à la Ligue 1, battus lors des barrages. Mais la dernière marche est très haute, très chère aussi. Surtout si l’objectif est de disputer à terme les compétitions européennes réservées aux cinq meilleurs clubs français.

Un enjeu de souveraineté nationale

Le dirigeant cherchait un repreneur capable de faire ce saut vers l’élite. De leur côté, les cinq enfants de Bernard Arnault voulaient investir dans ce sport à travers la structure familiale Agache. La rencontre s’est opérée sous l’égide de la banque d’affaires Rothschild, mandatée au début de l’année 2024 par Pierre Ferracci pour dénicher l’oiseau rare.

Dans un premier temps, plusieurs investisseurs étrangers se sont positionnés, dont les actionnaires du club italien Atalanta Bergame. Jusqu’à l’entrée en piste d’Antoine et Fréderic Arnault, l’aîné de la fratrie et l’un de ses jeunes frères. La première rencontre avec le président du Paris FC s’est déroulée le 22 avril. Après les démarches financières et juridiques d’usage, l’affaire a été conclue assez rapidement.

Comment le secret a-t-il été gardé aussi longtemps ? En limitant au maximum le nombre de personnes mises dans la confidence. Même Emmanuel Macron, qui s’intéresse beaucoup au monde du football et entretient de très bonnes relations avec les deux familles – Marc Ferracci, l’un des fils de Pierre Ferracci, a fait partie du gouvernement Barnier – n’a pas été informé !

Le 20 novembre, Antoine Arnault et Pierre Ferracci se sont expliqués devant les journalistes venus en nombre au centre d’entraînement du club à Orly. Chacun dans leur registre, ils ont insisté sur l’approche qualitative qui les motive.

« Ce partenariat me ravit aujourd’hui et ravit surtout l’ensemble du club, a martelé le président du Paris FC. Le football est un peu à l’image de la société avec toutes ses belles valeurs et parfois aussi tous ses méfaits, toutes ses difficultés. Je pense depuis longtemps qu’avec l’arrivée de groupes ou de familles qui contrôlent des groupes puissants, on a plus de chances de faire tomber le football du côté des valeurs de dépassement ou d’émulation qui font rêver les enfants, qui font qu’ils ont les yeux qui s’écarquillent quand ils regardent de grands joueurs de football ou de grandes équipes de football. L’arrivée de ces forces économiques dans ce sport est une nécessité en France. »

Et c’est encore mieux si ces acteurs sont français. « Si le football, ce n’est pas l’industrie nucléaire, l’industrie aéronautique ou l’industrie automobile, il y avait quand même un enjeu de souveraineté nationale, analyse Pierre Ferracci. Et le fait que des forces économiques, et celles-là notamment, puissent s’intéresser au sport en général et au football, tout particulièrement au Paris FC, ça me ravit tout à fait. »

En écho, le représentant de la famille Arnault a dévoilé ses intentions. « C’est un projet familial qu’on a initié avec mes frères et ma sœur, a expliqué Antoine Arnault. Nous avons longuement discuté et nous avons trouvé que c’était une bonne idée de s’investir dans un projet qui soit différent de nos activités classiques que sont les industries du luxe, de la mode et de la maroquinerie. Certains d’entre nous avons la passion du football. C’est mon cas depuis que j’ai une dizaine d’années ! Nous voulons aussi rendre à la société à travers son sport le plus populaire, rendre à Paris, rendre à notre pays ce qui nous a été donné. »

Un projet très excitant

Avant d’insister sur l’apport de Red Bull dans ce projet. « Nous sommes entrepreneurs, certes, mais on sait aussi ce qu’on ne sait pas faire, a-t-il reconnu. Nous avons une certaine compétence en matière d’organisation et de management, mais, il faut bien le dire, aucune en matière de management d’une équipe de football et de stratégie footballistique. Red Bull a une compétence très forte en matière de football. À l’exemple de leur histoire extraordinaire à Leipzig, à Salzbourg ou dans d’autres clubs dans le monde. »

De ce point de vue, l’arrivée de Jürgen Klopp, l’ancien entraîneur de Liverpool, au poste de patron du football de Red Bull (Global Head of Football) tombe à pic. « Il est très excité par ce projet », assure Antoine Arnault. Pas question pour autant de brûler les étapes. « C’est important de faire les choses progressivement, de construire, de grandir et de s’améliorer, mais en faisant les choses graduellement, pas à pas, tempère-t-il. Dans le sport, les incantations, ça ne marche jamais très bien. Le temps long, c’est quelque chose que nous connaissons dans notre groupe. On laisse le temps aux Maisons, on laisse le temps aux équipes de se structurer, de créer cette espèce de magie qui peut exister. »

La philosophie du luxe appliquée au ballon rond peut-elle réussir ? Oui, mais à condition de marquer des buts dans les matchs les plus importants. Et parfois, c’est compliqué. Plus compliqué que de produire de beaux sacs en cuir ou des montres sophistiquées.

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Lire aussi : LVMH, l’innovation made in France


Photo de Une : Pierre Ferracci et Antoine Arnault

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