sonia sieff

Sonia Sieff célèbre l’homme

Fille de Jeanloup Sieff, à qui l’on doit le cliché iconique d’Yves Saint Laurent nu, Sonia Sieff possède elle aussi ce sens unique du portrait et de l’intime. Elle nous dévoile une part très personnelle de son travail avec Rendez-vous!, un livre dans lequel elle a shooté une cinquantaine d’hommes nus un peu partout en Europe.

Olivia de Buhren

Comment est né ce projet ?

J’ai toujours eu envie d’explorer le nu masculin. Il y avait peu d’ouvrages à l’époque sur ce thème, ce n’était pas dans l’air du temps. Les maisons d’édition avaient certainement besoin d’être rassurées. Quand je me suis enfin lancée, j’ai voyagé pendant trois ans un peu partout en Europe à la rencontre d’hommes tous très différents et inspirants.

Y a-t-il un message derrière Rendez-vous! ?

J’ai voulu célébrer l’homme, mais aussi rééquilibrer les choses dans la culture entre féminin et masculin. Il était important pour moi de rappeler que, depuis des siècles, eux aussi se mettent à nu, comme nous les femmes. Comme il n’existait pas de livres de référence autour du nu masculin, je trouvais important de le faire. Et puis, ce projet, c’est aussi une sorte d’introspection pour moi…

Comment décririez-vous votre livre ?

Le titre est un jeu de mots entre le rendez-vous romantique et l’idée de se rendre, de baisser les armes ! J’ai imaginé un livre de photos de nus masculins porté par un regard féminin. J’invite chacun à questionner la représentation de la masculinité, avec ses failles et ses reliefs, en regardant chaque corps selon sa propre perception.

Êtes-vous en couple ?

Non. Je l’étais avant de réaliser ce livre mais, aujourd’hui, je suis célibataire, maman de deux petits enfants.

 

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Auriez-vous pu réaliser ce livre si vous aviez été avec quelqu’un ?

Si j’avais eu un homme compréhensif, éveillé, fier de moi, une vraie épaule, oui. Sinon, je suis très heureuse avec mon gang de femmes et d’hommes qui me soutiennent et me suffisent amplement. Les artistes hommes ont passé leur vie à photographier des femmes nues. Quand la dynamique s’inverse, peu d’hommes comprennent le projet.

Qui sont tous ceux que vous avez photographiés ?

Je voulais faire une sorte de cartographie des hommes pour comprendre la virilité, la masculinité partout dans le monde, mais j’ai dû m’arrêter à l’Europe. J’en connais certains, d’autres sont de belles rencontres. Chaque photo a sa propre histoire.

Comment les avez-vous choisis ?

Ils ont tous eu envie de vivre cette expérience unique : se dénuder pour une séance photo et oser figurer dans un livre que tout le monde allait voir. Beaucoup ont aimé l’idée de se mettre à nu pour se montrer tels qu’ils sont. C’est un exercice très difficile parce que, finalement, personne ne s’aime vraiment. Ce que je trouve intéressant, c’est ce travail de questionnement, la rencontre, les parcours.

Y a-t-il eu un jeu de séduction entre vous et vos modèles ?

Au début, oui. Mais très rapidement, je suis restée concentrée. Ce n’était pas le propos.

Est-ce difficile de mettre à l’aise un homme nu ?

Je m’adapte. Je pose des questions. C’est mon travail. Je sens le climat. Je m’intéresse à ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Un homme nu, c’est comme un petit garçon, avec toute sa sensibilité.

 

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Avez-vous un nu préféré ?

Il y a des images que j’aime particulièrement, comme la photo à Copenhague avec l’homme de dos. Et aussi l’homme perché : pour moi, c’est le symbole de la liberté absolue…

Avez-vous des regrets ?

J’aurais aimé que certains hommes célèbres osent, et puis je regrette de ne pas avoir pu voyager plus loin pour montrer les hommes partout dans le monde. Je me suis arrêtée à l’Europe.

Quel regard les hommes portent-ils sur ces photos ?

Ceux qui ont posé sont fiers et heureux d’être dans le livre. Les autres lecteurs, quant à eux, sont très positifs, même si certains s’arrêtent sur la taille des sexes… c’est dommage.

Quelle est votre définition de la beauté ?

La beauté est liée à l’émotion, à l’intelligence, à tout ce qui échappe au regard universel.

Quel est le plus bel homme que vous ayez jamais vu ?

C’est un être que j’ai fantasmé, je ne l’ai jamais rencontré. Souvent, il est écrivain, poète, j’ai besoin d’un cerveau bien fait.

Rendez-vous! de Sonia Sieff, aux éditions Rizzoli, 69 €. @sonia_sieff_photography sur Instagram.


Lire aussi : Marguerite de Tavernost, la photo dans la peau


Photo de Une : « Call me by my name », Sonia Sieff, Lisbonne, 2020.

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