Stéphanie de Boüard-Rivoal, Château Angelus - © Paolo Basso

Stéphanie de Boüard-Rivoal, Angelus : « J’entretiens un lien organique avec le domaine »

Huitième génération de Château Angelus, Stéphanie de Boüard-Rivoal en a pris les rênes à l’âge de 30 ans, après une expérience en gestion patrimoniale, à Londres et Genève. Gardienne de l’histoire familiale, elle fait évoluer les vins, se diversifie dans l’hôtellerie/restauration et crée même une ferme. Onze ans plus tard, le domaine de Saint-Emilion a multiplié ses effectifs par sept et sa superficie par quatre. Rencontre avec une femme passionnée et déterminée.

Propos recueillis par Stéphanie Gendron

Vous avez pris la tête de Château Angelus en 2012. Quel regard portez-vous sur ces dernières années ?

Stéphanie de Boüard-Rivoal : La dynamique dans laquelle je me suis engagée se voit consolidée par différents projets initiés dès 2012. Il s’agit de maintenir le niveau d’excellence d’Angelus, tout en veillant à la pérennité familiale du contrôle et de la gouvernance du Domaine. Sur ces deux fronts, des progrès notables ont été réalisés, et il me semble que la trajectoire est la bonne. Cela dit, c’est un travail de longue haleine, et il reste encore beaucoup à faire.

Qu’est-ce qui animait cette envie, dès petite fille, de reprendre le domaine ?

C’était d’éprouver et de partager cette passion, cet ancrage à nos terres, aux côtés de mon père et de mon grand-père. Mon grand-père était un terrien, au sens noble du terme. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, à parler de l’histoire et de la généalogie de notre famille, à déguster ses vins et ceux de mon arrière-grand-père. Cela a incontestablement façonné et nourri le lien organique que j’entretiens avec Angelus.

Depuis, vous avez parfois employé le terme de sacerdoce…

Le terme n’est pas anodin, mais il exprime bien ce que j’éprouve parfois dans l’accomplissement de ma « mission ». Disons que c’est une vocation qui suppose un certain nombre de sacrifices personnels.

Qu’est-ce qui a motivé la décision choix de sortir Angelus du classement des grands crus classés de Saint-Emilion en 2022 ?

Je suis arrivée au moment où Angelus recevait cette nouvelle distinction. J’étais heureuse, car j’y voyais une forme de consécration publique du formidable travail accompli par mon père, qui demeure la figure tutélaire de l’histoire contemporaine d’Angelus. Ce classement, alors basé sur la méritocratie, est rapidement devenu un vecteur d’antagonisme nourrissant de féroces jalousies et des haines recuites. J’ai décidé d’en affranchir Angelus. Cela nous a permis de nous concentrer encore plus sur ce que nous faisons de mieux : de grands vins. Et alors que la conjoncture générale est au repli, Angelus résiste, à rebours de la tendance.

Chateau Angelus 2016

Château Angelus 2016, Le Rayonnant. « 2016 est un millésime rayonnant, à l’image de cet incroyable été qui a façonné son identité et décidé de son destin », Stéphanie de Boüard-Rivoal

Vous faites évoluer le style des cuvées. Comment imprimez-vous votre sensibilité ?

A partir du millésime 2016, j’ai souhaité que le bois soit plus élégamment fondu dans l’ensemble, et que la fraîcheur, la tension et la précision ressortent à un stade plus précoce de la vie de nos vins. Sur Carillon d’Angelus et N°3 d’Angelus, nous changeons d’ère puisque Carillon est désormais élaboré avec un vignoble. J’aime sa trame fine, délicate, fraîche et gourmande, avec une jolie structure en bouche. N°3 est un vin souple, élégant, plein de fruit et d’énergie, qui ne passe jamais en barriques neuves.

Désormais, vous comptez également le Grand Vin Blanc et le Blanc du Milieu…

Je souhaitais, à la table des déjeuners en famille, entre amis ou avec des clients, pouvoir marier Angelus avec n’importe quel plat. C’est le point de départ de ces cuvées de blanc. La production étant extrêmement modeste, je préfère les réserver aux réceptions à la propriété ou à quelques événements spéciaux. Rien n’est cependant exclu pour l’avenir en matière de commercialisation. L’idée était de faire un pas de côté, tout en montrant ce dont nous sommes capables.

Quels espoirs nourrissez-vous pour le millésime 2023 ?

Cette année nous a un peu fait trembler au début du printemps et la fin de l’été avec des précipitations importantes et la menace du mildiou. Mais nos équipes ont relevé le défi pour assurer une récolte de qualité et abondante, avec de magnifiques cabernets francs, de très beaux équilibres. C’est un millésime caractérisé par la tension et la fraîcheur qui nous réserve de belles promesses. C’est le genre de millésimes en demi-teinte dans lesquels Angelus brille avec un éclat particulier.

 

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Pourquoi l’avoir baptisé  « L’Affranchi » ?

Car il a ce côté insolent, enfant terrible qui parvient en dépit d’une grande adversité à un résultat surpassant nos attentes. Il inaugure également une nouvelle ère pour le Domaine qui s’est affranchi d’un certain nombre de règles.

Et qui décrit aussi votre personnalité ?

C’est une hypothèse intéressante… (sourire)

Avec les changements climatiques, pourra-t-on toujours produire le même vin ?

Le climat est un des paramètres qui fonde la notion de terroir, et il est évident que les vins évoluent au gré de la fluctuation de différents paramètres : géologie, exposition, météo, viticulture, vinification… Le changement climatique a donc déjà une incidence sur nos vins, mais le génie humain consiste à s’adapter en permanence. Cela nous aidera à faire face.

Vous créez un nouveau chai pour Angelus. Comment s’intègre-t-il dans votre stratégie ?

En 2012, nous avions mené des travaux d’une envergure sans précédent. Mais le cuvier n’avait pas été touché. Entre-temps, le développement de la propriété a rendu une extension nécessaire. C’était l’occasion de le reconstruire intégralement. Ce chai sera singulier et fonctionnel. Il sera semi-enterré, avec des cuves tronconiques inversées et suspendues, en bois, inox et béton. Les parois seront ondulées pour mieux absorber la charge. Et nous en profitons pour réaliser quelques travaux d’embellissement

Vous avez inauguré au printemps la Ferme 1544. Quel en est l’objectif ?

Nous avons développé l’agroforesterie sur le domaine depuis longtemps. Nous sommes animés par la philosophie d’une viticulture et d’une agriculture propres, vertueuses et durables. Produire pour nos salariés et nos invités à la propriété et revenir aux fondamentaux de l’entreprise agricole – avec des animaux et des légumes – me paraissait donc avoir beaucoup de sens. Nos premiers clients sont nos restaurants. Nous allons également créer un laboratoire de transformation sur place.

Quelle est l’ambition de cette stratégie de diversification ?

C’est une vision d’ensemble. Il s’agit d’un nouvel écosystème qui permet d’inscrire ces notions de protection de l’environnement et des sols. C’est un prolongement du coeur de nos activités. Les restaurants et les hôtels représentent une part relativement faible, bien qu’ils soient en croissance. A Saint-Émilion, le Logis de la Cadène, tout juste rénové, vient d’accueillir son nouveau chef, Thibaut Gamba (1 étoile au Clarance). A Bordeaux, le Gabriel s’apprête à recevoir le chef Bertrand Noeureuil (Plénitude). J’avais soutenu leur prédécesseur, Alexandre Baumard, dans sa quête de l’étoile. Je les accompagnerai avec le même enthousiasme.

Comment anticipez-vous la succession du domaine ?

Cela a été l’une de mes préoccupations dès le départ. Je crée les conditions pour que l’on puisse transmettre à la neuvième génération, ce qui suppose de consolider le capital pour en éviter la dilution. Cela a nécessité des acquisitions assez lourdes. J’espère que la génération suivante aura cette même passion pour le Domaine, et qu’elle sera à la fois volontaire, capable et méritante. Nous y travaillons chaque jour.

Stéphanie de Boüard-Rivoal, Angelus

Stéphanie de Boüard-Rivoal, avec son père, Hubert de Boüard et ses enfants, dans les vignes d’Angelus. ©Deepix

Comment transmettez-vous cet attachement à vos enfants ?

Ils goûtent le raisin, participent aux vendanges, cueillent avec moi les baraganes. C’est très important pour moi et cela m’émeut. Mon père – qui en avait reçu un de son père à l’âge de 7 ans – leur a offert un sécateur à chacun. Ils comprennent déjà cette notion de transmission, mais que tout se mérite. C’est le début d’un long parcours initiatique…

Quelles sont vos ambitions pour la suite ?

Je souhaite qu’Angelus continue à occuper cette place au sommet de la viticulture mondiale, qui compte quelques dizaines de maisons tout au plus, et m’assurer que nos vins brillent d’un éclat toujours plus intense, millésime après millésime.


Infos pratiques :

www.angelus.com


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