Thierry Wasser, nez pour le plaisir

Truculent et créatif, ce Suisse délicat est le défenseur le plus exigeant du patrimoine olfactif de la Maison Guerlain. Il a su tracer son propre sillage en proposant une parfumerie de volupté et de frivolité.

 

Lionel Paillès

Il y a du sale gosse chez ce parfumeur encostardé jusqu’à la glotte qui a le don de distiller pas mal de malice et d’espièglerie dans un monde où règne l’esprit de sérieux. Charmeur et charmant, il fait un excellent compagnon de tablée, jamais avare d’un calembour ou d’un bon mot, parfois d’une anecdote croustillante sur les frères Guerlain, et sait se tenir loin de ceux qui moralisent, des pontifiants et des ennuyeux.

Élevé dans un petit village au-dessus de Montreux, il aime raconter qu’il a atterri dans ce métier par hasard, minimisant au passage le talent inné de « chien truffier ». Depuis le 2 juin 2008 qu’il préside aux destinées des parfums Guerlain, ce natif de Lausanne a plusieurs fois fait sauter la banque avec La Petite Robe Noire, L’Homme Idéal ou Mon Guerlain. Si l’on y regarde bien, certains de ses parfums de plaisir sont marqués au sceau de cette insouciance-là, qui n’est jamais de l’inconscience. Mais c’est comme si son rêve était ailleurs. Ce chouette Helvète, passionné d’herbiers et de botanique, n’a pas forcément cette âme d’artiste solitaire (il partage d’ailleurs une partie de la création avec Delphine Jelk). Il a plutôt un besoin vital de l’énergie de l’équipe, de l’échange et du partage. Ce qu’il aime plus que tout, c’est passer son mercredi en blouse blanche brodée à ses initiales TPW (pour « Thierry Patrick Wasser ») à Orphin, l’usine près de Rambouillet, entouré par les ouvrières. De là, il a une vue imprenable sur tout le processus, de la réception de la matière première à la mise en flacon en passant par le contrôle qualité. Autre violon d’Ingres : sauter dans l’avion et parcourir le monde, à l’image de ces parfumeurs-explorateurs d’autrefois, à la recherche de matières naturelles d’exception, comme la rose damascena ou la fleur d’oranger qu’il n’en finit pas d’aimer, et de consolider jour après jour les filières d’approvisionnement. S’il est étranger à la lignée Guerlain (c’est même le seul parfumeur dans ce cas depuis Pierre-François Guerlain), celui qui a fait ses gammes chez Givaudan et Firmenich (des laboratoires made in Switzerland) n’est pas peu fier d’avoir accroché son portrait à l’illustre galerie. L’hédoniste qu’il est a digéré cet héritage aussi glorieux qu’écrasant, préférant les parfums de plaisir aux « jus de crâne » trop intellos et frigides, quitte à prendre le risque de plaire plutôt qu’étonner.    

Trois parfums qui le racontent si bien

1. Habit Rouge. Ce parfum oriental que Thierry Wasser porte depuis l’âge de 13 ans est à l’origine de sa vocation de parfumeur.

2. La Petite Robe Noire. Blockbuster qui a fait le hold-up sur une pièce iconique de la mode en mariant réglisse, cerise noire et patchouli.

3. Mon Guerlain. Retour à la signature maison et clin d’œil à Jicky, ce déjà-classique est incarné à l’écran par Angelina Jolie.

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