Quels souvenirs gardez-vous de l’enseignement du latin ?
Louise Bourgoin : Ma maman était agrégée de lettres, et il était important pour mes parents que je sois dans une bonne classe. À l’époque, les classes d’élite étaient celles où l’on étudiait l’allemand et le latin, ce qui fait que j’ai suivi des cours de ces matières durant tout mon collège. Je n’étais pas très douée, je trichais un peu et je me rappelle qu’une de mes professeurs m’avait fait apprendre la chanson Bouge de là de MC Solaar en latin. Ça m’avait beaucoup amusée, je m’en souviens encore. Elle essayait de moderniser cette langue, comme Rodolphe dans le film.
Quel est votre parcours scolaire ?
J’ai obtenu un baccalauréat L, option arts plastiques, puis j’ai étudié cinq ans aux Beaux-Arts. Ayant raté le CAPES d’arts plastiques, je suis partie à Paris, j’ai travaillé sur la chaîne Filles TV, j’ai passé le casting pour être miss météo du Grand Journal sur Canal+, et ma vie professionnelle a démarré…
Avez-vous accepté ce film à cause de ces souvenirs de classe ?
Pas du tout. Pour une fois, on me proposait une comédie drôle et intelligente dans un décor exotique. Et puis le sujet est très singulier. J’ai adoré travailler avec la réalisatrice Émilie Noblet. Quant à Xavier Lacaille, c’est pour moi la révélation du film ! Le fait qu’on ait dix ans d’écart ne gêne en rien, c’était un vrai plaisir de jouer à ses côtés.
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Avez-vous dû vous remettre au latin pour le film ?
Oui, j’ai appris quantité de phrases dans cette langue. Mon enseignant était le fils de François Bayrou, et il s’est montré formidable ! Au départ, il y avait beaucoup de scènes d’amour à Pompéi avec Francesco Montanari, durant lesquelles je lui clamais des poèmes en latin pour l’exciter… Finalement, ces scènes ont été retirées, mais moi, je peux les réciter encore aujourd’hui, ces poèmes !
Vous aviez déjà joué le rôle d’une professeur de biologie dans Un métier sérieux, de Thomas Lilti. Est-ce que cela vous a aidée pour ce rôle ?
Oui, mais il s’agit vraiment de deux personnalités d’enseignantes diamétralement opposées. La première était en bout de parcours alors que Delphine n’en est pas au même stade dans sa vie professionnelle. Elle est désabusée mais jeune. Ce qui est amusant, c’est qu’elle ment à tout le monde, mais pas à ses élèves. Elle leur dit la vérité, elle les met dans les secrets de la tricherie comme si elle redevenait elle-même une enfant. Elle leur fait confiance.
Comment avez-vous travaillé avec ces jeunes ?
Ils avaient entre 15 et 20 ans, étaient tous très connectés et affichaient donc un rapport décomplexé avec l’image et le cinéma, se montrant très à l’aise avec la caméra. Entre deux prises, ils faisaient des stories. Ils n’étaient ni intimidés ni effrontés. C’était d’ailleurs assez agréable de jouer avec eux. Tout d’un coup, les scènes étaient plus spontanées, cela m’a permis de sortir de mes sentiers balisés. Grâce à eux, nous avons beaucoup improvisé !
Est-ce que vous mettriez vos enfants au latin ?
Pour l’instant, ils sont petits, donc je n’ai pas encore ce type de préoccupations, mais ce qui est certain, c’est que je ne forcerai pas mes enfants à en faire s’ils n’ont pas envie. En tout cas, la personne qui m’a réappris le latin m’a passionnée, il m’a raconté que l’on entre dans l’intimité de gens qui ont vécu 2 000 ans avant nous. J’aime cette idée de transmission et de connexion avec le passé.
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Delphine ment beaucoup, mais cela n’a pas l’air de la déranger…
Elle mène une vie très libre, elle couche le premier soir sans aucune culpabilité. On ne cherche pas à expliquer pourquoi. Elle est à la fois décomplexée et amorale, avec un côté véritablement désenchanté. Elle ne croit pas aux potentialités de ses élèves, donc elle ment comme elle respire, et ça ne la gêne pas du tout. À un moment, elle dit à Xavier Lacaille : « Mes élèves, quand ils sont entrés en seconde, c’étaient des pages blanches et aujourd’hui encore, ce sont toujours des pages blanches. » C’est sa vie, c’est ainsi !
Et vous, Louise Bourgoin, êtes-vous une bonne menteuse ?
Au contraire, je suis très sincère. Cela peut d’ailleurs me poser des problèmes, par manque de tact.
Il y a deux parties dans ce film : celle en France et celle en Italie avec Rodolphe, interprété par Xavier Lacaille. Sa présence modifie vraiment le cours de l’histoire…
En effet. Il n’est pas professeur, mais il croit encore au fait qu’on puisse changer les élèves. Il va se battre pour remettre du challenge dans le cœur de Delphine et introduire un comique de situation dont elle avait terriblement besoin.
L’idée est amusante de vouloir rendre cette langue morte « vivante ». Par exemple, Rodolphe chante en latin du Céline Dion…
La seule façon de redonner à ses jeunes l’envie de s’intéresser à une langue morte, c’est de la moderniser avec humour. Les élèves ont adoré cette idée !
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Un mot sur l’Italie : c’est quand même le rêve de tourner dans de pareils paysages…
Nous étions bouche bée devant ce décor fou de Pompéi. Nous avons tourné un mois à Naples avec un temps merveilleux, excepté une scène sous une pluie battante, mais Émilie, la réalisatrice, a bien géré la situation.
Qu’avez-vous appris sur vous-même dans ce film ?
Cela m’a rappelé que j’aimais improviser. Je viens de la télévision et de l’humour, mais, étonnamment, on me propose beaucoup de rôles tragiques. Cela faisait sept ans qu’on ne m’avait pas envoyé un scénario de comédie, ça m’a fait très plaisir.
Racontez-nous un souvenir particulier concernant Bis Repetita…
Je bois en général très peu d’alcool, mais j’ai bu lors de la fête de fin de tournage et j’étais un peu pompette. Ce sont les jeunes comédiens qui jouent mes élèves dans le film qui m’ont ramenée à l’hôtel et m’ont couchée ! J’avais l’impression d’être Blanche-Neige avec les sept nains…
Bis Repetita, d’Émilie Noblet avec Xavier Lacaille, Noémie Lvovsky et Louise Bourgoin.
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Photo de Une : © Fred Meylan / H&K




