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Naoshima et Teshima, les îles-musées

Le Japon, sur les traces d’un grand Empire (2/4). « Ce que l’on appelle le beau n’est d’ordinaire qu’une sublimation des réalités de la vie. » Sous la plume de Jun’ichirō Tanizaki naît un Japon des traditions et de la contemplation, qui vit avec son entourage comme dans un éternel remerciement. L’œuvre de cet auteur à lire avant tout départ, Éloge de l’ombre (1933), dépeint l’harmonie entre la pénombre et la nuit indomptable qui a façonné l’Empire du Soleil-Levant, illustrant une culture de gratitude envers la beauté insufflée ainsi que la capacité de l’homme à la sublimer.

Que ce soit à travers la création de laques reflétant les soupes à la lueur d’une source de chaleur, l’utilisation du kintsugi pour magnifier le passé d’un objet sous faible luminosité ou simplement par l’observation des rues désertes sous le halo d’un lampadaire, chaque élément du quotidien invite à une réflexion sur l’essence de l’âme nipponne. Sur cette terre où la nature est sacrée et où les principes shintoïstes enseignent que tout élément possède une âme à respecter et à apprécier, une sensibilité particulière se révèle dans chaque acte et geste du quotidien. Cet archipel, porteur d’un sens profond de l’héritage, propulse tout visiteur au-delà de ses frontières, à la découverte d’un autre monde.

Jade Mahdavi

Il s’agit là de pèlerinages artistiques à faire au moins une fois dans sa vie. L’île de Naoshima a longtemps connu un certain anonymat avant que la famille Bennesse ne décide d’y installer plusieurs musées et de spectaculaires œuvres in situ. Aujourd’hui, c’est un lieu de rendez-vous incontournable pour tous les amateurs d’art contemporain.

Dans le Musée d’Art de Chichū, une construction labyrinthique ensevelie sous terre, on se retrouve propulsé dans un autre espace-temps. Sous la signature bétonnée de l’architecte japonais Tadao Andō, on fait face à un jeu constant entre lumière et pénombre afin de comprendre les différentes œuvres exposées. Entre les jeux de perspective de James Turrell, les plus beaux Nymphéas de Monet ou l’œuvre monumentale de Walter De Maria, on prend conscience de sa propre existence dans un environnement où tout a l’air infini.

 

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C’est peut-être pour ça qu’on décide d’entreprendre un si lointain voyage : perdre ses repères pour mieux les retrouver ensuite. Il en va ainsi également avec l’Art House Project, toujours sur Naoshima, qui consiste à confier à des artistes la réhabilitation de maisons et de constructions traditionnelles abandonnées, dont les habitants sont partis pour la ville. Différentes maisons reconverties sont à découvrir au fil de la déambulation. Une rencontre entre un artiste et le promeneur placée sous le signe de l’humour, de la poésie ou de la spiritualité.


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Trouver la paix intérieure à Teshima

L’île de Teshima, quant à elle, nous invite à découvrir Archives du Cœur, une œuvre participative et immersive de l’artiste français Christian Boltanski. Le visiteur pénètre dans une pièce seulement illuminée par une ampoule clignotant selon le tempo scandé par des battements de cœurs, ceux de femmes et d’hommes ayant participé à l’expérience. Une salle d’enregistrement est d’ailleurs mise à disposition pour ceux qui souhaitent intégrer le projet.

 

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Mais ce pèlerinage peut aussi être un moyen de se retrouver avec soi-même et d’essayer de trouver, le temps d’un instant, la paix intérieure. Au Musée de Teshima, sans doute l’endroit le plus paisible au monde, on se lance dans un travail d’introspection initié par le silence de l’Homme et le bruit offert par la nature. Dans cet antre en béton pourvu d’ouvertures vers le ciel, il n’y a place que pour le silence, la méditation et le son du vent. Une sensation indescriptible.


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Photo de Une : Benesse House Museum © Jade Mahdavi 

Article initialement publié le 7 juin 2024, mis à jour le 14 avril 2025.

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