Posé au milieu des gratte-ciel, l’Hoshinoya Tokyo apparaît sous la forme d’un impressionnant monolithe noir habillé ton sur ton d’une fine résille d’acier. Plutôt que d’un hôtel, il convient de parler ici d’un ryokan, à savoir un établissement vivant selon les codes des auberges traditionnelles.
Fondée au début du siècle dernier par Kuniji Hoshino, la chaîne d’hôtels éponyme célèbre en effet l’art japonais de l’hospitalité. Chaque établissement est conçu sur un format unique, de façon à s’intégrer parfaitement dans son environnement. Pour celui de Tokyo, il aura fallu attendre 2013 pour trouver son emplacement idéal : au-dessus d’une source thermale qui permet d’offrir à la clientèle l’un des seuls onsen naturels de la capitale.
Pyjama et kimono au sein d’Hoshinoya Tokyo
Dès le pas de la porte, l’immersion est totale. On ne pénètre d’ailleurs pas ici par un lobby mais par un genkan, vestibule dans lequel il convient d’abandonner ses chaussures. Et c’est en chaussettes que l’on s’élève vers les étages, tous organisés autour d’un salon commun, chacun formant un petit ryokan indépendant où il est possible de trouver à toute heure du jour et de la nuit le réconfort d’un thé ou de quelques douceurs.
Aux fenêtres, les shōji, ces parois de papier translucide monté sur une trame en bois, participent d’un travail d’accord subtil entre éclairages naturel et artificiel. Tout concourt à donner le sentiment de l’intime et du chez-soi, y compris les pyjamas prêtés par l’hôtel, dans lesquels chacun est invité à se promener en toute décontraction à son étage. Pour se rendre au onsen ou au restaurant, un plus élégant kimono est mis à disposition. Après les chaussures, c’est ainsi toute la panoplie européenne qui se trouve remisée au dressing.
Pour préserver cette atmosphère intimiste, l’hôtel a fermé les portes de son restaurant aux personnes qui ne logent pas entre ses murs. Et, contrairement à la plupart des grands hôtels occidentaux, celui-ci n’est pas situé au dernier étage mais en sous-sol. Aux plaisirs mondains se substituent les délices d’un dîner en tête-à-tête, dans ce qui semble être une caverne creusée au cœur des fondations d’une cité anéantie.
Renseignements pris, on se trouve dans l’ancien étage réfrigéré de ce qui fut la résidence d’un daimyo, c’est-à-dire un grand seigneur évoluant sous les ordres directs d’un shōgun.
Ivresse totale
Dans les assiettes se succèdent des aliments tout droits sortis d’un précis de biologie extraterrestre : coquillages et mollusques se mêlent aux couleurs chatoyantes de légumes inconnus et de chairs exquisement tendres. N’eût été la présence sur la carte des plus grandes appellations bourguignonnes, on douterait d’être encore sur Terre.
Le repas achevé, le dépaysement continu avec, au choix, une représentation de gagaku, art scénique japonais mêlant musique et danse, ou une méditation dans le onsen situé sur le toit. Face au ciel de Tokyo, dans une eau thermale à 41 °C, entre de hauts murs qui protègent des regards indiscrets, les bruits de la ville somnambule parviennent étouffés, comme le souvenir lointain d’un monde quitté 17 étage plus bas.
Si l’Hoshinoya Tokyo n’offrait pas à 6h45 chaque matin une séance d’initiation au kenjutsu sur une piste d’héliport au sommet d’un gratte-ciel voisin, les clients auraient vite fait de ne plus quitter ses murs. À cette heure-ci, le jour est déjà levé depuis presque deux heures déjà sur le bien nommé pays du Soleil-Levant. Tokyo déploie ses tentacules à perte de vue. Le vide est à quelques mètres. L’ivresse est totale.
Hoshinoya Tokyo, 1-9-1 Otemachi, Chiyoda-ku, Tokyo 100-0004. Tél. : +81 50 3134 8096. hoshinoya.com. Prix à partir de 709 €
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Photo de Une : Hoshinoya Tokyo




