En plus de fabriquer en France des vélos équipés du moteur le plus puissant du marché et d’une boîte de vitesses automatique, vous venez de sortir, fin avril, un VTT de choix et de choc…
Nous avons développé ce VTT à deux roues motrices en deux mois et demi seulement. 100 % fabriqué à Annecy, il utilise la technique révolutionnaire de la start-up CIXI : un pédalier qui recharge la batterie sans cabine de transmission. Ce vélo démontre qu’on peut être une entreprise de petite taille, réactive, et produire en circuit court.
Faire revivre des savoir-faire français presque disparus, est-ce cela qu’évoque et invoque le mot « héritage » dans le nom de votre label ?
Absolument ! La fabrication française, c’était une évidence à la genèse de notre projet, à une époque – l’avant-Covid – où 99 % des véhicules de mobilité électrique venaient d’Asie, alors que, 30 ans auparavant, le berceau du cycle en France se trouvait à Saint- Étienne. C’est le but que nous nous sommes fixés au moment de créer HeritageBike, il y a cinq ans. Grâce à notre positionnement premium, nous nous sommes dit que nous pouvions refacturer le surcoût du Made in France et, surtout, nous battre sur les savoir- faire retrouvés, la personnalisation et les services. Et ça fonctionne !
En 2019, avec Guillaume Monsigny, cofondateur et designer automobile, vous présentiez un unique modèle. Aujourd’hui, HeritageBike propose sept modèles de vélos, une moto et une remorque pour enfant…
Effectivement, soit 250 vélos et une soixantaine de motos fabriqués cette année. Mais nous pensons déjà au coup d’après, c’est d’ailleurs pour cela que les gens investissent dans notre outil industriel. Nous sommes sur le point d’achever une levée de fonds de 4 millions d’euros et disposons d’une trentaine d’actionnaires. Clients, prestataires… il y a une vraie synergie.
Combien de savoir-faire différents sont-ils nécessaires pour fabriquer un vélo ?
Un vélo, c’est de 200 à 300 pièces, soit une dizaine de savoir-faire. Chaque étape, du design au montage et à la finition, en passant par l’ingénierie, la fabrication des cadres et des différentes pièces en composite, les plaques de marque émaillées, les pièces en cuir, les peintures, tout est Made in France.
Avec combien d’ateliers travaillez-vous ?
Une dizaine environ, chacun ayant ses spécificités. On peut dire que nous avons réindustrialisé une partie de cette filière. Pour le premier modèle, il y a cinq ans, nous avons travaillé avec Made in Le Coin (Milc), un atelier des Hautes-Pyrénées spécialisé dans les cadres en acier. À l’époque, l’entreprise ne réalisait que des prototypes, aujourd’hui, elle fabrique en série et compte une vingtaine de salariés.
D’autres fabricants de prototypes ont-ils été propulsés « ateliers en série » ?
Oui, par exemple Pro-Fusion, un atelier installé dans la Creuse et spécialisé dans la fabrication de cadres en composite ou en fibre de carbone, qui s’est développé avec nous. Grâce à ce travail commun, ils embauchent et vont inaugurer cet été un bâtiment de 200 m2. Il y a cinq ans, on disait qu’on ne pourrait pas fabriquer de cadres en composite en France. Nous avons démontré que c’était possible !
Comment avez-vous identifié ces artisans au début de votre projet ?
Le fait de ne pas être issus de cette industrie a joué pour nous : on ne nous prenait pas trop au sérieux et donc on nous ouvrait les portes. C’est en rencontrant des artisans passionnés par leur métier, des cadreurs et des soudeurs qui nous expliquaient la différence entre une bonne et une mauvaise soudure, qu’on a construit ce succès commercial et d’estime.
Qu’est-ce qui a changé en cinq ans sur la filière de ces savoir-faire ?
Ce qu’on a fait jusqu’à présent en renouant avec les ateliers sert à l’ensemble de l’écosystème. Nous ne sommes pas la locomotive du secteur en termes de volume, mais nous le sommes devenus du point de vue de la communication, car nous avons su montrer la différence qui existe entre l’assemblage français et le vrai Made in France !
Quels métiers ou pièces vous manque-t-il encore ?
Actuellement, notre production est assurée jusqu’en 2025. Mais si l’on voulait passer à une échelle plus industrielle, ce serait impossible pour le moment. Par exemple, il reste difficile de trouver des freins – ils viennent d’Allemagne – ou des pneus, car Michelin ou Hutchinson ne fabriquent pas en France.
Aller plus loin, qu’est-ce que ce serait pour vous ?
Devenir une vitrine de la mobilité électrique tout en apparaissant comme l’entreprise qui a fait renaître cette industrie qui semblait perdue il y a dix ans ! Nous avons choisi de nous inscrire dans le collectif : ce qu’on a fait jusqu’à présent en renouant avec les ateliers sert à l’ensemble de l’écosystème. Plus il y aura de nouveaux clients potentiels, plus il y aura de fabricants qui décideront eux aussi de produire en France.
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Photo de Une : Ateliers HeritageBike




