La cinquième génération de Camus ne manque pas d’audace ni d’imagination pour promouvoir le cognac, ici et ailleurs dans le monde. Cyril Camus a su mettre l’art et la création au service de cette Maison de tradition familiale multigénérationnelle, bien que l’une des plus jeunes de l’appellation fondée en 1863.
Depuis près de 25 ans, le PDG de la Maison éponyme, avec un look entre mousquetaire du Sud-Ouest et mandarin chinois, toujours de noir vêtu, se concentre sur des spiritueux qualitatifs haut de gamme. Ceux-ci se distinguent par une intensité aromatique décuplée, valorisant le style fleuri des Borderies, le plus petit des six crus de cognac.
De nouveaux savoir-faire
Depuis six ans, Camus est la seule Maison à avoir intégré des ateliers travaillant le cuir, le verre, le cristal, le bois pour produire des pièces uniques, à la rencontre de l’art et du cognac. L’adresse parisienne privée de la famille, avenue Marceau, est même parfois ouverte aux clients internationaux pour le gravage et le galonnage de pièces exceptionnelles.
« À l’heure où certaines entreprises prônent le recentrage sur le cœur de métier et encouragent l’externalisation, nous intégrons de nouveaux savoir-faire avec Les Ateliers Camus pour élargir le spectre de nos compétences, précise Cyril Camus. On vend surtout de la personnalisation, du sur-mesure sur quasiment toute la gamme. »
L’acheteur peut commander un assemblage pensé en fonction de ses goûts et de ses valeurs, faire graver sa bouteille ou personnaliser l’étui du XO ou des accessoires, comme l’anneau en cuir sur le col du flacon. « Les pièces de nos ateliers se veulent très esthétiques pour rendre le décor plus beau. Il s’agit même d’en faire une œuvre d’art qui a vocation à être conservée. » D’où une carafe [Re]Feel, réutilisable et remplissable.
Pièces rares et uniques
Une trentaine de pièces sortent ainsi chaque année des ateliers, vendues entre 38 000 et 85 000 euros. Camus propose également des éditions très limitées telles Hommage à la Nature (Eau, Feu, Terre, Air), Poets & Birds (Grue, Ibis, Phœnix) avec la créatrice plumassière Janaïna Milheiro, L’Île Cognac avec trois carafes en cristal et trois nacelles pour les verres, ou la Collection Privée Légion d’Honneur. Sans compter les « cuvées » exceptionnelles, depuis la 3.128 lancée en 2008 jusqu’à la dernière en date, la septième cuvée baptisée 4.186 Electrum en carafe Baccarat.
En Chine (Cyril vit avec sa famille à Shanghaï un tiers du temps), l’Electrum, au-dessus du XO, est un produit phare, et Camus est considéré comme un cognac très statutaire pour les mariages et autres événements importants – la bouteille est exhibée comme cadeau de prestige sur la table. La Maison a même ouvert des boutiques dédiées dans l’Empire du Milieu. « Ces produits font rêver au-delà de leurs caractéristiques. Nous avons d’ailleurs été la première Maison à élaborer des pièces uniques, destinées à susciter de l’émotion chez ceux qui les reçoivent… »
Pour l’année du Dragon, en 2024, une édition limitée rouge et or Extra Dragon’s Journey à 6 000 exemplaires a fait suite à une sculpture de Gwendoline Finaz de Villaine, un dragon monumental en origami de verre installé dans le vignoble pour célébrer les 60 ans d’amitié entre la France et la Chine. La Maison a également édité un coffret de six flacons individuels de 3 cl en « single serve » qui permet de comparer trois profils différents (floral, fruité, épicé).
Soigner le décor
Camus, la cinquième Maison de cognac en volumes avec 2,4 millions de bouteilles par an, est ainsi devenue un grand nom du luxe et de l’artisanat avec une production verticale. « Nous nous éloignons du monde du cognac classique pour créer des émotions en faisant travailler tous les sens à travers de multiples expériences, en apportant de la beauté et du raffinement », insiste Cyril Camus.
Le cognac au service du moment par la beauté du geste, de l’environnement et de la carafe, qui peut décupler le plaisir de la dégustation sans le sacraliser. « Lorsque l’on met au centre de la table, dès le début du repas, notre carafe XO sculptée au design pur sans étiquette, on annonce le voyage, comme lorsqu’on ouvre les bouteilles de vin qui vont être servies avec les plats. » En Asie et en Europe de l’Est, le cognac est déjà consommé pendant le repas. « En France, il reste cantonné à une consommation optionnelle à la fin du dîner, surtout au restaurant où c’est un point de blocage, car on n’ose pas », regrette le dirigeant.
Multiplier les expériences en France
Camus, qui réalise 4 à 5 % de ses ventes en France, espère en multipliant les expériences faire renouer les Français avec ce beau produit, qui est au demeurant le fleuron des exportations. Avec l’espoir de le sortir de la case digestif dans laquelle il est enfermé depuis quelques décennies. Camus a donc développé principalement pour ce marché un outil s’inspirant de la consommation à la ficelle d’antan pour doser ce que l’on veut. Pour les plus jeunes, il entend les approcher avec des cocktails comme le Sidecar, le French Connection ou celui inventé par le mixologue Cyril Cioli pour la Maison et baptisé Nuit de Jasmin (avec liqueur de sureau et sirop de jasmin).
Pour les amateurs, Cyril Camus s’est associé cet automne au chef étoilé Akrame Benallal afin de proposer le concept Art of Balance. Une association mets-cognac pour démultiplier les sensations en jouant pour tout un dîner sur les thèmes de l’eau, du feu, du bois, du métal et de la terre, avec différents mode de dégustation (sur une sphère de glace, fumé aux épices, servi avec des fragments d’or ou en cocktail Camuscino dans un verre d’argile…). Une expérience sensorielle autour de la nouvelle carafe Private Collection avec un assemblage élaboré en collaboration avec le chef qui proposait jusqu’à la fin de l’année des accords audacieux avec le pigeon, l’un de ses plats signature, mais également des huîtres, des mets aux truffes ou au chocolat.
D’autres expériences comme les Voyages Extraordinaires autour du cocktail s’inspirant de l’œuvre de Jules Verne animent de grands établissements à Londres ou Paris, entre autres. La Maison propose également en terres charentaises une expérience de personnalisation de l’assemblage en devenant son propre master blender dans les chais de Cognac.
L’esprit de création effrénée du PDG de la Maison cognaçaise s’est élargi ces dernières années au territoire du whisky avec un irish whiskey Lambay, du nom de l’île sur laquelle il est produit (avec un vieillissement ou un finish en fûts de cognac, bien sûr). Une collaboration avec le propriétaire de l’île, Alexander Baring, baron de Revelstoke. Il passera aussi par l’élaboration d’un nouveau whisky de grain en Chine, en partenariat avec un producteur de baijiu, pilotée par la sixième génération, celle de Ryan Camus.
Les moments émotions de Cyril Camus
• Le XO Prestige. « Quand j’ai du monde autour de moi, lors d’un dîner avec une viande grillée, un gâteau au chocolat, une tarte au citron. »
• Le Borderies Special Dry, un cognac de voyage aux notes maritimes et salines, le plus intense en termes d’aromatique. Un 100 % Borderies dans une flasque cuivrée à emporter avec soi, facile à glisser dans la valise. « On a réinventé la flasque du globe-trotter, plus pratique et moins lourde qu’une bouteille en verre, pour joindre l’utile à l’agréable. Je le mets souvent au congélateur pour le consommer avec des huîtres. »
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Photo de Une : Cognac Camus




