Imaginez-vous prendre place à bord d’un bateau sur le Rhône au niveau de Vienne, dans l’Isère. Quelques minutes après le départ, apparaissent à tribord les premières appellations parmi les plus prestigieuses du Rhône septentrional.
Tout commence par le vignoble de côte-rôtie, avant que ne surgisse celui de condrieu, au pied du massif du Pilat, et son unique cépage, le viognier. Un peu plus loin, château-grillet et ses 3,5 hectares, l’une des plus petites et prestigieuses appellations d’origine contrôlée. Puis condrieu reprend ses droits avant de céder sa place au saint-joseph. De l’autre côté de la rive, à bâbord, les premiers pieds de vigne de l’appellation crozes-hermitage.
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Aux abords de Tournon-sur-Rhône, en Ardèche, on raconte qu’un méandre du fleuve a puissamment repoussé, il y a plusieurs millions d’années, une colline sur laquelle est né un vignoble dont on dit qu’il remonterait à l’Antiquité. Cette colline cernée par les vins de crozes-hermitage et située sur la rive gauche, dans le département de la Drôme, est celle de l’appellation hermitage, aussi orthographiée « ermitage » ou « l’ermitage » comme le stipule le cahier des charges. C’est ici que s’achève la croisière fluviale. Tout le monde descend, direction la mythique colline.
Kyrielle de lieux-dits
Seulement une vingtaine de vignerons et de domaines se partagent les 136 hectares de cette colline qui culmine à 320 mètres d’altitude et dont la particularité est d’offrir à tout le vignoble une exposition au sud. Parmi eux, la Cave de Tain, Jean-Louis Chave, le Domaine Belle, M. Chapoutier, Marc Sorrel, Delas Frères, le Domaine des Remizières ou Yann Chave.
Et si tous ne le font pas, un certain nombre aiment à préciser le nom du lieu-dit sur l’étiquette. Ils se nomment Les Bessards, Les Rocoules, L’Hermite, Péléat, La Pierrelle, Le Méal, La Croix, Les Beaumes ou Maison Blanche, et chacun possède un sol plus ou moins spécifique sur les 200 mètres de dénivelé. Argilo-limoneux pour l’un, galets pour l’autre, sables granitiques un peu plus haut, petits cailloutis en contrebas.
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De cette géologie spectaculaire naissent un blanc et un rouge issus de trois cépages, marsanne, roussanne et syrah. Les deux premiers pour les blancs, le troisième pour les rouges avec une particularité du cahier des charges de l’appellation qui autorise les rouges à recevoir un ajout de 15 % de roussanne et/ou de marsanne.
Dans les faits, ce n’est presque plus usité. S’il existe quelques blancs parcellaires, l’art des vignerons d’hermitage est l’assemblage des lieux-dits. Vinifiés séparément, ils se découvrent ensuite et s’apprivoisent pendant plusieurs mois avant la mise en bouteille.
Vins de gastronomie
Dotés d’un remarquable potentiel de garde – entre 5 et 15 ans –, les rouges de l’appellation, qui représentent 75 % de la production, sont des vins qui demandent à être débouchés quand l’automne et l’hiver pointent le bout de leur saison.
Ainsi, ces rouges aux notes de sous-bois quémanderont un lièvre à la royale, une daube de bœuf, des poêlées de champignons ou un gigot de sept heures, tandis que les blancs, plus rares, floraux quand ils sont jeunes, amples, gras et à l’acidité discrète, trouveront leur place aux côtés d’une volaille crémée, d’un ris de veau, d’un risotto au parmesan ou d’un poisson au beurre blanc.
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Photo de Une : © Quentin Habrard




