Cet alchimiste de génie, « ennoblisseur de matières délaissées », comme il aime à se définir, métamorphose les rebuts plastiques en pièces uniques, faisant dialoguer artisanat d’art, écologie et esthétisme. William Amor – c’est son vrai nom – se plaît à rappeler qu’il est un artiste autodidacte, originaire de la campagne, qui nourrit dès son enfance une profonde connexion avec la nature.
« J’ai toujours été inspiré par la beauté des paysages naturels. Pour Noël, je demandais des bulbes de fleurs en cadeau, et je collectionne toujours les orchidées. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai été sensibilisé aux déchets du quotidien, à commencer par le sac plastique, omniprésent en ville. » Mais, là où d’autres ne voyaient qu’un détritus, cet amoureux du vivant découvre une matière inspirante, dont la transparence et la légèreté rappellent les pétales des fleurs.
« Au début, je le vivais comme une thérapie, mais, au moment de la COP 21 en 2015, ça a fait écho à ma sensibilité. Je ne comprenais pas que ce matériau dévalorisé ne soit qu’à usage unique et qu’on ne pense pas en termes d’économie circulaire. Il y a une dizaine d’années, j’ai donc osé présenter mon travail. »
Aujourd’hui, William Amor aime provoquer des émotions en sublimant les déchets les plus variés : bouteilles en plastique, filets de pêche abandonnés, cordages ou même mégots de cigarette. « La collecte et l’inventaire me prennent énormément de temps. Je dois ensuite comprendre la matière et sa composition avant de savoir ce que je peux en faire. » À partir de ce constat, il se
lance dans une série d’expérimentations pour maîtriser ce matériau atypique.
Le goût de l’engagement
Sa première création, un coquelicot réalisé à partir d’un sac plastique rouge de supermarché et d’un plumeau à poussière, préfigure une aventure artistique hors du commun. Il conquiert rapidement les grandes Maisons de luxe : un bouquet de roses pour l’exposition Christian Dior au musée des Arts décoratifs, une installation poétique au palais Brongniart avec 250 coquelicots pour Kenzo Parfums, une liane de roses et d’églantines pour un flacon Guerlain, un jardin de roses pour les vitrines de Chopard.
À Hong Kong, il imagine en 2018 une suspension de 15 variétés de fleurs au-dessus d’un bassin, une performance qui nécessite 3 500 heures de travail. À Milan, il conçoit pour la galerie Rossana Orlandi Railway Flowers, une œuvre où coquelicots et bleuets en plastique décorent les rails du musée Léonard de Vinci. Il imagine le Ballet des pétro-méduses pour le salon Révélations, au Grand Palais Éphémère, et crée des pétales de roses pour une série de mathusalems de Rare Champagne, à base de déchets de tartre du vin et des coiffes d’aluminium des bouteilles.
Il participe à l’exposition Matières à l’œuvre à la Galerie des Gobelins, avec ses iris en bouteilles plastique… En 2015, il ouvre son atelier Les Créations Messagères et installe, en 2019, son antre parisien à la Villa du Lavoir, cité artisanale cachée entre la place de la République et la porte Saint-Martin, dans le Xe arrondissement.
Un artiste innovant
William Amor redouble d’ingéniosité pour mettre au point des procédés innovants, souvent véritables prouesses techniques, et transformer les rebuts en matières nobles. Chaque création nécessite des heures de travail méticuleux : nettoyage, détoxification, blanchiment, teinture, sculpture. « Je traite ces matériaux comme on travaille le verre de Murano ou les étoffes les plus précieuses. La noblesse ne réside pas dans la matière, mais dans le regard qu’on lui porte. »
Inspiré par les techniques ancestrales des paruriers floraux et influencé par l’Art nouveau, il invente un art contemporain et durable. Ses fleurs ne sont pas de simples objets décoratifs, mais des œuvres uniques, des manifestes qui interrogent notre rapport à la consommation et à la nature.
De nombreuses distinctions sont venues consacrer son talent – Grand Prix de la Création de la Ville de Paris en 2019, lauréat de la Fondation Banque Populaire et de la Fondation EY –, tandis que la Fondation Rémy Cointreau l’a soutenu pour l’acquisition d’outils rares du XIXe siècle qui vont lui permettre de perfectionner son savoir-faire et de le transmettre aux nouvelles générations. Autant de reconnaissances qui renforcent sa position d’artiste innovant et engagé.
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Photo de Une : William Amor © Damien Grenon




