Ce château du XVIIIe siècle, avec son jardin à la française ressuscité par son propriétaire, le décorateur Jacques Garcia, sert d’écrin à ses inestimables collections d’art et de mobilier. Il y a plus de 30 ans, ce génial architecte d’intérieur – paradoxe vivant d’antiquité et de modernité, nourri à l’art moderne mais passionné d’histoire – s’est lancé avec détermination dans la titanesque restauration du magnifique château du Champ de Bataille qu’il venait d’acquérir.
Un rêve de pierre, de jardins et de mémoire
Comme le souligne Jacques Garcia, « l’histoire commence pendant la Révolution, période durant laquelle on a vendu les biens des possédants, malmenant ainsi notre propre culture. L’inconvénient, c’est que ce sont les étrangers qui ont acheté tout ce patrimoine fabuleux, et non les Français, sinon ils se faisaient couper la tête ! »
Et le décorateur de poursuivre : « L’avantage aujourd’hui, c’est que, si l’on sait reconnaître ce patrimoine et que l’on a la culture suffisante, on peut acheter la commode Louis XV de… Louis XV. Il suffit de le savoir. C’est cela qui m’a passionné. Quand il s’est agi de restaurer ce château, j’ai décidé de le reconstituer à la façon de l’Ancien Régime… mais dans la modernité. Une démarche à contre-courant. On ne peut pas se dissocier de la modernité, de ce que nous sommes. Champ de Bataille est un cas unique : cette maison a été deux fois avortée : une première fois par le duc de Créquy, frondeur, à qui l’on a coupé les moyens – alors même que Louis Le Vau était son architecte et André Le Nôtre son jardinier ! –, une seconde fois par le duc de Beuvron à la fin du XVIIIe siècle, emporté par la Révolution. Et enfin, moi, Jacques Garcia, qui ai pu la terminer. » Jacques Garcia découvre Champ de Bataille à l’âge de 10 ans, accompagné de son père. Ce dernier lui prête aujourd’hui ses mots d’enfant : « J’aimerais, un jour, papa, être architecte pour faire de belles choses comme ça ! »
À 18 ans, il vit brièvement au domaine, errant de ruine en ruine. Plus tard, le destin lui donne l’opportunité de l’acquérir, au terme d’un enchaînement de circonstances. « Durant toutes ces années, la restauration s’est faite entre des moments de bonheur absolu et des instants de désespoir total. Pourquoi m’infliger tout cela, me diriez-vous ? Parce que je crois en l’histoire de la France, en sa pérennité. Nous avons été les plus puissants du monde au XVIIe et au XVIIIe siècle, et cette puissance projetée continue d’avoir des répercussions colossales. Avec des vestiges restaurés comme ceux-là, cette grandeur peut encore inspirer et susciter des vocations. C’est essentiel. »
Une reconnaissance au sommet
Fruit de ce travail colossal : en 2022, les jardins obtiennent trois étoiles au Guide Michelin. Et en 2025, le domaine tout entier reçoit la distinction « vaut le voyage ». Il devient ainsi le 20e château de France à être labellisé, aux côtés de Chambord, Cheverny, Fontainebleau ou Versailles.
Pour décerner cette récompense, Philippe Orain, directeur du Guide Michelin, et ses inspecteurs se fondent sur neuf critères universels : la première impression (souvent la bonne), la notoriété, la valeur patrimoniale (tout ce qu’il y a à voir et à faire), la valeur intrinsèque (par comparaison), les classements (comme l’Unesco), la beauté, bien sûr, l’intimité du lieu, la qualité de l’accueil, et la médiation culturelle.
Domaine du champ de bataille, 8 route du Chateau, 27110 Sainte-Opportune-du-Bosc. Hotaires en juillet et août : 10h00-19h00. Entrée : 27 € (château+parc). chateauduchampdebataille.com
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Photo de Une : Domaine du champ de bataille © Arnaud Chicurel




