En cent ans d’existence, L’Hermitage a vu défiler des générations de voyageurs, des familles fidèles, des artistes, des chefs d’État et l’histoire même de La Baule. Cette adresse emblématique cultive une élégance à l’abri des effets de mode, un esprit de quiet luxury avant l’heure et un art de recevoir qui ont forgé sa réputation bien au-delà de la côte atlantique.
Un anniversaire comme celui-ci invite naturellement à regarder vers l’avenir. Car derrière les murs de cet hôtel mythique se dessine aussi l’histoire du groupe Barrière, qui, depuis plus d’un siècle, a su évoluer sans jamais renoncer à ce qui fait sa singularité.
À la tête de l’entreprise familiale avec son frère Alexandre Barrière, Joy Desseigne-Barrière incarne une nouvelle génération de dirigeants. Héritière d’un patrimoine d’exception, elle poursuit le développement du groupe avec une ambition assumée : faire rayonner l’hospitalité française, en France comme à l’international, à travers une certaine idée du luxe. Nous avons rencontré Joy Desseigne-Barrière pour évoquer la transmission, l’hospitalité et l’avenir. Une conversation guidée par une question simple : et si le vrai luxe consistait avant tout à traverser le temps ?
L’Hermitage fête cette année son centenaire. Que représente pour vous cet anniversaire, au-delà de l’histoire d’un hôtel ?
Joy Desseigne-Barrière : Je crois que le secret de L’Hermitage est qu’il n’a jamais cherché à suivre les modes. Depuis près d’un siècle, il reste fidèle à ce qu’il est profondément : une grande maison ouverte sur l’océan, où l’on vient vivre des moments heureux.
Bien sûr, son emplacement exceptionnel y contribue. Face à l’une des plus belles baies d’Europe, il bénéficie d’un cadre unique. Mais un lieu ne traverse pas cent ans uniquement grâce à son architecture ou à sa vue. Ce qui fait la différence, c’est sa capacité à se réinventer sans jamais perdre son identité. L’Hermitage n’est pas un hôtel figé dans son histoire. C’est une maison vivante, et je crois que c’est précisément ce qui la rend toujours aussi désirable.
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C’est aussi la philosophie qui nous anime aujourd’hui au sein du groupe Barrière. Nos maisons évoluent constamment pour répondre aux attentes contemporaines, qu’il s’agisse du bien-être, de la gastronomie, du sport ou de nouvelles expériences, comme notre centre de longévité Ora. Nous développons également des partenariats avec des maisons qui partagent notre vision de l’excellence. Mais toutes ces évolutions n’ont de sens que parce qu’elles s’appuient sur un héritage solide.
Comment préserve-t-on l’âme d’une entreprise centenaire tout en la faisant évoluer avec son époque ?
C’est probablement l’exercice le plus difficile. Préserver un patrimoine ne signifie pas le figer. À l’inverse, moderniser ne doit jamais conduire à effacer ce qui rend un lieu unique. Chez Barrière, nous cherchons toujours cet équilibre. Chaque rénovation est pensée comme une réinterprétation plutôt qu’une transformation. Nous respectons l’histoire des lieux tout en leur permettant de continuer à vivre.
Mais l’âme d’une maison ne réside pas uniquement dans ses murs. Elle est portée avant tout par les femmes et les hommes qui l’animent. Beaucoup transmettent leur savoir-faire depuis plusieurs décennies, parfois de génération en génération. Cette fidélité est exceptionnelle. Au fond, notre rôle est assez simple : être à la hauteur de ce qui nous a été transmis, tout en préparant l’avenir.
Si vous deviez résumer l’esprit de L’Hermitage aujourd’hui en trois mots ?
Je dirais : intemporel, familial et gastronomique. Intemporel parce qu’il traverse les générations sans jamais perdre son élégance. Familial parce que de nombreuses familles y reviennent depuis plusieurs décennies et que plusieurs générations de collaborateurs y ont elles-mêmes construit leur histoire. Et gastronomique parce que la restauration est au cœur de l’expérience, avec Le Pavillon, dans son jardin anglais feutré, et le Ciro’s, signé Friedmann & Versace, qui réinterprète l’esprit du yachting chic sur la plage.
À vos yeux, qu’est-ce que La Baule a de particulier ?
La Baule possède un équilibre assez rare. C’est une destination élégante, mais jamais ostentatoire. Une station qui reste profondément familiale tout en offrant une qualité d’accueil exceptionnelle. François André avait perçu très tôt ce potentiel. Il ne voyait pas seulement une magnifique plage : il imaginait déjà une destination capable de rayonner bien au-delà de son territoire. Un siècle plus tard, cette intuition reste d’une étonnante modernité. Depuis toujours, notre ambition est d’accompagner le rayonnement des destinations où nous sommes présents en créant des lieux où les gens aiment revenir.
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Et cent ans après l’ouverture de L’Hermitage, comment se porte le groupe Barrière ?
Il se porte bien et connaît une dynamique très positive. Nous poursuivons notre développement tout en restant fidèles à ce qui fait notre singularité depuis plus d’un siècle. Notre ambition n’est pas de grandir pour grandir, mais de renforcer durablement nos positions grâce à des projets qui nous ressemblent, de continuer à faire évoluer nos établissements et d’offrir des expériences toujours plus riches à nos clients.
Cette dynamique repose notamment sur la modernisation de notre patrimoine, le développement de nos marques, l’innovation dans nos métiers et une ouverture progressive à l’international. Ce qui me réjouit particulièrement, c’est qu’elle s’accompagne d’un très fort engagement de nos équipes. Nous comptons aujourd’hui plus de 7 000 collaborateurs qui portent chaque jour cette même exigence de qualité et cette même culture de l’hospitalité. C’est notre plus grande force.
Quels sont aujourd’hui les grands moteurs de développement du groupe ?
Nous poursuivons d’abord notre développement international avec plusieurs étapes importantes. Nous avons récemment repris l’exploitation du casino de Póvoa de Varzim, au Portugal, et préparons l’ouverture de notre premier casino à Tirana, en Albanie, un projet particulièrement structurant pour le groupe.
Notre développement passe aussi par nos marques hôtelières. Après New York, nous poursuivons le rayonnement international de Fouquet’s avec une ouverture à Mykonos, tandis que le Fouquet’s Paris a rejoint cette année le cercle très prestigieux des palaces français. C’est une immense reconnaissance pour les équipes qui incarnent chaque jour cette excellence. En France, nous continuons également à investir dans notre patrimoine. Plusieurs de nos établissements font actuellement, ou feront prochainement, l’objet d’importants programmes de rénovation. Notre objectif est de les faire évoluer en permanence tout en respectant leur identité et leur histoire. Tous ces projets traduisent une même ambition : faire vivre notre patrimoine.
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Comment réussissez-vous à allier l’ancrage français de Barrière avec votre politique de développement à l’international ?
Notre ancrage français constitue notre identité. C’est ici qu’est né notre savoir-faire, notre conception de l’hospitalité et notre exigence de service. C’est cette culture que nous faisons rayonner à l’international. Notre développement hors de France reste volontairement sélectif. Nous ne cherchons pas à être présents partout. Nous choisissons des destinations où notre modèle a du sens, où nous pouvons créer de la valeur et proposer une expérience réellement différenciante. Que ce soit au Portugal, en Albanie, en Grèce ou, demain, sur d’autres marchés, notre approche reste la même : adapter nos établissements à leur environnement local tout en restant fidèles à l’ADN Barrière. C’est un équilibre entre enracinement et ouverture. Plus notre identité est forte, plus elle peut voyager.
Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux d’un groupe familial centenaire comme Barrière dans un secteur en pleine transformation ?
Le premier enjeu est sans doute de continuer à mériter notre histoire. Cent ans d’existence ne sont jamais un acquis : c’est une responsabilité. Chaque génération doit préserver ce qui fait la force du groupe tout en ayant le courage d’innover. Nos clients évoluent, leurs attentes changent, les usages se transforment. Nous devons donc continuer à faire évoluer nos métiers, à investir dans nos établissements, à développer de nouvelles expériences, à intégrer les enjeux environnementaux et à attirer les meilleurs talents. Mais nous devons le faire sans jamais perdre notre identité. Notre ambition est simple : faire en sorte que Barrière demeure, dans cent ans encore, une référence de l’hospitalité française. Continuer de marier élégance, émotion, innovation et excellence de service, avec cette même volonté de créer des souvenirs qui traversent les générations.
Existe-t-il une valeur familiale ou entrepreneuriale qui continue de guider vos décisions ?
Sans hésiter : la responsabilité. Le groupe qui nous a été transmis nous oblige. Nous sommes les dépositaires de la mémoire de ces lieux bâtis par nos ancêtres. Notre responsabilité, avec mon frère, est de faire vivre cet héritage et de poursuivre le développement du groupe sans jamais le dénaturer. C’est ce qui guide chacune de nos décisions. Le luxe a profondément évolué ces dernières années.
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Comment définiriez-vous l’expérience Barrière en 2026 ?
Le luxe se mesure à l’attention portée à chacun. Le véritable luxe, c’est d’être reconnu, attendu, compris, sans avoir besoin de demander. C’est une hospitalité profondément personnalisée, portée par des équipes capables d’anticiper les attentes avec beaucoup de naturel. Le plus beau compliment que l’on puisse faire à nos maisons est sans doute celui-ci : « Je me suis senti chez moi. »
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous rend le plus fière ?
Nos collaborateurs. Parce qu’au fond, Barrière est avant tout une aventure humaine. Ce qui me touche particulièrement, c’est de voir des équipes profondément attachées à leurs établissements, heureuses de transmettre leur savoir-faire et fières de représenter notre groupe. Ce sont elles qui donnent chaque jour un visage à notre hospitalité.
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Si vous deviez formuler un vœu pour les cent prochaines années de L’Hermitage et du groupe Barrière, quel serait-il ?
J’aimerais que l’on écrive que, cent ans plus tard, L’Hermitage est toujours une maison où l’on crée des souvenirs. En réalité, c’est peut-être cela, la plus belle définition de notre métier. Un anniversaire comme celui-ci invite moins à regarder en arrière qu’à se demander ce que l’on transmet. J’aimerais que la génération que nous incarnons avec mon frère Alexandre soit perçue comme celle qui a su préparer l’avenir sans jamais renier l’héritage reçu. C’est sans doute le plus beau défi pour une entreprise familiale.
Hôtel Barrière L’Hermitage La Baule, 5 esplanade Lucien Barrière, 44500 La Baule-Escoublac. Tél. : 02 40 11 46 46. hotelsbarriere.com
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Photo de Une : Joy Desseigne-Barrière et son frère Alexandre.



