Aller au contenu
S'abonner

« Le luxe du voyage, c’est l’humain »

À l'heure où Kuoni fête ses 120 ans, Matthieu Mariotti, director of tour operating de Kuoni France, décrypte les nouvelles envies des voyageurs. Des réservations de plus en plus anticipées au retour des séjours « repos », il voit surtout émerger une nouvelle valeur montante : celle de l'humain.

Matthieu Mariotti, comment se porte le secteur du voyage en 2026 ?

Nous avons eu quelques sueurs froides au printemps avec les tensions au Moyen-Orient, car beaucoup de vols vers l’Asie, l’océan Indien ou l’Afrique transitent par le Golfe. À cela s’est ajoutée la hausse du prix du pétrole, qui a fait grimper le coût des billets d’avion. Tous ces facteurs ont provoqué un coup d’arrêt. Mais, depuis début juin, nous constatons une reprise. Les ventes sont supérieures à celles de l’an dernier depuis plusieurs semaines. Nous pensions que le marché repartirait seulement à la rentrée, mais les voyageurs sont revenus plus tôt que prévu.

Dans ce contexte, un voyagiste apporte-t-il encore une vraie valeur ajoutée ?

Oui, et cette période l’a démontré. Nous avons, par exemple, rapatrié une famille bloquée à Dubaï grâce à nos partenariats avec les compagnies aériennes. Aux Maldives, plusieurs tour-opérateurs se sont regroupés pour affréter un avion. Nous avons également pris en charge les nuits d’hôtel supplémentaires lorsque les retours étaient retardés. C’est dans ces moments-là que notre métier prend tout son sens. Les clients réalisent qu’ils ne sont pas seuls face à un imprévu.

Depuis deux ans, quelle évolution vous surprend le plus dans la façon dont les Français réservent leurs vacances ?

Pendant longtemps, les Français réservaient assez tard, contrairement aux Britanniques ou aux Allemands qui planifient parfois leurs vacances plus d’un an à l’avance. Aujourd’hui, les deux comportements coexistent. Nous avons autant de clients qui souhaitent partir après-demain que de voyageurs qui réservent déjà pour 2027. Cette anticipation est nouvelle. Elle traduit sans doute une volonté de mieux maîtriser son budget, mais aussi la crainte de ne plus trouver de place pour certains voyages.

Publication Instagram

Elle n'est pas affichée tant que vous n'avez pas accepté les contenus des réseaux sociaux.

La publication est chargée depuis Instagram, société Meta, qui reçoit alors votre adresse IP. Votre choix vaut pour les suivantes et reste modifiable en bas de page.

Voir la publication sur Instagram

Les destinations font-elles toujours rêver ou sont-ce les hôtels et les expériences qui déclenchent le départ ?

Les destinations restent importantes, mais elles ne suffisent plus toujours. Certains clients choisissent désormais un voyage avant tout pour un hôtel exceptionnel. D’autres partent courir le marathon de New York, en famille ou entre amis, ou pour vivre une activité particulière. En parallèle, une autre tendance se dessine : celle du besoin de se reposer. Les incertitudes du monde et le stress du quotidien donnent envie de ralentir. Nous observons un fort retour des séjours balnéaires, des beaux hôtels où l’on prend le temps de souffler, mais aussi de nouvelles retraites consacrées au bien-être et à la longévité. Plus que l’accumulation de visites, beaucoup recherchent aujourd’hui une parenthèse.

Si vous deviez résumer ce qui distingue le voyageur de 2026 de celui d’il y a dix ans ?

Je trouve que le voyage est devenu moins statutaire. Il y a quelques années, on avait davantage besoin de montrer où l’on était allé. Aujourd’hui, je sens une forme de fatigue vis-à-vis des réseaux sociaux. Le voyage redevient plus intime. Nos clients mélangent également beaucoup plus les styles : ils peuvent aussi bien passer quelques jours dans une adresse familiale pleine de charme, puis terminer leur séjour dans un grand hôtel de luxe, que partir faire un trek avant de s’offrir quelques nuits dans un très bel établissement. Ils ne cherchent plus une seule définition du luxe. Ils veulent avant tout vivre des émotions qui leur resteront longtemps.

Publication Instagram

Elle n'est pas affichée tant que vous n'avez pas accepté les contenus des réseaux sociaux.

La publication est chargée depuis Instagram, société Meta, qui reçoit alors votre adresse IP. Votre choix vaut pour les suivantes et reste modifiable en bas de page.

Voir la publication sur Instagram

Kuoni fête cette année ses 120 ans. Selon vous, quelle sera la prochaine grande révolution du voyage ?

Les marques devront continuer à proposer une vision. Aujourd’hui, beaucoup parlent uniquement de sur-mesure. Je ne crois pas que cela suffise. Une marque doit avoir une personnalité et des propositions fortes. La deuxième révolution sera probablement le retour de l’humain. La technologie continuera à progresser, mais je suis convaincu que les voyageurs auront de plus en plus besoin d’être accompagnés. Nous le voyons déjà dans les aéroports où beaucoup de procédures sont automatisées. Plus notre quotidien se numérise, plus le contact humain prend de la valeur.

Comment Kuoni célèbre-t-il cet anniversaire ?

Kuoni revient à son ADN historique avec les grands voyages et le long-courrier. Nous avons imaginé une collection de « Voyages Uniques » pour célébrer ces 120 ans. Il s’agit de départs à date fixe, en très petits groupes, avec des expériences impossibles à vivre individuellement : qu’il s’agisse d’un dîner dans un temple en Égypte, de la privatisation d’un cénote au Mexique ou de visites de musées après leur fermeture. Chaque itinéraire a été pensé comme un scénario. Nous lançons également une croisière aérienne autour du monde, développée avec Safrans du Monde, qui prolonge cette idée de voyages d’exception.

kuoni.fr

Photo de Une : © Travel Lab

À lire aussi