Didier L’Embrouille nous avait prévenus lorsque, en janvier 1995, il avait lancé sur le plateau de Nulle part ailleurs : « OK, j’m’arrache, mais vous allez me revoir ! » Le revoilà donc, ce sosie de Dick Rivers, rockabilly passionné, rageur et ravageur. Il est l’un des pensionnaires du Rock Motel, situé au second étage du Bon Marché Rive Gauche, où Antoine de Caunes a aménagé dix chambres évoquant les légendes tirées tout droit de son panthéon du rock.
Cette expo s’adresse à un public de 7 à 77 ans. Au-delà de l’humour affiché dans son nom, quel principe vous a guidé pour la concevoir ?
Antoine de Caunes : Je l’ai fait de manière très impressionniste. On ne peut jamais être exhaustif quand on parle du rock. J’ai donc choisi de rendre hommage à certains artistes qui m’ont marqué et qui font partie de la chanson de ma vie. Je suis un amoureux transi, mais lucide. Je connais les qualités du rock, et aussi ses défauts. Néanmoins, après tout ce temps, cette musique reste galvanisante. Pour preuve les quelques concerts auxquels je suis allé récemment : Bruce Springsteen à San Sebastián ou Wilco à La Cigale…

Pouvez-vous nous citer des exemples d’humour dans le rock ?
Il y en a beaucoup, à commencer par The Shaggs, un groupe féminin américain, les pires musiciennes au monde. Elles n’ont enregistré qu’un seul disque, Philosophy of the World, devenu culte malgré son échec commercial. Ou encore le compositeur et satiriste américain Frank Zappa.
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Vous avez été l’un des premiers passeurs de rock à la télé française (les émissions Chorus, Les Enfants du rock, Rapido), ainsi que l’auteur du Dictionnaire amoureux du rock chez Plon. Pourquoi avoir choisi de collaborer avec Le Bon Marché pour cette expo ?
À vrai dire, c’est eux qui sont venus me chercher. Je connaissais leurs expos précédentes sur Philippe Katerine ou Stromae. Nous avons travaillé autour de l’idée qu’on allait rhabiller Le Bon Marché, en commençant par les dix vitrines sur rue, et nous avons confié le travail à Zep, le génial dessinateur de Titeuf, un fondu de rock comme j’en connais peu. Il a réalisé dix dessins de vitrines, qui ont été agrandis en format géant et que je trouve absolument géniaux. Au premier étage, nous avons recréé l’univers inspiré des studios d’enregistrement et, au deuxième, construit le Rock Motel.
Pourquoi avoir choisi de recréer ce motel ?
Parce que ce genre de lieu est assez commun dans le monde des rockeurs. Ces types passent leur vie sur la route et descendent dans des hôtels un peu cheap, avant de connaître un succès planétaire. L’idée était de faire mon Rock Motel à moi, celui dont je serais le gérant. Comme John Cleese dans la série britannique Fawlty Towers, avec dix chambres accueillant mes icônes du rock.

Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?
Keith Richards, The Beatles, Bruce Springsteen, Patti Smith, les Rita Mitsouko, Prince… Je me rends compte qu’il manque des gens très importants à mes yeux : faute de place, on ne parle pas de Led Zeppelin, Janis Joplin, James Brown. C’est un choix par défaut.
Didier L’Embrouille possède une chambre au Rock Motel…
Évidemment. Il pense encore que tout commence et tout finit avec Dick Rivers. Nous avons d’ailleurs organisé une rencontre Didier L’Embrouille-Antoine de Caunes, diffusée dans cette chambre.
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Si vous faisiez un quiz musical pour faire découvrir l’expo, quel serait-il ?
Celui de la playlist qu’on va entendre à l’intérieur du magasin, du matin au soir. Parmi les titres : Since I’ve been loving you de Led Zeppelin ; Don’t Be Cruel d’Elvis Presley ; Dancing in the Dark de Bruce Springsteen ; Knockin’ on Heaven’s Door de Bob Dylan ; London Calling du groupe The Clash ; Maman n’aime pas ma musique de Dick Rivers ; Nothing compares 2 U de Prince…
Parmi la série d’accessoires des 70’s disponibles au rez-de-chaussée du Bon Marché, lesquels vous paraissent emblématiques ?
La batte de baseball recommandée par Didier, bien sûr, mais aussi une sélection de disques, de vidéos et de bouquins, dont la bande dessinée Le Cinquième Beatles : L’histoire de Brian Epstein.

Possédez-vous un perfecto ?
J’ai un vieux cuir – pas un perfecto, que je ne peux porter qu’avec une moto. Je le traîne depuis les années 80, usé jusqu’à la corde, et le conserve religieusement. C’est une espèce de doudou que j’enfile de temps à autre.
Est-ce rock de faire une expo sur le rock ?
Absolument ! D’ailleurs, il y en a eu plusieurs, notamment celle qui s’est tenue l’an dernier à la National Portrait Gallery, à Londres : Paul McCartney Photographs 1963-64: Eyes of the Storm. Avant tout, j’aimerais que cela donne envie aux gens d’écouter ou de réécouter du rock et qu’ils repartent avec un album, comme le coffret de Springsteen qui vient de sortir et comporte sept albums inédits.
@antoinedecaunes sur Instagram ; lebonmarche.com
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Photo de Une : Antoine de Caunes au Bon Marché




