« Rouvrir l’atelier, un peu comme si les clés avaient été retrouvées, mais dans un esprit moderne en faisant appel à de jeunes créateurs. » C’est donc sous les mêmes auspices que ceux de 1923 que les équipes maison du Bon Marché Rive Gauche et Gilbert Kann, spécialiste en mobilier des arts décoratifs du XXe et du XXIe siècle, ont redonné vie et corps à l’atelier d’art du célèbre grand magasin parisien. À l’époque, des figures emblématiques des arts décoratifs français comme Paul Follot, premier directeur de l’Atelier Pomone, s’installent au quatrième étage du Bon Marché pour imaginer « tout ce qui constitue ou embellit le cadre de la vie moderne », panachant le tout de services sur mesure.
Il faut dire que l’air du temps est à l’avant-garde créative. Deux ans plus tard, Le Bon Marché présente le Pavillon Pomone à l’Exposition des Arts décoratifs. « Au centre du vestibule est un bassin de marbre quadrangulaire dont les angles s’ornent de touffes sphériques de buis et de primevères ; au milieu, fuse et chante un jet d’eau dans une vasque de mosaïque d’or. Autour, quatre vitrines lumineuses où scintillent doucement des bibelots précieux. On ne saurait rêver quelque chose de plus accueillant que cette entrée. » En 2024, pas de pavillon, mais une quête de modernité et de savoir-faire intacte, matérialisée cette fois autour d’une nouvelle question : qu’est-ce qu’une table en 2024 ? La designer franco-suisse Julie Richoz nous éclaire sur le sujet.
En quoi la collection répond-elle à la question de savoir ce qu’est une table en 2024 ?
Parce qu’elle décloisonne tous les objets qu’on pouvait mettre sur une table. La façon dont on construit une table aujourd’hui est hétéroclite : on y invite son univers et ses envies, parfois avec des objets contradictoires, comme de la porcelaine très fine et de la céramique rustique.
Pourquoi avoir collaboré avec 11 ateliers français, aussi bien des Maisons historiques comme la Faïencerie de Gien que des jeunes talents ?
J’ai cherché la singularité du savoir-faire de chacun de nos partenaires. L’intention était de mettre en avant leur technicité, puis de rassembler tout cela dans une collection cohérente, un état d’esprit, toujours avec le souci de fonctionnalité cher au Bon Marché.
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Quel objet trouve-t-on sur une table aujourd’hui qu’on n’aurait pas trouvé autrefois ?
Par exemple, les bougeoirs réalisés avec la jeune Maison 13Desserts, qui a appliqué des finitions industrielles très robustes.
Quand le Bon Marché vous a contactée et fourni le thème, quelle a été votre première réaction ?
Qu’il fallait être iconoclaste ! C’est une dimension de notre époque qui me plaît. En art de la table comme dans d’autres secteurs, il n’y a plus de jugements de valeur sur les objets ou leur association.
Qu’est-ce que la patte Julie Richoz ?
J’aime sentir la main, les irrégularités et les surprises issues du geste artisanal.
Comment avez-vous choisi les manufactures qui ont participé ?
Il y avait celles avec lesquelles Le Bon Marché a l’habitude de travailler et celles, nouvelles, auxquelles nous avons fait appel pour des commandes précises, comme 13Desserts pour les bougeoirs, ou Sydonios, une jeune marque installée dans le nord de la France qui souffle le verre. La richesse de l’Atelier Pomone, c’est d’avoir mélangé des manufactures établies, comme la Faïencerie de Gien, à d’autres artisans plus confidentiels.
Quel objet a été le plus difficile à réaliser ?
Je dirai les textiles, élaborés avec l’entreprise vosgienne Le Jacquard Français. Nous avons élaboré une carte avec les torchons et les serviettes, et j’avais une idée assez précise d’un dessin déconstruit. Il a donc fallu beaucoup d’allers-retours avec eux pour arriver à l’effet recherché.
Votre coup de cœur ?
Les coquetiers, tous uniques, conçus avec de la terre mélangée par la potière Florence Girod, installée dans le sud de la France.
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Photo de Une : Atelier Pomone




