Ses feux illuminaient le monde. Dinard, station virevoltante des années fastes (1880-1914), accueillait Hugo, George V, Paul Valéry, les frères Lumière, Agatha Christie et tout ce qu’Albion comptait de dingos millionnaires. Sur la « perle de la côte d’Émeraude », ils rivalisaient à coups de villas extravagantes (plus de 400), de froufrous griffés et de bulles millésimées. Plus tard, Jackie Kennedy en repart conquise, Picasso vient y peindre Les Baigneuses, les Hennessy assurent, Bardot puis Deneuve y rayonnent, tout comme la famille Pinault, dont Dinard devient l’un des fiefs.
Chacun sa villa grand chic grand genre, Range Rover pour l’ordinaire et Mini One les jours de marché. Le british spirit perdure, comme en atteste l’indémodable Festival du film britannique – la 37e édition se tiendra du 7 au 11 octobre prochain –, mais aussi la statue de Hitchcock, un corbeau sur chaque épaule, installée sur la plage de l’Écluse, et la cabine téléphonique rouge posée derrière elle, désormais scellée.
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À Dinard, la vie cool coule, entre boutiques au charme délicieusement provincial et frisson casino, du champ de courses aux régates pour plaisanciers bien nés. Juste en face, Saint-Malo, ses murailles et ses bousculades. Nous, Dinardais (moins de 11 000 âmes), gardons nos terrasses aérées, nos homards fraîchement pêchés et nos trenchs Burberry ! Le reste appartient au secret des fameuses villas qui trônent en front de mer ou sur les hauteurs.
Magie du Castelbrac
Parmi ces merveilles, la Bric-à-Brac. Charcot vécut dans ce château posé au ras de l’eau et devenu l’hôtel Castelbrac, cinq-étoiles, 23 clés, toutes vues grand large. En guise de clin d’œil à l’explorateur des pôles, des manchots de résine décorent les espaces communs ainsi que les chambres. La note espiègle s’intègre magnifiquement dans l’univers Art déco retenu comme signature de l’établissement.
La magie du Castelbrac tient à la manière dont ce cocon restitue les petits bonheurs du rendez-vous familial qu’il fut. La maison à l’ancienne joue de ses niveaux, depuis le bord de mer (la promenade du Clair de Lune) jusqu’aux combles, entre escaliers, salons et paliers, un entrelacs où l’on se perd volontiers. On entend encore la galopade des enfants, on repère la planque des amoureux, le fauteuil du sage, la grande fenêtre pour rêver et la table de jeux où le champagne saluait la victoire. Désormais, chaque niveau abrite un réconfort au tempo des ambiances d’antan.
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Le bar d’abord. Logé dans l’ancien aquarium municipal, il la joue comptoir et boudoir, velours et cuivre. Les grands garçons qui s’accoudent pour siroter un vieux malt et les gourmandes venues à l’heure du thé adhèrent.
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Le restaurant Pourquoi Pas ensuite, merci Charcot. Tenant haut la toque, Julien Hennote, un macaron Michelin, as des inspirations du jour, de la pêche, du marché et de l’envie, flambe à chaque service. Pas de carte : opter pour trois, cinq ou sept assiettes et autant d’inventivités, faire confiance, savourer, applaudir.
Enfin, viser le joli secret de la maison : sa chapelle. Totalement parée de blanc, elle abrite une statue de la Vierge à l’Enfant. Silence. La flamme des lumignons vacille, derrière les vitres la baie étend ses paresses, plateau d’argent que fend un voilier impatient. On relit l’aveu de sir Robert Mond (1867-1938), roi du nickel, lumière dinardaise : « Le monde n’a guère de secrets pour moi. Le plus bel endroit sur la terre où j’aime reposer ma vue est cette baie de Dinard, véritable enchantement de tous les instants. » Confier sa prière à un petit papier, il sera remis aux moniales dinardaises. Sur l’un d’eux a été griffonné : « Je reviendrai. »
Castelbrac, 17 avenue George V, 35800 Dinard. Entre 300 et 500 € la chambre double. Tél. : 02 99 80 30 00, castelbrac.com
Voir aussi, du même propriétaire, la magnifique maison d’hôtes Villa Haute Guais, 17 avenue de la Vicomté. Cinq chambres au charme absolu (tarifs identiques à ceux du Castelbrac) Tél. : 06 85 89 67 85. villahauteguais.com
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Photo de Une : Castelbrac



