Regarder une photo de montagne pourrait-il suffire à nous apaiser ? C’est la question posée par des chercheurs dans le cadre d’une étude publiée dans la revue BMC Psychiatry. Leur découverte est sans appel : la simple vue d’un paysage alpin entraîne un réel mieux-être émotionnel, aussi bien chez des personnes en bonne santé que chez des patients souffrant d’anxiété, de stress chronique ou de dépression.
Les paysages de montagne rendent plus positifs, réduisent l’excitation nerveuse (donc le stress) et procurent un sentiment de maîtrise et de calme intérieur. L’effet est particulièrement notable chez les personnes stressées ou fragiles psychologiquement. Autrement dit, la montagne agit comme une véritable pause mentale.
Un reset biologique
Mais rien ne remplace la réalité ! Ajoutez à cela les effets de l’altitude, le silence, l’air pur, la marche et la luminosité, et vous obtenez un cocktail profondément réparateur pour l’esprit comme pour le corps. Parisien d’adoption, Pierre témoigne : « Par ses paysages, la montagne offre une sensation d’authenticité, de grandeur et de pureté. »
Concentration, méditation, retour à l’essentiel… Loin du tumulte urbain, la montagne libère l’esprit et nous reconnecte à la nature comme à nous-mêmes. Et les bienfaits se décuplent en hiver. Plus intense, la luminosité régule notre horloge biologique, favorise un sommeil réparateur, stimule l’apport en vitamine D et limite la déprime saisonnière. Propriétaire d’une résidence secondaire en Haute-Savoie, Stéphanie le constate : « La montagne m’apporte un calme intérieur. Cela me permet de me ressourcer, de faire le vide et de me retrouver avec moi-même. » Dès qu’ils le peuvent, elle et son mari s’y réfugient, ne serait-ce que le temps d’un week-end, pour souffler… et respirer.
Se reconnecter
Détox digitale, randos sophro, méditation… Ce n’est pas un hasard si les activités centrées sur le bien-être s’y développent. « La demande est croissante depuis le Covid. J’ai remarqué davantage de besoin de déconnexion, de retour à soi et au plein air chez les personnes qui habitent en ville », souligne Emmanuelle Vitte. Accompagnatrice en montagne et sophrologue à Grenoble, elle organise notamment des « randos sophro ». Ses séances allient la marche en pleine conscience à des pratiques de sophrologie… sans écran ni notifications intempestives ! « Je pousse les personnes à se concentrer sur leur corps, leurs mouvements, leurs sensations », explique-t-elle. L’objectif : se reconnecter à son corps, à ses émotions et à ses besoins essentiels.
Lire aussi : Le top 7 des destinations pour vivre la montagne autrement
Naturopathe et fondatrice de Wacohe, créateur d’expériences en pleine montagne, Aurélie Fleschen l’observe également : « J’accompagne des personnes qui ont besoin de prendre un temps formel et de retrouver un nouvel élan pour apporter des changements dans leur vie. À l’issue de ces séjours, elles ont généralement plus de motivation, de joie, d’harmonie et d’énergie. » Et d’ajouter : « Se promener dans ces vastes étendues et contempler l’horizon permet de retrouver notre place, de voir les choses sous un autre angle. »
Prendre de la hauteur
Selon Stéphanie, « la montagne contribue aussi à maintenir une bonne condition physique », car l’environnement se prête davantage aux activités extérieures. Or les études le prouvent : pratiquer une activité en moyenne altitude accentue la production de globules rouges, permettant aux muscles de fonctionner plus efficacement.
« Lorsque l’on fait un effort en montagne, on se sent plus vivant », remarque Pierre. D’un point de vue physiologique, en diminuant le stress et l’anxiété, la pratique d’une activité en milieu montagnard contribue à réduire la tension musculaire et à améliorer les fonctions cognitives. « Même sans être athlète, le fait de faire un séjour en moyenne altitude peut stimuler un certain nombre de capacités », explique Samuel Vergès, docteur en physiologie et directeur de recherche INSERM à l’université Grenoble-Alpes.
S’il ne se prononce pas sur le volet psychologique, il ajoute : « L’activité physique dans un environnement de moyenne altitude peut aussi être bénéfique au fonctionnement cérébral », au sens strictement physiologique. Il est également scientifiquement prouvé que l’altitude favorise la santé cardiovasculaire : « Les populations qui vivent en permanence en moyenne altitude développent un peu moins souvent des problèmes de type AVC », illustre le chercheur.
« En montagne, on prend de la hauteur au niveau physique, mais aussi au niveau mental et émotionnel », conclut Aurélie Fleschen. À condition, bien sûr, de couper son smartphone et de ne pas s’imposer une course effrénée aux multiples activités à disposition…
Lire aussi : Nos meilleurs spots pour profiter de la montagne hors des sentiers battus
Photo de Une : © Pat Whelen



