Bordeaux : les chais à la pointe du design et du développement durable

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Bordeaux : les chais à la pointe du design et du développement durable

Les pharaons ont édifié les pyramides de Khéops, Gizeh et le tombeau de Saqqarah pour Râ, le dieu Soleil. Les Mayas ont bâti celles de Chichén Itzá, Tulum et Tikal pour le dieu Serpent, les Khmers le sanctuaire Angkor Wat dédié à Vishnu, les rois de France le château de Chambord, Versailles, ainsi que le Louvre. Aujourd’hui, c’est à Bordeaux que cela se passe : les plus beaux chais sont construits par les plus grands architectes… pour les dieux du vin.

L’homme a conquis le savoir-faire ancestral de la production du vin, apprivoisant la vigne, maîtrisant la transformation du raisin en vin. Puis le progrès technique a peu à peu permis de mieux appréhender leurs terroirs, d’améliorer les méthodes de production.

Depuis les années 2000, le paysage viticole français a considérablement évolué. À sa tête, les plus grands châteaux bordelais ont imaginé et bâti des chais modernes. Ils reposent sur des technologies de pointe et offrent aux producteurs des outils de production fonctionnels sans précédent.

Ces prouesses sont bien souvent l’œuvre d’architectes de renom ; qui ont puisé dans leur imagination les projets des plus grands « chais d’œuvre ». Les nouveaux chais à Bordeaux fleurissent comme des pommiers au printemps et s’inscrivent dans le grand défi de la décennie, à la pointe des normes environnementales.

Château Les Carmes Haut-Brion, minimaliste et furtif

Quand Patrice Pichet s’est porté acquéreur du Château Les Carmes Haut-Brion, il a eu l’objectif de faire de cette propriété unique de dix hectares un véritable joyau enchâssé dans la ville de Bordeaux. Pour accueillir et façonner les nouveaux millésimes dans les meilleures conditions, il était essentiel de doter le Château Les Carmes Haut-Brion de nouveaux équipements à la hauteur des ambitions qualitatives de ce prestigieux vignoble de Pessac-Léognan. À la tête de l’important groupe immobilier familial, grand amateur de vins, mais également de design et d’architecture, Patrice s’est tourné vers Philippe Starck et l’architecte Luc Arsène-Henry.

Le concept privilégie l’efficacité technique des installations afin de placer le vin au cœur du projet architectural. Seule une construction hautement technologique peut soutenir le talent du maître de chai et faire jaillir le mystère du vin. « Le vin, qui est l’aboutissement d’un savoir humain empirique et malgré tout exact, est si extraordinaire, si magique, qu’il n’a pas besoin d’un geste architectural. Aussi, pour respecter son mystère, nous devions aller vers le minimum ; le minimum d’un chai avec ses espaces pour abriter les cuves et les barriques », savoure Philippe. Le chai du Château Les Carmes Haut-Brion est une lame de métal brut plantée dans le terroir.

Château La Grâce Dieu des Prieurs, « ground control to Yuri Gagarin »

À l’occasion des 60 ans du premier voyage dans l’espace, qui a eu lieu le 12 avril 1961, et pour honorer celui qui a incarné ce voyage, Youri Gagarine, le Château La Grâce Dieu des Prieurs à Saint-Émilion lui rend hommage à travers deux œuvres d’art. L’une réalisée sur le sol du chai représente l’astronaute Youri Gagarine en apesanteur, au centre des cuves en inox poli.

L’autre est une étiquette qui reproduit l’œuvre With God, du peintre Anatoly Nikolaevich Gankevich. Elle représente Youri Gagarine en icône, apposée sur un magnum 2014, premier millésime de la collection Art russe. C’est Jean Nouvel qui a repensé le vignoble dans son ensemble en alliant les techniques viticoles innovantes et l’architecture. La restructuration du Château La Grâce Dieu des Prieurs se traduit alors par un nouveau cuvier de forme unique cylindrique gravitaire, ainsi que par la modernisation des chais en parcours circulaire.

L’art est devenu omniprésent dans cette Maison. À l’extérieur du bâtiment, s’admire une fresque photographique où les matériaux utilisés font référence à la roche. Les bouteilles sont même bercées par de la musique classique russe.

Château Lafite Rothschild, l’art est dans le chai circulaire

Château Lafite n’a pas attendu le parfait alignement des planètes financière et météorologique pour se lancer dans l’aventure. Avec son chai réalisé par Ricardo Bofill entre 1986 et 1988, Lafite fait figure d’éclaireur dans la course aux signatures architecturales. À l’époque, on ne parlait pas encore de marketing. En revanche, le besoin d’un outil moderne était criant. Le château manquait de cuves pour vinifier avec précision, et de place pour stocker les barriques.

C’est Éric de Rothschild qui a choisi Bofill. C’est lui aussi qui a bondi sur sa chaise lorsque, un samedi matin, après des mois d’élaboration, les premiers plans sont arrivés par la poste. La façade pharaonique, le baron l’a immédiatement rejetée. Lafite devait rester Lafite, une entreprise familiale qui n’a pas changé de propriétaires depuis 1868. Pas de révolution visible… la vraie prouesse est dans un chai circulaire !

Château Carillon d’Angélus, résolument moderne et végétalisé

Avec une réflexion tant technique qu’environnementale, le chai Carillon d’Angélus et N° 3 d’Angélus, situé à Saint-Magne-de- Castillon, est résolument moderne et bénéficie des meilleurs équipements. Le bâtiment, semi-enterré avec une couverture végétalisée et constituées de panneaux photovoltaïques, présente une réception de vendanges avec un tri optique ; un cuvier de vinification ; un chai dédié aux fermentations malolactiques et un chai d’élevage.

Le chai de vinification est, quant à lui, 100 % gravitaire. Il est doté de 18 cuves tronconiques inversées ; associées à un système de palan pour l’encuvage et à un remonte-cuve pour les délestages. Non loin de là, une centrale de production d’azote nous permet de protéger les vins en permanence et de maîtriser l’oxygène, tant pendant les vinifications que pendant l’élevage.

Fortes de ces nouveaux outils, les équipes ont pu élaborer Carillon d’Angélus 2020 avec une précision renouvelée ; exprimant de manière toujours plus pure la qualité des terroirs dont il est issu.

Château Cheval Blanc, la vague blanche

Imaginé par Christian de Portzamparc, le chai de Cheval Blanc se dresse tel un soulèvement du sol souligné par deux vagues de béton blanches. Un jardin peuplé d’herbes folles coiffe cette colline artificielle, dont les courbes gracieuses s’effacent derrière l’élévation du château. Dans ce lieu de concentration perméable à la lumière, dans cet atelier du vin caractérisé par sa pureté, son intemporalité et sa simplicité, se prépare chaque année la naissance de Cheval Blanc.

La lumière naturelle qui pénètre à l’intérieur du cuvier éclaire les hautes silhouettes de 52 cuves, alignées sur six rangées. Construites en Italie et réalisées d’un seul tenant, ces cuves en béton se déclinent en neuf formats distincts, leur contenance variant de 20 à 110 hectolitres. Chacune de ces cuves est, chaque année, dédiée à une unique parcelle du domaine.

Château Figeac, dans la tradition, la modernité et le développement durable

Château Figeac est à la fois un grand Bordeaux et un domaine à la personnalité singulière. Un terroir unique, propriété de la même famille depuis près de 130 ans et qui produit des vins exceptionnels dont la typicité séduit des passionnés dans le monde entier.

Bien davantage qu’un domaine viticole de 54 hectares d’un seul tenant, le Château Figeac est un véritable écosystème préservé, administré par une famille et une équipe engagées. Celles-ci cultivent avec dynamisme un esprit d’innovation et d’ouverture qui place le domaine à la fois dans la tradition, la modernité et le développement durable.

Vaste ; performant et discret ; parfaitement équipé ; taillé pour durer… Le nouveau chai entré en service au début 2021 traduit la démarche dynamique menée depuis près d’une dizaine d’années par la famille Manoncourt. Jouxtant le château, c’est à la fois un geste architectural élégant qui respecte le charme des lieux et un formidable outil de travail d’excellence ; à la hauteur de cette propriété emblématique de la rive droite. L’exigence, le sens de l’innovation et la démarche scientifique y cohabitent sereinement avec la tradition et les beaux matériaux.

Le vinificateur se donne ici les moyens de gagner plus encore en précision et de ciseler de grands Figeac, qui expriment la pureté de ce terroir unique. De quoi aborder chaque nouveau millésime avec sérénité. La propriété s’est également dotée de magnifiques salles de dégustation et de réception à la hauteur de son sens de l’accueil.

Lumière naturelle indirecte, quiétude, grands espaces, inertie thermique et sobriété énergétique, absence de vibrations… La terre qui a nourri la vigne protège le vin… Durabilité et intemporalité se révèlent dans le geste architectural de ce projet confié au cabinet A3A Architecture à Bordeaux ; réputé pour sa compétence en matière de chais et de bâtiments historiques.

Château Haut-Bailly est un jardin

Depuis 2019, le Château Haut-Bailly est certifié HVE (Haute Valeur Environnementale). Cette certification atteste que le château met en place des actions de préservation de la biodiversité et que ses pratiques agricoles ont un impact limité sur l’environnement. Le nouveau chai ne pouvait que s’inscrire dans cette démarche.

L’exigence environnementale a été au cœur du projet dès sa conception et l’ensemble des équipes est fier d’avoir obtenu en outre la certification HQE (Haute Qualité Environnementale) pour le bâtiment. Ce label a pour but de valoriser les constructions maîtrisant leur impact sur l’environnement et améliorant la santé et le confort de ses utilisateurs.

Le Château Haut-Bailly est un jardin. Ce nouveau chai signé Daniel Romeo en est le prolongement ; comme la vinification est le prolongement de la culture de la vigne. Le bâtiment est à l’image des vins de la propriété et de l’esprit des lieux : discret, élégant, sensuel, précis. Il fait écho aux parcelles de vignes qui l’entourent.

Le projet, éminemment esthétique, répond à trois impératifs techniques : recueillir la vendange dans les meilleures conditions ; appliquer à la vinification le même niveau de précision que celui appliqué à la viticulture ; et, enfin, permettre au maître de chai et à ses assistants de travailler dans des locaux lumineux parfaitement adaptés. La complexité du projet ; l’exigence des commanditaires ; les talents de l’architecte et du paysagiste ; la qualité des entreprises sélectionnées ; font de cet édifice un lieu unique, en dehors de toute configuration habituelle, une architecture d’auteur.

Plus qu’un chai, c’est une création artistique. D’une grande modernité par les prouesses techniques et environnementales qui la composent, elle est aussi intemporelle par la pureté de sa ligne et son intégration dans le paysage. Un cru exceptionnel mérite une attention, des soins exclusifs. Les vins de Haut-Bailly sont désormais élevés dans un écrin taillé à leur mesure.

Château Beychevelle, un chai à la pointe de la technologie

En 2011, le Groupe Suntory est rejoint par le Groupe Castel pour l’acquisition de la société Grands Millésimes de France (GMF) qui détient le Château Beychevelle. Les deux propriétaires lancent aussitôt le projet d’offrir aux vins du Château Beychevelle un outil technique à la hauteur du vignoble et de ses promesses.

Une décision qui coïncide avec la montée en gamme des Grands Crus Classés de Bordeaux. Le précédent chai, performant mais ancien, fait place aujourd’hui à un nouveau cuvier qui met au service de l’excellence du vin du Château Beychevelle le meilleur de la technologie.

L’architecte Arnaud Boulain, à l’origine des rénovations du Château Bouscaut, d’Angélus et de Ronan by Clinet, s’est inspiré de la légende qui entoure le domaine pour réaliser son œuvre : la puissance du premier duc d’Épernon (qui prit la tête de la propriété en 1565) était telle que les bateaux qui passaient devant sa propriété devaient affaler leurs voiles en signe d’allégeance. Une marque de respect profond qui donne au domaine son emblème, un navire à proue de griffon ; mais aussi son nom gascon bêcha vêla, qui signifie « baisse voile » et deviendra plus tard « Beychevelle ».

L’univers des voiles ; du bateau ; et plus largement du voyage sont donc les concepts forts qui ont guidé Arnaud Boulain dans sa réalisation. Au-delà de son aspect esthétique, sa modernité limite la consommation générale d’énergie grâce notamment aux brise-soleil qui offrent une régulation de la température intérieure. Une partie du chai, enterrée, vient également maintenir naturellement la température nécessaire à l’élevage du vin.

Château Lynch-Bages, son style architectural épuré avec ses lignes contemporaines

Chien Chung « Didi » Pei entretient des liens avec la famille Cazes depuis de nombreuses années : il a rencontré Jean-Michel Cazes pour la première fois en 1985 lorsque ce dernier travaillait avec son père, Ieoh Ming Pei, sur le projet de la Pyramide du Louvre. « On aime l’idée de transmission, à la fois dans son histoire et dans la nôtre. Il partage aussi notre philosophie d’ouverture au monde, par sa double culture et sa parfaite connaissance de notre pays. C’est également un passionné de vin, qui comprend les enjeux techniques et fonctionnels que représente un tel projet pour notre propriété », explique Jean-Charles Cazes.

Didi Pei est connu pour ses nombreuses réalisations à travers le monde (Chine, Hong Kong, États-Unis, Brésil, Mexique, Émirats arabes unis…) ; notamment la Bibliothèque d’état de Guanajuato à León (Mexique) ; le parc du musée des Arts islamiques à Doha ou encore le musée des Six Dynasties en Chine.

« Si notre choix s’est porté sur Didi Pei ; c’est aussi car nous avons été séduits par son style architectural épuré, avec ses lignes contemporaines et une réelle sobriété dans la forme. » Pour le chantier, la volonté de faire appel au tissu local a été affirmée. « 70% des entreprises qui ont participé aux travaux sont basés dans le Médoc ou en Gironde ; et plus de 80% dans le Grand Sud-Ouest. »

Château Cos d’Estournel, rien n’y est vain ou superflu

Entre progrès techniques et audace architecturale, les chais viticoles n’ont de cesse de se réinventer ; repoussant les limites de l’innovation au service des grands vins. Michel Reybier fut le premier à imaginer la construction d’un chai entièrement gravitaire, de la vendange jusqu’à la mise en bouteille à Cos d’Estournel.

Les très reconnaissables pagodes de Cos sont avant tout le lieu du vin : elles abritent le chai et l’ensemble des installations dédiées à la vinification. Un lieu d’une modernité et d’une sobriété remarquables, où tout a été pensé pour offrir les meilleures conditions à l’élaboration du vin. Rien n’y est vain ou superflu : l’architecture est au service de la fonction technique du bâtiment.

Les nombreux investissements réalisés répondent au dessein de doter la propriété des techniques les plus innovantes et les plus adaptées ; afin de préserver parfaitement l’intégrité du raisin et le caractère du terroir. Conçu par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, le chai fonctionne entièrement par gravité.

La vinification a ainsi été repensée afin de respecter le raisin, puis le vin. De la réception de la vendange à la mise en bouteille, l’ensemble du processus se déroule sans la moindre pompe ; de manière à manipuler les baies, puis les jus, avec la plus grande douceur. Le système gravitaire permet ainsi, par l’utilisation d’une force naturelle, d’extraire sans excès et de gagner en précision. L’utilisation d’un tel système est particulièrement remarquable pour un vignoble de la surface de Cos d’Estournel.

Château Montrose, objectif 100 % vert !

La stratégie environnementale globale de Montrose, initiée dès 2006, franchit en 2020 une étape supplémentaire marquée par le renforcement des mesures de développement durable.

Avec un objectif 100 % vert ; le passage depuis 2019 à une viticulture 100 % responsable ; le recyclage de 100 % des déchets du domaine issus de la vigne, des chais et des espaces verts ; la valorisation de 100 % du CO2 issu des vinifications à l’horizon 2021 ; et un parc de tracteurs 100 % électriques d’ici 2028.

Résolument tournée vers l’avenir, la démarche de Montrose traduit un changement profond et global du domaine. Elle s’accompagne d’un engagement fort des équipes au quotidien et d’expérimentations permanentes pilotées par la cellule R&D de la propriété. Elle dessine avec plus de précision le nouveau visage de Montrose et en fait un site référent en matière de développement durable.

Ouvrage de référence: Chais d’Alexis Cottin

Si vous voulez voir d’autres chais sublimes et mystérieux, il vous suffit de consulter ce magnifique livre réalisé par le photographe Alexis Cottin. Ces cathédrales silencieuses abritent une lente transformation continue où le vin y évolue sans cesse ; dans l’invisibilité que lui confère le chêne de la barrique. Dans ces lieux, l’espace est intimement lié au temps ; celui de la gestation des raisins qui peut survivre à une génération d’humains. Chaque chai est une interprétation de l’écoulement des années.

Les merveilleuses photographies de cet ouvrage, publié aux éditions Kehrer, transcrivent le désir humain de beauté spatio-temporelle et présentent un regard unique sur 40 des plus beaux châteaux bordelais, parmi lesquels : Angélus ; Ausone ; Beychevelle ; Cheval Blanc ; Margaux ; Palmer ; Talbot ; Yquem… Les clichés, d’une grande pureté, qui font ressortir l’âme des lieux, sont accompagnés d’une préface d’Éric Beaumard, vice-meilleur sommelier du monde et directeur du restaurant Le Cinq.

Chais d’Alexis Cottin, éditions Kehrer, 96 pages, 39,90 €.

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